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    Economie

    Omar Akalay renverse la vapeur: Il prône un déficit budgétaire de relance

    Par L'Economiste | Edition N°:70 Le 11/03/1993 | Partager

    L'économie est dans une phase délicate, avec des options de politiques monétaires qui ont le don d'enflammer les commentaires et de diviser très nettement les opinions. M. Omar Akalay, vice-président directeur général de la BMCI, était il y a dix ans l'un de ceux qui avaient milité pour l'ajustement structurel. Aujourd'hui, même si sur plusieurs points, il rejoint ses pairs, il n'en développe pas moins des analyses iconoclastes, notamment en renversant l'ordre des priorités autour du déficit budgétaire ou de la politique monétaire.

    - L'Economiste: Même avec les dernières pluies, l'année 1993 reste une année sèche. Comment voyez-vous la conjoncture des prochains mois?
    - M. Omar Akalay: D'abord, il ne faut pas tout mettre sur le compte de la sécheresse. Quand on a des terres irriguées et des barrages, le simple bon sens montre que l'impact sécheresse est limité à un type d'agriculture bien précis. Environ 4 millions de personnes sont réellement victimes de cette sécheresse. L'agriculture qui a des infrastructures et des méthodes de gestion modernes est moins prisonnière du climat. Ceci dit, j'admets que la sécheresse compte, mais il y a aussi d'autres facteurs pesant sur la conjoncture, comme la politique monétaire.

    Infrastructures trop limitées

    - Alors comment doit-on agir? Etre plus sévère encore sur la politique monétaire ou bien au contraire lâcher du lest?
    - Cela dépend de ce qu'on veut. Si on veut employer le maximum de jeunes, alors il faut favoriser les investissements. Si on veut favoriser les investissements privés, alors il faut une politique monétaire qui va dans ce sens. Un investissement est un acte d'optimisme, optimisme qui doit pouvoir se maintenir sur 3 à 5 ans, correspondant au délais de réalisation d'un projet. J'ai peur que l'on ait un peu abîmé cet optimisme. Ce n'est pas une découverte puisque le président Alami de la BCM vous a déjà expliqué qu'on est allé un peu trop vite et un peu trop fort dans la libéralisation(1): l'environnement de l'investisseur a été modifié trop brutalement. L'année dernière, il y avait une masse monétaire excédentaire et une forte crise de trésorerie. C'était une bulle financière(2).

    - Si cette année la politique monétaire serre le crédit, y aura-t-il encore une bulle?
    - Je ne le crois pas, car les entreprises n'anticiperont pas leur croissance comme elles l'ont fait juste après le désencadrement du crédit: chat échaudé... n'ose plus investir! Au-delà de cet optimisme qu'il faut très vite rétablir, il me semble que le risque de bulle s'est amenuisé, et ce pour deux raisons: d'abord l'Etat a payé ses marchés et puis la Loi de Finances a procédé à des baisses d'impôts, ce qui désendette les entreprises et réalimente les marchés. Mais l'optimisme doit être rapidement rétabli.

    - Si au contraire le crédit est desserré?
    - C'est une solution, mais à mettre en pratique avec prudence, comme toujours. Car, à mon avis, l'expansion des entreprises pourrait se heurter très vite au manque d'infrastructures. C'est un problème plus immédiat que le risque d'inflation découlant d'un déficit budgétaire.

    Un service civil de formation

    - Revenons au déficit, lequel a donc votre préférence mais qui reste un instrument dangereux?
    - Pas forcément. Je reviens à l'idée des objectifs. Si cet objectif est l'emploi, pourquoi pas un déficit budgétaire raisonnable, mais surtout bien employé, dans la formation des jeunes qui n'ont pas pu trouver un emploi par exemple. Je vois assez bien une sorte de "service civil" mais orienté vers la formation. Par la suite, le travail de ces jeunes formés rembourserait le déficit. N'oublions pas que le déficit d'aujourd'hui est l'épargne de demain. Nous pouvons nous offrir le luxe d'un déficit, car nos avoirs en devises sont importants. Les équilibres fondamentaux sont des variables aléatoires, je ne comprends pas pourquoi nous ne les mettrions pas au service d'objectifs comme l'emploi. Mais, j'insiste, le déficit budgétaire doit être manié avec prudence, voire avec rigueur si je peux me permettre d'associer rigueur et déficit...

