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    Mystère au Proche-Orient
    Par le colonel Jean-Louis DUFOUR

    Par L'Economiste | Edition N°:2767 Le 30/04/2008 | Partager

    Notre consultant militaire est officier de carrière dans l’Armée française, ex-attaché militaire au Liban, chef de corps du 1er Régiment d’infanterie de marine. Il a aussi poursuivi des activités de recherche: études de crises internationales, rédacteur en chef de la revue Défense… et auteur de livres de référence sur le sujet, dont «La guerre au XXe siècle» (Hachette 2003), «Les crises internationales, de Pékin à Bagdad», (Editions Complexe, 2004)Le titre de ce papier pourrait être celui d’un roman policier. Avis aux auteurs en manque de sujet! Les relations actuelles entre la Syrie, Israël et Washington non seulement étonnent mais revêtent un aspect irrationnel propre à troubler quiconque est étranger aux secrets des dieux. D’un côté, le président Bush a communiqué jeudi 24 avril au Congrès des Etats-Unis les raisons pour lesquelles l’armée de l’air israélienne a mené un raid en Syrie, le 6 septembre 2007, de l’autre, le ministre syrien des Affaires étrangères annonce de Téhéran qu’une paix avec Israël serait possible, une fois rendus les territoires pris à la Syrie en 1967. Cette déclaration survient après que le Premier ministre israélien ait laissé entendre qu’il était disposé à évacuer militairement le plateau du Golan, donc à le rendre à ses propriétaires. Comme si comptait désormais pour rien la décision prise en 1981 par la Knesset de déclarer israélien ledit plateau, comme si les 15.000 colons qui y sont installés allaient recevoir l’ordre d’évacuer les lieux, comme si Israël admettait de voir ses ressources en eau amputées d’un bon tiers, au cas où il ne recueillerait plus celle en provenance du Golan. Quant aux propos du président américain, ils font de la Syrie un «voyou» redoutable qui cherche à se procurer des armes nucléaires. Si Damas y parvenait, ce serait pour affronter Israël, ou le dissuader d’agir, son dernier adversaire potentiel, maintenant que Saddam Hussein, l’ennemi intime du pouvoir alaouite, a disparu de la scène. George W. Bush aurait voulu nuire aux relations nouvelles et surprenantes qui semblent se nouer entre Damas et Tel-Aviv qu’il ne s’y serait pas pris autrement. A se demander qui est l’allié de qui dans cette affaire. Le mystère est complet. Chercher à voir clair paraît difficile; il n’est pas interdit d’essayer. Selon l’administration Bush, le raid de septembre avait pour objet la destruction d’un réacteur nucléaire, capable de produire du plutonium, en cours de construction en Syrie avec l’aide de la Corée du Nord(1). La Maison Blanche a fourni aux élus une bande vidéo, obligeamment livrée par les Services israéliens, où l’on observerait sur les lieux des visages manifestement coréens. Le curieux de cette communication est qu’elle n’a rien d’inédit. Très vite après l’attaque, l’information avait filtré, aux Etats-Unis d’abord, en Israël ensuite. Des questions se posent. Trois au moins! Pourquoi les Etats-Unis ont-ils attendu si longtemps pour révéler ce qui était implicitement connu? Pourquoi l’administration américaine choisit-elle de le faire maintenant? Pourquoi enfin les Etats-Unis utilisent-ils à cet effet des documents secrets israéliens alors que ce serait plus naturellement à Israël d’y procéder?La raison pour laquelle l’administration Bush s’est abstenue d’annoncer d’emblée la construction d’un réacteur nucléaire en Syrie échappe complètement. Pareille entreprise ne pouvait échapper aux satellites US. S’agissant de la Syrie, pays vilipendé pour son comportement abusif au Liban et qui est accusé de laisser passer des volontaires en route pour l’Irak, la réserve américaine est incompréhensible. A moins que négociations avec PyongYang aidant, Washington ait jugé préférable de ne pas embarrasser une Corée du Nord espérée accommodante. Malheureusement, l’annonce faite au Congrès jeudi infirme cette supposition, sauf si des faits inconnus du public sont intervenus ces derniers jours