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    Omra: Ce que cache la querelle sur le tarif aérien

    Par L'Economiste | Edition N°:309 Le 18/12/1997 | Partager

    Tous les ans ou presque, les agents de voyages et les deux principaux transporteurs aériens vers les Lieux Saints, la RAM et la Saoudia Airlines, se renvoient la responsabilité dans la perturbation du «marché de la Omra». Mais la vraie question est celle de la solvabilité des agences.


    Chez les voyagistes, les fêtes de cette fin d'année risquent d'avoir un goût amer. Avec la crise du tourisme (qui ne sera peut-être bientôt qu'un mauvais souvenir, 1997 devant enregistrer d'excellents résultats), la Omra, et plus généralement les séjours aux Lieux Saints, étaient devenus le créneau-refuge de la plupart des agences de voyages. Elles y avaient même trouvé un palliatif au marasme du réceptif. Du moins avant que le créneau ne soit encombré. C'est d'ailleurs une des raisons qui expliquent la demande pressante d'un moratoire sur la délivrance des agréments exprimée par la profession, persuadée qu'en restreignant l'entrée de nouvelles agences, les difficultés du secteur vont disparaître.

    Par ailleurs, de nombreux «aventuriers» (sans agrément) se sont subitement transformés en agents de voyages juste le temps d'une campagne, avant de disparaître dans la nature aussitôt après. Profitant du fait que la Omra, au contraire du Haj, est une opération entièrement régulée par le marché, ils multiplient des offres «concurrentielles» qui déstabilisent le marché.
    Pour échapper à cette concurrence «sauvage», plusieurs agences essaient de se démarquer par une stratégie d'écrémage du marché, explique Mme Amal Liraki, directrice de Zone Bleue. Son agence s'est spécialisée dans la niche moyen-haut de gamme des séjours aux Lieux Saints.
    Globalement, les agents de voyages jugent médiocre la campagne actuelle de la Omra. «La demande est plutôt timide, voire molle», indique M. Othmane Chérif Alami, PDG d'Atlas Voyages. «Même nos partenaires saoudiens sont franchement étonnés», poursuit-il. Et le chevauchement avec la fin d'année n'est pas fait pour arranger les choses.
    Dans une belle unanimité, les agents de voyages estiment qu'ils sont victimes des hostilités commerciales que se livrent la Royal Air Maroc et la Saoudia Airlines(1). Pourtant, pour la première fois, les deux compagnies avaient signé l'armistice tarifaire. Jusqu'au 15 décembre, elles avaient convenu d'appliquer le même tarif de 5.500 DH hors taxes et 6.500 DH après la mi-décembre.

    Etonnement

    Entre-temps, la compagnie saoudienne aurait unilatéralement décidé de prolonger ce tarif de 5.500 DH bien au-delà de la période, mais en réservant le privilège à un carré d'agences «amies», tempêtent les voyagistes casablancais. Ce qui, a selon eux, biaisé les conditions de concurrence.
    Mais dans la profession, il est affirmé que la RAM se serait discrètement alignée sur les conditions de la Saoudia. Moralité: la plupart des agences ont continué à vendre à 6.500 DH hors taxes pendant qu'un noyau dur d'entre elles proposait le même billet avec un différentiel de 1.000 DH. Du coup, le transfert de la clientèle était devenu inévitable. En réaction, les voyagistes casablancais, sur recommandation de leur Association, ont décidé le boycottage du transporteur saoudien. Mais il y a très peu de chances que la consigne soit réellement suivie, chaque agence cherchant d'abord à défendre ses intérêts. Même le président de l'association, M. Ahmed Benkhmis, reconnaît qu'il n'a aucun moyen de vérifier si ses pairs le suivront.

    A la Direction Pôle Clients de la RAM, c'est plutôt l'étonnement. La controverse autour des prix est une symphonie que l'on connaît depuis longtemps. La musique revient tous les ans, et avec le même point de départ, les villes du Nord du pays. «Les agents de voyages sont passés maîtres dans la rumeur», commente un cadre de la RAM. «Heureusement que la compagnie, elle, n'a pas perdu le Nord», plaisante-t-il. Les voyagistes ont intérêt à faire leur ménage dans ce qui apparaît comme une crise de restructuration du secteur.
    En réalité, explique-t-on à la RAM, les agents de voyages ne sont pas aussi victimes qu'ils le prétendent. Derrière cette agitation se cache en réalité un problème de fond, celui de la solvabilité du réseau de distribution. Rares en effet sont les agences qui respectent strictement leurs engagements auprès des compagnies aériennes. Sentant venir le danger, la Saoudia Airlines a exigé le paiement comptant à toutes les agences. De son côté, la RAM a exigé le versement d'au moins 25% de la valeur des titres de transport. Ce dont très peu d'agences sont aujourd'hui capables. Ces difficultés de trésorerie ne font que commencer. Plus dur sera le système du BSP dont l'entrée en vigueur est attendue dès le mois de janvier 1998 auprès d'une dizaine d'agences à titre expérimental, avant d'être généralisé à l'ensemble du réseau. Il faudra alors reverser la totalité de la recette de la billetterie tous les quinze jours suivant la date d'émission du titre, et dire adieu à la surenchère du crédit.

    Abashi SHAMAMBA

    (1) La question a été évoquée au cours d'un petit-déjeuner organisé par l'Association des Agences de Voyages de Casablanca le 15 décembre. Présentée initialement comme un débat sur le tourisme, la rencontre s'est en fait transformée en une conférence de presse improvisée.

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