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Politique

Née à Marrakech, l'OMC a 10 ans
Marrakech 1994: Pour un coup d'essai, c'était un coup de maître!

Par L'Economiste | Edition N°:1748 Le 15/04/2004 | Partager

. La ville ocre avait accueilli la conférence du GATT en avril 1994. L'acte fondateur de l'OMC y a été signé . Une consécration pour les professionnels marocainsFévrier 1994, en plein Ramadan. Les voitures circulaient dans tous les sens, les déplacements entre Rabat et Casablanca se multipliaient. Les chauffeurs roulaient parfois à 140 km/heure… Il arrivait que les acteurs impliqués pleurent un bon coup (de stress), mais ils rigolaient beaucoup et dormaient très peu. C'était deux mois avant «Marrakech 1994». Les hommes-fourmis, et des femmes-fourmis, grâce à qui l'événement a été une réussite, s'en souviennent non sans émotion. C'était… «magnifique», «un véritable cas d'école», «énorme», «excellent», «magique».Marrakech était encore une fois entrée dans l'histoire. Du 7 au 15 avril 1994, la ville a accueilli la Conférence du GATT (dans son fameux Palais des Congrès), avec ses 4.000 participants étrangers. Cet événement consacrait la signature de l'acte fondateur de l'OMC (organisation mondiale du commerce). Et pour un coup d'essai, c'était un coup de maître! Ces accords de Marrakech constituaient une consécration pour le Maroc et les pays en développement.Khalid Belyazid, actuellement directeur général de L'Economiste, en était à l'époque le secrétaire général. Il était l'un des trois journalistes de L'Economiste à couvrir l'événement. Ses souvenirs rallument son regard. «C'était l'époque où il y avait une émulation pour tout. C'était le pic du Maroc plein d'espoir, la véritable consécration de la libéralisation économique et politique. Beaucoup de Marocains rentraient dans leur pays, les étrangers investissaient de plus en plus, c'était aussi le début du développement des franchises». Alors, imaginez l'engouement pour accueillir la Conférence du GATT, et avec tout le gotha de l'économie mondiale! Une réussite aussi grâce à une organisation sans faille. Les professionnels de chaque secteur ont mis la main à la pâte avec une marge d'autonomie garante du succès: les agences Act! et Saga pour la communication, S'Tours et Atlas Voyages pour la réception des invités, L'Economiste pour la couverture médiatique (cf. encadré). Nephtali était l'agence principale chargée de l'organisation. «Nous n'avons jamais vu une aussi grosse opération réussir avec autant de fluidité touristique», ajoute Khalid Belyazid. «Pour la première fois, les ministres et les opérateurs privés travaillaient de concert pour l'intérêt du pays», se rappelle Mohamed Setti, alors consultant auprès de Nephtali et actuel directeur d'Artegis conseil.Il est vrai que l'existence du Palais des Congrès a beaucoup joué en faveur du choix de Marrakech, mais ce qui est resté dans la mémoire des hommes et des femmes, c'est des souvenirs de ces petits combats qui font les grandes victoires, d'anecdotes, d'une bonne ambiance. «Je me rappelle de l'ambassade américaine qui avait appelé à la dernière minute pour demander 100 chambres. Evidemment, tous les hôtels étaient complets». Dix ans après, Selma Chebihi de S'Tours en est encore émue. A l'époque, le vice-président américain était Al Gore. Il était de ceux qui avaient donné à penser que les Etats-Unis allaient rompre avec leur tradition de domination, pour entrer dans un monde multilatéraliste et légaliste. Il voulait venir à Marrakech avec toute son équipe. «Imaginez l'état dans lequel j'étais! poursuit Selma Chebihi. Ils ont d'abord envoyé un premier avion (…). Les gardes du corps logeaient à l'hôtel Amine, je me rappelle d'eux qui mesuraient minutieusement les trajets prévus du vice-président et prenaient toutes les mesures de sécurité».Finalement, l'agence de voyages parvient à libérer des chambres en jonglant avec les autres clients. «Le jour même ou le lendemain, j'ai reçu un bouquet de 100 roses, le plus gros de toute ma vie!!! Il n'y avait pas un seul vase dans les bureaux, nous avons pris toutes les bouteilles d'eau qu'on a coupées en deux. Nous avons aussi reçu des félicitations et des remerciements du Cabinet royal, des ambassades. Nous avions été à la hauteur», se souvient Selma Chebihi, qui balance entre éclats de rire et larmes d'émotion. Les membres de cette agence comme ceux d'Atlas Voyages ont dû accomplir des miracles pour loger tous les participants. . Le beau logo «Quand vous pointez une liste à une heure du matin, que vous n'y voyez plus rien, vous passez aux toilettes, vous vous remettez en question, vous pleurez un bon coup et vous reprenez le travail. On faisait vraiment le maximum». L'événement avait été organisé en six semaines, un record! Surtout qu'il fallait être à cheval entre Rabat et Marrakech.