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    Culture

    Obama: Les raisons d’une victoire, les risques d’une désillusion
    Par Khadija RIDOUANE

    Par L'Economiste | Edition N°:2914 Le 03/12/2008 | Partager

    Khadija Ridouane, journaliste notamment dans nos colonnes, a exercé différentes responsabilités dans le domaine des médias, dont la rédaction en chef de Radio Atlantic. Elle assure des enseignements et est une spécialiste de la vie politique marocaineL’image des Etats-Unis d’Amérique est éprouvée par les effets négatifs de la guerre en Irak et en Afghanistan et plus globalement de la grande bataille contre le terrorisme.

    Images désastreuses
    Une croisade contre un ennemi sans visage qui a vu ses dérapages grossir sous l’effet des médias à l’échelle universelle (les barbaries d’Abou Gharib, les tortures et dépassements de Guantanamo, la censure et l’emprisonnement des journalistes américains en contradiction avec les beaux idéaux de la liberté d’expression qui faisaient le succès du modèle démocratique américain…). L’image des USA est aussi affectée par les ravages de la mondialisation synonyme pour beaucoup du nouvel impérialisme économique et commercial. L’image de la première puissance économique secouée par le séisme des subprimes. L’image du pays de l’oncle Sam ébranlée par la gestion catastrophique de l’ouragan Catarina. Une catastrophe naturelle, dont les victimes en majorité pauvres avaient été livrées à elles-mêmes… C’est cette image, ternie sous le mandat de George Bush, le président le plus haï de la planète, que les électeurs ont eu à cœur de réhabiliter en élisant le premier président noir de l’histoire du pays. Un acte symbolisant par ailleurs la réconciliation nationale. Des années d’esclavage et de persécution des populations de couleur sont-elles ainsi à jamais derrière le pays? Les larmes du révérend Jessie Jackson à l’annonce de la victoire d’Obama sont-elles celles de l’absolution? Un détail qu’il ne faut cependant pas oublier: Barack Obama est le fils d’une blanche américaine. C’est déjà un exemple de la cohabitation entre les deux communautés. C’est également un homme aux origines musulmanes, par filiation, mais qui revendique aujourd’hui son appartenance à l’église catholique. C’est réconfortant dans une Amérique où le musulman est devenu suspect depuis les attentats du 11 septembre 2001.
    Un homme moderne
    C’est surtout un homme moderne, sans complexe, qui incarne le modèle d’intégration d’une minorité et qui s’attache à montrer son choix infaillible d’être avant tout un citoyen américain. Un autre détail qu’il faut également souligner: l’épouse aux origines 100% noires, et au caractère bien trempé, trop visible en début de campagne, s’est faite très discrète par la suite. C’est, enfin, dans une Amérique métissée, où l’écart s’est indécemment creusé entre une minorité de riches et de pauvres et où une classe moyenne, jusque-là maintenant les équilibres, vit sous la menace permanente de basculer dans la pauvreté. Une Amérique où les familles comptent, impuissantes, leurs fils morts dans une guerre dont ils mesurent de plus en plus l’inutilité et dont ils paient pourtant le prix fort (depuis 2001, le coût cumulé des guerres d’Afghanistan et d’Irak est estimé à 860 milliards de dollars, soit plus de 1.500 dollars -15.000 DH- pour chacun des 566 millions d’Américains).
    Supermarketing
    C’est dans cette Amérique que l’élection de Barack Obama a été possible. L’homme, déjà excellent orateur, a payé les services d’un jeune marqueteur pugnace et inventif: David Plouffe, dont le nom (en français) est en contradiction avec les succès qu’il collectionne pour ses clients, a choisi de sillonner le pays, sans économie d’effort. Il a ratissé large, misant sur tous les Etats grands et petits. Méthodiquement, il a mobilisé et vendu le rêve d’une Amérique où «tout est possible». Barack Obama et David Plouffe ont parlé à l’affect de leurs compatriotes tout le long de la campagne électorale. Une campagne soutenue par les plus pauvres justement, mais pas seulement. Beaucoup ont cassé leur tirelire pour y contribuer. Au-delà des frontières nationales, le monde a supporté le candidat Barack en qui il a vu l’image de la simplicité en contradiction avec l’arrogance de son prédécesseur. Un George Bush que le monde entier veut visiblement oublier mais qui reste pourtant en poste jusqu’au 20 janvier, date de l’investiture de son successeur. Si, avec Barack Obama, l’Amérique veut panser ses plaies et s’offrir une image rafraîchie, elle offre à son président rassembleur le legs le plus lourd à gérer: une situation économique des plus catastrophiques. La pire crise financière de tous les temps, une flambée des cours du pétrole et naturellement la menace de récession. Obama avertit dans son discours de victoire qu’il lui faudra un an, voire tout un mandat, pour redresser la barre. «Il y aura des reculs et des faux départs… Et nous savons que le gouvernement ne peut pas résoudre tous les problèmes», prévient-il d’emblée. Et s’il n’y parvenait pas?

    Plus près des pauvres, au risque de fâcher les riches

    Celui qui a promis plus d’emplois, une couverture sociale et médicale pour les plus pauvres, a-t-il les moyens de sa politique? Le retrait des troupes américaines d’Irak et d’Afghanistan signifiant la fin d’une guerre qui plombe les caisses de l’Etat aurait pu faire d’importantes économies aux Etats-Unis. Mais sur ce plan, déjà en cours de campagne, Obama a marqué un recul sur les engagements. Il a promis de grossir les rangs de l’armée et adressé un hommage aux troupes en place. Un clin d’œil leur est fait dans le discours de victoire le 4 novembre. Obama cherche-t-il à rassurer à ce sujet? Par ailleurs, pour financer son programme pour le moins ambitieux, Obama veut augmenter l’impôt sur les grosses propriétés, revenir sur les réductions fiscales accordées aux plus riches par Bush et contraindre les employeurs à contribuer à son fameux plan national de couverture sociale. La tâche est loin d’être aisée. Elle l’est encore moins lorsqu’il s’agira d’honorer ses engagements en ce qui concerne un accès équitable pour tous à la santé et à l’éducation avec à la clé soutien aux familles pauvres.


    Black first lady

    Elle sera la 1re dame noire de l’histoire des Etats-Unis. Michelle Obama, 41 ans, a brimé son caractère fougueux, sur le conseil des stratèges de la campagne de son président de mari, pour assurer Barack d’une victoire qu’ils savourent ensemble aujourd’hui. Mais une fois son cher époux installé dans son fauteuil du bureau ovale, cette meneuse de l’équipe de basket de son université se contentera-t-elle de jouer les seconds rôles? Très improbable. Elle est plus Hillary Clinton -la diplomatie en moins- qu’une Jackie Kennedy. Elle sera à l’évidence sous les feux de la rampe du fait même de son statut de femme noire. Elle est un modèle pour les femmes de sa condition, donc un sujet de projection et de curiosité à la fois. Sa tâche est aussi ardue que celle de son mari.

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