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    Politique Internationale

    Négafa: les règles d'or du métier

    Par L'Economiste | Edition N°:40 Le 30/07/1992 | Partager

    L'été est la haute saison pour les métiers qui gravitent autour du mariage. Le métier "Négafa" est l'un des plus mythiques, qui aient survécu à la modernité. Il a ses règles, sa concurrence, ses prix. L'or est son fond de commerce particulier.

    CET été, Mme Fadila Jait bouclera sa 35ème année de travail en tant que Négafa. La modestie de l'immeuble où se trouve son appartement contraste avec l'importance des biens qu'elle a accumulés au fil des ans. Pour preuve, elle fait partie des rares Négafas dont le nom figure sur le "télé-contact"... Elle dispose donc d'une ligne téléphonique. A l'image des personnes des professions libérales, elle accroche, à l'entrée de l'immeuble, une plaque qui indique sa raison sociale. "J'ai une autorisation pour exercer mon métier, je paye régulièrement mes impôts... et j'ai ma propre clientèle...", déclare-t-elle.
    Après tant d'années de travail, Mme Fadila porte plutôt un avis pessimiste sur sa profession. Plus exactement sur son avenir. "Le métier est en train de perdre de ses lettres de noblesse..." s'inquiète-t-elle.
    Principale accusée: la nouvelle génération des Négafas qui, selon elle, bafoue les règles de conduite, se lance dans le métier sans maîtriser, au préalable, ses contours. Un bijoutier de Kissariat El Haffari de Casablanca qui, sans adhérer totalement aux propos de Fadila J., fait remarquer: "Voyez-vous maintenant, ce sont des jeunes filles, à peine parvenues à l'âge du mariage, qui deviennent des Négafas!". Il arrive que la mariée et la Négafa aient le même âge. Outre les jeunes femmes qui investissent la profession, on fait observer que: "femmes de ménage, marchandes ambulantes, cuisinières dans les mariages et... maquerelles... toutes finissent ces jours-ci des Négafas".
    Dans les quartiers populaires de Casablanca, le métier "a le vent en poupe", constate Mme Souad Lahrizia, Négafa à Derb Tolba, quartier populaire de Casablanca.

    Les secrets qui font le prestige d'une Négafa

    L'apprentissage du métier de Négafa se fait sur le tas. Plus on persévère, plus on apprend. Mme Fadila raconte qu'elle est restée pendant 16 ans sous les commandes d'une Négafa de Fès, installée à Casablanca. "Hajja Zoubida nous dirigeait avec une main de fer... mais elle avait l'art de transmettre les secrets du métier qui font le prestige d'une Négafa". Mme Souad Lahrizia, qui a accumulé désormais 8 ans d'expérience, reconnaît qu'elle n'est restée qu'une année sous la direction d'une Négafa chevronnée. Elle explique qu'elle a appris le métier rapidement car elle exerçait, au départ, un métier annexe de celui de Négafa. "Auparavant, je faisais du tatouage au henné. Régulièrement, on me demandait si je pouvais assurer l'habillage des mariées. J'étaits donc appelée à devenir Négafa, par la force des choses...". La Négafa qui maîtrise le métier devient "maâlema". Elle emploie avec elle au moins quatre femmes. Ces dernières exécutent l'essentiel du travail d'habillage de la mariée. Le rôle de la "maâlema" consiste à donner, "dans les coulisses", les ordres, à contrôler le travail et à réaliser les dernières retouches quand c'est nécessaire. Les femmes de la maâlema restent sous ses ordres le temps de maîtriser les rouages du métier et d'épargner assez d'argent. Elles la quittent aussitôt qu'elles arrivent à acquérir un minimum de bijoux et d'étoffes. Elles constituent, chacune, son propre "M'jer" et se lancent dans le métier.

    Une histoire de tiroirs

    Un bijoutier du centre-ville explique que le tiroir (M'jer) équivaut, en langage commercial moderne, à un fonds de commerce. Le tiroir comprend l'ensemble du patrimoine, en tissus et en bijoux, dont doit disposer une Négafa. Son prix varie selon que l'essentiel des bijoux est en or ou en argent doré.
    Dans les Kissariat mitoyennes des quartiers populaires de Casablanca, des bijouteries commercialisent des articles en argent doré. Articles dont les prix restent "dérisoires" par rapport aux bijoux en or. A Kissariat El Haffari, les cours de l'argent varient entre 6 et 10DH le gramme. La qualité de la matière et le degré de précision dans le travail fixent les marges. Le coût d'un tiroir en argent varie ainsi entre 8.000 et 10.000DH. Quand il est fait totalement en or, la barre de 150.000DH est facilement dépassée, précisent des bijoutiers. Et les Négafas sont les premières à savoir que "tout ce qui brille n'est pas or". Tous les six mois, le tiroir d'argent est confié au bijoutier pour le redorer...