«Le jour J, quand tout le monde était logé, nous nous demandions ce qu'on pouvait bien faire», se rappelle Setti. Dès la fin de la manifestation, tout a été enlevé, tout est redevenu comme avant. A l'image des évènements internationaux, tout le monde y a mis du sien. «Nous avions des heures impossibles, mais on s'en accommodait. C'était un challenge, notre challenge: honorer l'image du Maroc. Et puis, poursuit Setti, comme s'il se parlait à lui-même, il y avait «une espèce de cordialité, de solidarité incroyable. Nous évoluions à côté de grands noms le plus naturellement».La conception du logo a été confiée à l'agence de communication Saga (elle avait remporté le marché de la réalisation et du suivi de l'identité visuelle de l'événement). Il a été imaginé en association avec Design Stratégie, agence européenne spécialisée. C'est un logo dont il n'existe aujourd'hui plus aucune trace dans les documents officiels de l'OMC…Mais associer Marrakech, le GATT, 1994 et Uruguay round en un seul logo, quel coup de pub pour le Royaume! L'empreinte de Marrakech, du Maroc et de sa culture apparaissait clairement. Les couleurs, laissées libres par le cahier des charges, sont les reprises dominantes de Marrakech: ocre clair, ocre plus soutenu et ocre-prune du coucher du soleil. Chakir Fassi-Fihri, cofondateur de Saga, avait expliqué à cette époque que ces «couleurs mettaient en relief le côté chaleureux des Marrakchis et reflétaient la richesse chromatique de Marrakech».La calligraphie arabe a été réalisée par Hassan Massoudi, calligraphe irakien installé à l'Institut du Monde arabe de Paris. Elle reprend les deux concepts économique et humain retenus pour l'occasion: attadamoun et al houria, solidarité et liberté. Les mots et lettres arabes ainsi entrelacés dans un arc de 3/4 de cercle exprimaient très bien ces deux notions. Dix ans après, ce ne serait pas de trop si l'OMC se souvenait que son acte de naissance avait été écrit par ces deux «fées», solidarité et liberté. L'agence Act! s'occupait de la stratégie communication. A ce titre, elle avait collecté une masse énorme de documentation, rediffusée auprès de la presse. Cette collecte s'était faite grâce à l'appui des pouvoirs publics et sous le couvert du comité d'organisation placé auprès du Cabinet royal. L'âme de ce comité était le conseiller du Roi André Azoulay.. Un ratage: les affaires Pourtant, autant l'organisation était brillante, autant le Royaume n'a pas pu ou su saisir l'opportunité qui se présentait à lui pour faire des affaires. La fine fleur de l'économie mondiale était là mais en face, l'offre était un peu maigre. «Le Maroc n'en a pas vraiment profité pour deux raisons: on était petit et l'on ne savait pas», résume un participant. Effectivement, l'offre marocaine devait paraître étriquée face aux mastodontes présents. «Et puis, personne n'a vraiment fait de la promotion de ce point de vue-là, à part le ministre de la Privatisation de l'époque Abderahmane Saïdi, qui s'y entendait pour nouer des contacts et vanter ses privatisables. Dans la presse étrangère, il n'y avait pas d'articles de fond sur le Maroc, donc pas assez de résonance, de publicité. Sur place, «on s'intéressait plutôt aux questions du genre: a-t-on ramassé les clochards qui évoluaient dans les parages du Palais des Congrès?» se rappelle un organisateur. On a été parfait pour la réception, parfait pour garder ces négociations mondiales sur leurs rails… mais on n'a pas réussi à tirer profit de l'occasion pour développer les affaires des entreprises marocaines. Une question de culture peut-être: les entrepreneurs n'auraient pas osé profiter de l'occasion pensant qu'il ne fallait pas importuner les invités? Une question de préparation sans doute: les entreprises n'ont pas été à la hauteur parce qu'elles n'avaient jamais assisté à de telles manifestations, parce qu'elles ne se déplacent pas assez à l'étranger?Et puis, autre fait regrettable, mis à part les mémoires vivantes qui en parlent comme ci c'était hier, on ne parle pas de l'OMC comme de «l'institution de Marrakech». Il y a une petite ville de rien du tout, que personne ne connaîtrait, s'il n'y avait pas «les institutions de Bretton Woods». Mais il n'est peut-être pas trop tard…