    - Est-ce pour la valeur du Dirham que vous recommandez la prudence?
    - C'est un point très sensible dans la psychologie marocaine. Je doute personnellement qu'il faille faire de la valeur du DH un objectif et encore moins un dogme. Je m'interroge lorsque je vois que l'on souhaite faire de cette valeur du DH une priorité.

    Le risque inflationniste? Limité!

    - Et le financement de ce déficit?
    - Pas avec des emprunts mais plutôt avec des moyens de trésorerie. En effet, les capacités d'emprunt plafonnent.

    - Ce qui veut dire inflation!
    - Inflation, mais maîtrisée. Quoi qu'on en dise souvent, le Maroc a un don réel pour maîtriser l'inflation. Vous n'avez qu'à comparer nos taux avec ce qui s'est vu ailleurs et vous avez aussi à comparer nos taux avec les niveaux de déficits budgétaires. Vous verrez qu'il y a un vrai savoir-faire pour contenir l'inflation, de vraies compétences pour maîtriser la masse monétaire. En outre, nous avons la chance d'avoir un consensus national autour de cette question d'inflation: dès que le taux monte un peu, tout le monde réagit. C'est excellent car une inflation non-maîtrisée, et je n'exagère pas en le disant, conduit à la disparition de la société civile et puis à la guerre.

    - Vous allez à contre-courant de l'opinion actuelle, opinion que vous avez vous-même largement aidée à s'imposer au cours de ces dix dernières années.
    - Et je le revendique. Il ne faudrait tout de même pas confondre les instruments et les objectifs, ou bien, pire, transformer les instruments en dogmes. Il fallait redresser les finances publiques, il y a dix ans. Cela a été fait et c'est très bien. Maintenant, il faut placer d'autres priorités, à mon avis l'emploi et encore l'emploi avec comme instruments la formation et les infrastructures. Nous avons les réserves qu'il faut pour nous offrir ces instruments, qui vont avec un léger déficit de relance. Pourquoi nous en priverions-nous?

    - Parce que l'histoire économique a montré que des pays peuvent se mettre à reculer, lorsqu'ils perdent la maîtrise de leurs équilibres.
    - Oui, des pays peuvent se mettre à reculer, mais ce n'est pas notre cas. A mon avis, les piliers sont bien ancrés, nous ne courrons pas de risques graves. Ces piliers sur lesquels nous ne reviendrons pas sont la libre entreprise, le contrôle de la masse monétaire et le bi-linguisme(3). Il y a un consensus total sur ces points et c'est ce qui fait la solidité du pays. Une fois posé le principe de maintenir ces piliers, il est possible d'utiliser les instruments normaux de politiques monétaires pour soutenir la force de croissance.

    - Mais peut-on réellement le faire quand il y a des risques de dérapages aussi importants que ceux que l'on a vu en 1990 et 1992?
    - Soyons clairs: si on considère que la demande de crédit est un acte d'optimisme, un acte de confiance dans la croissance, que voulez-vous que fassent les entreprises et leurs banques? Demander et donner du crédit. Je partage tout a fait l'opinion de notre président du Groupement, M. Jouahri, qui s'insurge d'entendre dire que les banques ont poussé au dérapage(4). C'est encore une fois raisonner à l'envers. Sérieusement, peut-on parler de dérapage quand il y a des priorités telles que l'emploi?

    Propos recueillis par
    Alié DIOR N'DOUR et Nadia SALAH

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