    Eclat exceptionnel

    Plus la Négafa a de tiroirs, plus elle consolide sa place sur le marché. Il est fréquent, chez les plus anciennes, d'assurer simultanément cinq mariages sinon plus. Des Négafas soulignent que la maâlema doit être présente, en particulier pendant l'heure de "l'Ammaria" . C'est un moment suprême où les regards des invités sont le plus braqués sur la mariée, qui est portée par des hommes. Le caractère quasi-makhzenien de "l'Ammaria" ajoute un éclat exceptionnel à l'événement. Evénement qui doit à tout prix réussir. Le groupe de variétés stoppe la musique, brandit ses bendirs et tam-tams, et exécute des rythmes vifs et "cassés". "La mariée doit sentir que tout le monde l'envie..." précise-t-on.
    Une fois "l'Ammaria" finie, la maâlema peut quitter le lieu des festivités pour en assurer d'autres. Ses femmes se chargent du reste de la soirée quand il y a plusieurs mariages à animer. Les Négafas n'hésitent pas à louer auprès de leur "bijoutier habituel", une couronne (Taje) ou une ceinture (M'dama) au prix de 100DH/Article pour compléter les tiroirs.

    1.500 à 15.000DH la nuit

    A titre indicatif, le prix pour une seule nuit d'animation varie entre 1.500 et 15.000DH à Derb-Tolba, Souâd Lahrizia précise que les prix des prestations chutent de plus en plus, en raison du nombre des Négafas. La renommée, le prestige de la Négafa, la qualité (la rareté?) de ses tissus et ses bijous font la différence. Généralement, les Négafas ne se contentent pas du prix conclu et "hypothèquent la mariée" (Marhouna).
    Elles reconnaissent que cette pratique dérange les convives de la fête. Mais elles expliquent que l'argent de "l'hypothèque" leur permet de couvrir les frais de transport et la rémunération des employées (100 à 150DH/femme/nuit). Les Négafas précisent que si la famille de la mariée refuse "l'hypothèque", elle doit leur verser un montant équivalent, payé d'avance.

    Abdelkhalek ZYNE

    "Aziz et Itto": les négafas à l'écran

    DANS "Aziz et Itto", film projeté récemment, en avant première à Casablanca, les négafas sont à l'honneur. Le réalisateur, M. Naguib Ktiri-Idrissi, vit aux USA depuis 1977. Tourné en 1986, dans les ruelles étroites de Fès et les itinéraires montagnards d'Imilchil, le film dépeint un mariage marocain, avec toute sa symbolique. Autour de la fête, M. Naguib Ktiri-Idrissi réussit à esquisser une intrigue qui atténue, un petit peu, le caractère documentaire du film.
    Aziz (Samir Touzani) est un jeune Fassi. Il est artisan, fabriquant de babouches, comme son père. Il décide d'aller au moussem des fiançailles d'Imilchil. Il rencontre Itto (Itto Hadou), une jeune fille berbère. L'acte du mariage est scellé...
    A Fès, les parents d'Aziz réservent un accueil, des plus froids, à Itto et ses parents. L'ombre d'une liaison antérieure qu'aurait eue Aziz avec une jeune fille du quartier va peser sur le cours des événements... Le réalisateur resserre habituellement l'étau sur Aziz... Mais les noces vont quand même avoir lieu. Et le téléspectateur aura droit à quelques belles images qui montrent le cérémonial fassi: Aissaoua, henné et négafas.
    "Aziz et Itto" , comme le laisse entendre le titre, est un film direct et spontané. Le réalisateur a choisi des acteurs non-professionnels pour avoir "un cinéma vrai".
    Son film a été réalisé en vue de l'obtention d'un diplôme de maîtrise des beaux-arts (spécialité: réalisation cinématographique), d'une université américaine. La réalisation de "Aziz et Itto" s'est heurtée à beaucoup de difficultés, notamment matérielles.
    Les habitants du village d'Imilchil, explique le réalisateur, ont refusé, dans un premier temps, de coopérer. "Il fallait compter sur le concours du caïd qui a convaincu les gens de m'aider...".
    Le réalisateur explique que la défaillance financière du CCM a aggravé en partie ses charges. Le budget évalué au départ à 18.000$ s'est élevé à la fin à 73.000$, au prix de "plusieurs sacrifices consentis". Les acteurs se sont contentés de toucher des cachets symboliques: 500DH chacun. Le réalisateur explique que le film a eu un accueil favorable à l'université américaine. La communauté marocaine a été "émue" par le film.
    "Aziz et Itto" a remporté en 1990, le prix de "l'Association de Presse Arabo-Américaine", et en 1991, le prix "les films de l'espoir" à Burkina-Fasso.

    A.Z.

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