L'Economiste quotidien

L'Economiste était le seul support de presse écrite à avoir couvert l'événement jour par jour, en bonne et due forme. Hebdomadaire à l'époque, L'Economiste avait créé un quotidien, et en anglais, spécialement pour l'évènement. Son challenge: éditer un quotidien quoi qu'il arrive. En fait, L'Economiste avait déjà à cette époque une idée derrière la tête: devenir un quotidien et Marrakech était l'occasion rêvée et unique, pour tester les procédures… Trois journalistes étaient accrédités: Khalid Belyazid, Jamal Berraoui et Alié Dior N'dour. Ils envoyaient par téléfax leurs articles manuscrits: pas d'Internet comme aujourd'hui. Internet n'existait à l'époque que pour les besoins militaires et scientifiques dans le monde. L'édition spéciale, quotidienne et anglophone de L'Economiste, imprimée à Casablanca, était envoyée à Marrakech de nuit, puis distribuée gratuitement dans toutes les chambres des participants, le matin. Les responsables du quotidien estiment que L'Economiste avait joué un rôle-clé pour accompagner la présence marocaine: un pays capable de produire ce genre de publication, ne pouvait qu'être prêt pour la globalisation!


Les Israéliens

LA Conférence de l'OMC de Marrakech était la première fois aussi que le Maroc recevait officiellement une délégation israélienne. Elle était vite devenue la vedette des journalistes marocains. A l'époque, le processus de paix avait commencé. «Recevoir cette délégation était une preuve d'ouverture du Maroc. Laquelle avait sérieusement commencé en 1994», explique Khalid Belyazid. «Il y a eu six mois plus tard le grand sommet de Casablanca, c'etait un espoir immense…»


Téléphonie mobile

LA petite histoire du téléphone portable est très connue. C'est avec la Conférence du GATT 1994 qu'il a, pour la première fois, été testé sur le sol marocain. A l'époque, c'était une grande innovation. C'est Siemens qui avait remporté le marché de mise en place du réseau, commandé par Maroc Telecom (à l'époque, on parlait encore de l'Office national des postes et télécommunications), pour un montant de 140 millions de DH. La première ville desservie était bien évidemment Marrakech. L'occasion était trop belle. L'antenne parabolique et le satellite mobile d'Itissalat Al-Maghrib, ou plutôt l'ONPT, étaient installés à deux pas du Palais des Congrès. «Les gens venaient d'Europe et d'Amérique et découvraient un engin qui n'était pas encore utilisé dans leur pays. Beaucoup de conférenciers ont découvert le «GSM» ou «mobile», ces jours-là. Six mois plus tard, lors d'une autre conférence mondiale, le Mena de Casablanca, de nombreux participants étaient en possession de GSM, participants qui avaient été étonnés du niveau d'équipement au Maroc.A Marrakech, IAM avait également lancé, pour test, un pager, «mais cela a été un flop», se souvient un conférencier. Ce fut aussi un flop commercial à peu près partout: que faire d'un pager quand il y a le GSM!


Cela a failli être un échec

A en croire ceux et celles que nous avons interrogés, la signature de l'accord a failli échouer à cause… de la Tunisie.«Vers la fin de la manifestation, on a failli ne pas signer», révèle un des conférenciers marocains. Le Maroc a toujours un petit jaloux qui s'appelle la Tunisie. «Elle avait essayé de faire du lobbying auprès des pays du Tiers-Monde, notamment l'Inde, pour faire échouer la signature de l'accord». Pour la Tunisie, il fallait résister à la clause sociale et celle de l'environnement qui lésaient les intérêts des pays en développement. Les manœuvres auront finalement échoué», se remémore un autre conférencier. Depuis, la clause de l'environnement est devenue un des thèmes majeurs dans les négociations internationales. Quant à la clause sociale, elle est, il faut le reconnaître, un des rares moyens qui restent après la disparition du communisme, pour faire avancer la situation des employés.


En quête de djellabas

LE bruit courut soudainement, venu d'on ne sait où: «Les Marocains doivent venir en djellaba pour le discours royal de clôture». Bien peu parmi les officiels, les accompagnateurs et les journalistes avaient glissé une djellaba blanche dans leur valise! En fait, on n'était pas très sûr qu'il y aurait un discours de clôture prononcé par le Souverain lui-même. Tout le monde avait bien vu que Feu Hassan II s'était beaucoup impliqué dans la réussite de cette conférence: sans lui, sans cette faculté qu'il avait de pouvoir parler à tous des grands de ce monde, il en aurait peut-être été autrement de la naissance de l'OMC… Qui peut savoir? Toujours est-il que la course à la djellaba a commencé, frénétique, chez les marchands de Jamaa-El-Fnaa et dans les échoppes de la médina. Belyazid se souvient d'avoir croisé André Azoulay et quelques ministres, tous en quête de djellaba blanche, en espérant qu'elle serait grosso modo à leur taille. Il se raconte que quelques marchands ont encaissé le chiffre d'affaires du mois sur une ou deux pièces qu'ils avaient en stock. C'est cela aussi le commerce.M. Kd.

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