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Politique Internationale

Omar Akalay, banquier, raconte l'économie

Par L'Economiste | Edition N°:10 Le 02/01/1992 | Partager

"Le grand vide de Joseph Schumpeter, brève
histoire de la pensée économique
en Islam". Editions Wallada

Omar Akalay, économiste et banquier de renom laissait peut être vagabonder son imagination entre un dossier de crédit et une situation de trésorerie. Des retours vers les contes orientaux qui devaient enchanter son enfance, lui ont inspiré un livre d'économie. A travers les aventures de Sindbad le Marin, Aladin, et les Mille et une Nuits, il retrouve des mécanismes commerciaux que l'on croyait modernes et européens, et une pensée économique précoce.


LE titre, qui dénonce "Le grand vide de Joseph Schumpeter" n'en est pas moins un hommage à l'auteur du célèbre "Capitalisme, socialisme et démocratie", qui a aussi écrit "L'histoire de l'analyse économique" en 1500 pages. Cependant Joseph Schumpeter a négligé un "vide" de plus de mille ans, entre la pensée de Tacite (55 à 120 après J.C) et Saint Thomas d'Aquin (1225 à 1274). Ce "vide" a semblé douteux à Omar Akalay, surtout qu'il comprend, du 7ème au 12ème siècle, l'âge d'or de la civilisation arabo-musulmane.
Sur le fonds, il faut faire preuve de beaucoup d'audace intellectuelle pour explorer "la pensée économique en Islam" d'une époque qui n'a fourni aucun auteur, aucun traité en la matière. Il faut autant d'audace sur la méthode, à Omar Akalay, pour retrouver cette pensée à travers les aventures de Sindbad le marin, d'Aladin, et des Mille et un récits de Shehrazade. "Tout roman est fils de son temps. Il propose à une société l'image qu'elle a d'elle même, l'idéal qu'elle pense être le sien" écrit-il dans l'introduction de son livre.

Secouer l'héritage


Les Français analysent les comportements d'épargne ou de spéculation boursière à travers Balzac et Zola. Des Américains affirment que leur attitude envers l'argent est trahie par "oncle Picsou", personnage de bandes dessinées créé par Walt Disney pour les enfants. Des professeurs conseillent enfin à leurs étudiants de lire les romans d'espionnage de John Le Carré, pour comprendre la théorie des organisations à travers la description des services secrets britanniques. Omar Akalay relit les contes orientaux les plus célèbres avec l'il de l'économiste.
Il bouscule les théoriciens austères qui n'interprètent que les tableaux d'entrées-sorties ou les agrégats des Statistiques. Et ce retour à l'histoire n'est pas une spéculation désintéressée, ou une lamentation sur la gloire passée des arabes, à laquelle nous ont habitué les intellectuels. Le banquier est utilitaire: il aborde l'héritage "allègrement, le secouant comme un cocotier pour en faire tomber les fruits qui peuvent nous être utiles" .
Les fruits qui tombent sont d'abord "les self made men de l'Islam", qui inspirent la première partie du livre. Ils sont ensuite les "paysages culturels" qui leur correspondent.

Sindbad le Marin navigue au deuxième siècle de l'hégire, à l'époque de l'Islam triomphant et de Haroun Ar-Rachid. Il commence sa vie comme portefaix, et devient riche par ses voyages. Son amour du risque et du lucre l'emporte contre son désir de paresse et de luxe."La société qui sécrète de tels idéaux est une société en excellente santé morale. C'est une société de gagneurs" , écrit O. Akalay qui rapporte au passage les usages du commerce maritime, l'importance du bois comme matière première, ou l'excédent de la balance commerciale de l'Europe irriguée par l'or musulman.
A Sindbad correspond la pensée économique d'Ibn Al Muqaffa. L'auteur de Kalila wa Dimna, économiste malgré lui, cristallise la pensée musulmane qui libère l'homme du péché originel, fondement de la civilisation judéo-chrétienne. L'Islam apporte une conception optimiste, le libre arbitre, n'en déplaise à ses détracteurs occidentaux qui le réduise au fatalisme. Ibn Al Muquaffa développe cette nouvelle conception de l'homme du savoir, de la circulation des richesses dans la "Rissala", adressée au Calife Abu Djafar Al Mansur. Celui-ci a peut-être exécuté l'auteur pour le récomponser de ses conseils, avant de fonder Baghdad.
Si la première pensée consacre l'individualisme, la suivante consacre les préoccupations collectives, égalitaires.

Le pouvoir d'achat du temps d'Aladin


Aladin avec sa lampe magique symbolise pourtant le rêve marchand du 4ème siècle, point d'orgue de la culture arabo-musulmane.
Et O. Akalay en rappelle le paradoxe: "une brillante culture fait bon ménage avec les troubles politico-religieux. Mieux, elle s'en nourrit, s'en imprègne et se développe". Enfant de cette époque, Aladin est un petit chenapan, dont "la mère tisse toute une journée pour gagner de quoi acheter deux pains ronds".
Voilà qui renseigne sur le pouvoir d'achat du revenu minimum. L'histoire d'Aladin révèle des bureaucraties, dirigées par le grand vizir qui "dépouille" les commerçants. Elle annonce les protestations des hommes d'affaires du 20ème siècle qui protestent contre les mesures fiscales ou les droits de douane.
Miskawayh, qui fait figure d'écrivain mineur, représente cette époque. Il s'éloigne de l'idée que le bonheur collectif n'est que la somme des bonheurs individuels, qui sera prônée, des siècles plus tard par les économistes néo-classiques en Europe.
La justice, l'égalité par la loi, et la monnaie "gardienne du juste mais silencieuse,... émanation de la loi divine, en tant que telle, intangible" mène à la société du juste milieu dont les controverses sont analysées.

Et c'est peut être parce que le juste milieu n'est pas atteint que la société sombre. "Les mille et une nuits", roman anonyme et plein de fantaisie est en fait le testament d'une civilisation. C'est le roman de l'épopée des marchands qui utilisent toutes les formes de crédit, l'achat et la vente à terme, le dépôt en consignation, qui accumulent les capitaux au fil des générations. Les Mille et une nuits sont mises en relation avec l'oeuvre de Ibn Rushd, qui se trouverait aux sources théologiques de la banque et de l'invention du chèque. Encore un paradoxe historique évoqué par un banquier, pour alimenter le débat séculaire sur la "Riba"...
O. Akalay ne se contente pas de nous raconter l'économie, il donnent des conclusions "provisoires", sur les décadences, les renaissances, brassant les époques ou les théories occidentales et orientales, sans jamais ennuyer, pour finir sur des considérations socio-politiques des plus optimistes sur l'avenir du Maroc. Le livre finit bien comme un conte merveilleux.
Le fond a laissé d'ailleurs, une empreinte sur la forme. Tout le livre se laisse lire comme un conte, grâce à un style fluide, des phrases courtes alternant l'événement pittoresque et la prise de position originale.

Khalid BELYAZID


Omar AKALAY:
Le grand vide de Joseph Schumpeter.
Brève histoire de la pensée économique en Islam.
Editions Wallada.
40,00 DH.

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