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Politique

Née à Marrakech, l'OMC a dix ans
Le grand trouble du temps présent

Par L'Economiste | Edition N°:1748 Le 15/04/2004 | Partager

. L'essor du commerce a-t-il été garant de la paix?. Le multilatéralisme a-t-il disparu définitivement?. Le bilatéralisme entraîne-t-il les guerres?Cette semaine, Marrakech n'a pas fêté les dix ans de l'OMC. Elle aurait dû et l'Organisation mondiale du commerce aussi: c'est dans la ville d'Ibn Tachfine qu'elle est née, la semaine du 7 au 15 avril 1994.Dix ans plus tard, l'OMC paraît un peu décrépie: symbole même de la paix par le commerce et le multilatéralisme, l'Organisation est décriée: elle ne sait plus résoudre les conflits d'intérêt, ou elle le fait plutôt mal; elle est attaquée sévèrement par les altermondialistes et le principal Etat commerçant, les Etats-Unis, contourne le forum de l'OMC pour lancer un réseau d'accords bilatéraux.L'actualité dans le monde est dramatique: bourbier irakien, attentats à Nairobi, New York, Riyad, Casablanca, Madrid… La chute du mur de Berlin et l'OMC posaient l'idée d'un nouvel ordre mondial. Dix-quinze ans plus tard, c'est une guerre civile mondiale qui a démarré. Quelle est la responsabilité de l'OMC? quelles seront les conséquences pour un pays comme le Maroc? Revenons au siècle dernier. Les Etats-Unis et l'Europe étaient persuadés que la guerre était issue des conflits commerciaux. D'où la naissance du GATT, puis de l'OMC, et le foisonnement des relations bilatérales et régionales (cf. infra notre dossier).. Les multinationales contre les EtatsAujourd'hui, la prospérité économique mérite un coup de chapeau. En cinquante ans, les échanges ont été multipliés par 22, avec une croissance annuelle de 6% en moyenne. Sans compter l'énorme développement des contrées comme l'Europe, l'Asie…Pourtant, l'idée d'un régulateur mondial du “commerce libre” n'avait pas tout de suite plu à tout le monde. Durant les années 60-70, les petits pays, et les plus pauvres, étaient sceptiques. Pour eux, il y avait un «club des riches», qui «lésait les intérêts des pauvres». Evidemment, cette réaction, placée dans son contexte, s'explique. La plupart de ces pays se trouvaient dans une posture postcoloniale. Après les indépendances, l'objectif prioritaire était de construire des Etats, donc des frontières et des papiers d'identité: c'est le protectionnisme. Mais l'échec de l'idéologie des pays non-alignés et du développement autocentré, a vite fait disparaître cette résistance: un ordre mondial commercial était effectivement préférable à un ordre mondial militaire. L'affaire a donc bien marché. Mais à y voir de plus près, la structure de ce développement et la manière dont se sont organisés les pays et les multinationales, révèlent des distorsions que l'ordre mondial actuel traîne avec lui, le rendant incapable de résoudre des problèmes de plus en plus périlleux pour la stabilité mondiale. Il y a d'abord les multinationales, vraies puissances mondiales. Le développement du commerce s'est fait grâce à l'essor de ces entreprises. Résultat: c'est le développement intrafirme qui a primé. Ces multinationales règlent entre elles des problèmes de concurrence, de marché... mais pas dans le cadre de l'OMC qui ne reconnaît comme membres que les Etats. L'OMC a tenté de résoudre ce problème en vain. Les vrais acteurs commerciaux sont de plus en plus les entreprises et de moins en moins les Etats. Ensuite, le rôle-clé des Etats-Unis en 1945: ils avaient sauvé l'Europe du nazisme. De là, ce pays est vite devenu le policier-garant du monde, face à l'ennemi soviétique. Mais disparu le communisme, réveillée la puissance chinoise, unifiée l'Europe... l'acteur américain a changé de rôle. Du plus gros producteur mondial, il est passé à celui du plus gros consommateur (cf. Après l'Empire, Emmanuel Todd). “L'objectif des Etats-Unis n'est plus de défendre un ordre démocratique et libéral qui se vide lentement de sa substance en Amérique même. Cette inversion du rapport des Etats-Unis au monde est à l'origine de la dernière vague de rapports bilatéraux aux dépens du multilatéralisme promu par l'OMC. L'Oncle Sam a aujourd'hui besoin de créer des situations de dépendance vis-à-vis de lui, poursuit Emmanuel Todd. Et cela sans compter le poids grandissant des autres puissances, -l'UE, le Japon, la Chine, la Russie (dans sa mouture libérale)- qui éloigne un peu plus les Etats-Unis du centre du monde. Aussi, le clivage entre les pays industrialisés et ceux en voie de développement n'a jamais été aussi fort. Les enjeux commerciaux concernent peu ceux qui doivent d'abord se mettre à niveau pour entrer dans la cour des grands. Et le chemin est encore long.. L'ONU contre des hommes...La force de l'ordre mondial s'est donc affaiblie. L'ONU (Organisation des Nations unies), vidée de sa substance, ne peut plus gérer le monde. Pour le cas de l'Irak, c'est le Japon, les Etats-Unis, l'Italie et d'autres pays qui sont impliqués dans la reconstruction de ce qui fut une civilisation, et non pas une force mondiale. La lutte contre le terrorisme donne un écho encore plus énorme, au vide qui se crée autour de ces institutions. Incapable de combattre ce qu'elles ne reconnaissent pas juridiquement, les Nations unies sont impuissantes face à cette nouvelle manière de faire la guerre contre le monde tout entier. Les ennemis des démocraties sont des ennemis qui échappent à un ordre élaboré sur des documents officiels. L'OMC a, dans ce sens, encore moins de pouvoir. Les rapports bilatéraux restent l'option la plus prisée par les pays. Ainsi, on maîtrise mieux ce que l'on donne et ce que l'on reçoit, les rapports d'alliance et de dépendance. Mais comme dans les années 60-70, le contre-pouvoir est là et il s'organise avec plus ou moins de pertinence. Le début du XXIe siècle est marqué par le renforcement du courant antimondialisation: non à la globalisation absolue. Et finalement, ces pays qui critiquaient le système commercial mondial il y a une trentaine d'années, trouvent en lui aujourd'hui, l'unique issue pour ne pas se faire écraser. C'est l'évolution du poids des pays en développement au sein de l'OMC qui a fait échouer la dernière conférence. Ils ne comptent pas s'en tenir là, puisque l'OMC est l'une des rares institutions à marcher en comptant une voix pour un pays. Les PVD ne démordent pas de cette instance tandis que les rapports bilatéraux fusent dans tous les sens... et que la force militaire prime. Mouna KADIRI

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