comme, par exemple, des réticences des Nord-Coréens à fournir des informations sur leur programme nucléaire. Avec ses révélations, Washington aurait ainsi voulu faire pression sur les Coréens, piètre manœuvre, en vérité, digne d’un Machiavel au petit pied. Plus intéressante est la position d’Israël. Selon plusieurs quotidiens israéliens du 23 avril, le gouvernement Olmer aurait demandé à l’administration US de ne rien dire au Congrès à propos du fameux raid. Il ne fallait pas gêner Damas au moment où des contacts sont en cours, relancés par cette concession israélienne de taille, savoir le retrait de Tsahal(2) du Golan. Si cette hypothèse est la bonne, la Maison Blanche, préoccupée par un réchauffement possible des relations entre la Syrie et Israël, aurait délibérément agi pour l’empêcher. Tout se passe, une fois de plus, comme si les intérêts des Etats primaient sur l’amitié et la fidélité entre alliés. Les Etats-Unis veulent chasser la Syrie du Liban. Ils ne seraient pas fâchés de voir un coup d’Etat mettre à bas la dictature des Assad, père puis fils. Pour Israël, en revanche, la Syrie au Liban joue un rôle stabilisateur, le pouvoir alaouite doit plutôt être sauvegardé. Tout autre régime risquerait de se montrer encore plus hostile à l’Etat hébreu, à coup sûr moins prévisible et rationnel. Autrement dit, la stratégie israélienne exigeait la destruction du réacteur tout en évitant de faire perdre la face au potentat damascène.Il y a donc deux explications possibles à la communication faite au Congrès des Etats-Unis. La première est de faire pression sur la Corée du Nord pour qu’elle satisfasse aux exigences de Washington, la deuxième est de compromettre tout processus de paix israélo-syrien. Problème: ces explications sont loin d’être satisfaisantes. On voit mal comment l’affirmation publique d’une participation nord-coréenne à la construction d’un réacteur en Syrie pourrait impressionner Pyong Yang, on imagine difficilement des relations israélo-américaines détériorées au point de voir la Maison Blanche utiliser un tel expédient. S’il fallait néanmoins choisir entre les deux hypothèses, la seconde paraîtrait la moins mauvaise. Auquel cas, cette quasi-rupture entre l’Amérique et Israël sonnerait l’amorce d’un bouleversement spectaculaire au Proche-Orient. --------------------------------------------------------------------------(1) Ce que le président syrien a démenti vigoureusement le 27 avril, précisant que la construction d’un réacteur nucléaire en plein désert au su et au vu des satellites américains et israéliens était invraisemblable. Pour Bachar al Assad, il s’agissait d’un site militaire en construction, sans plus de précision, vide d’occupant lors du bombardement. Le président syrien a également déclaré que son pays n’ambitionnait nullement de se doter de l’arme nucléaire laquelle, serait-elle employée, tuerait inévitablement des Palestiniens… (2) Initiales en hébreu de «Forces de Défense d’Israël».


    Le Golan, aperçu historique

    Le Golan, entre Yarmouk et Mont Hermon, 60 km sur 25, du nord au sud, est un plateau très arrosé de 500 à 1.000 mètres d’altitude. Cette région a toujours été disputée entre Israélites et Araméens de Damas. Le Golan et sa capitale Gamla jouent un rôle central dans «La guerre des Juifs» de Flavius Josèphe, historien antique (37-100). A la fin du XIXe siècle, l’Empire ottoman y installe des familles de Circassiens (réfugiés musulmans de diverses ethnies du Caucase) dans le but d’en faire un avant-poste pour contrôler les bédouins arabes, réputés rétifs à toute autorité. Certaines de ces familles fondent la ville de Quneitra, d’autres celle d’Amman. A l’époque, on trouve aussi sur le plateau des villages druzes, certains alaouites. Se fondant sur la Bible, le mouvement sioniste revendique le Golan, comme faisant partie du Foyer national juif en Palestine. En 1948, la Syrie envahit la Galilée pour empêcher la création de l’Etat d’Israël. Repoussées par la Hagana, les troupes syriennes s’établissent sur le plateau d’où elles harcèlent les villages juifs en contrebas. En 1967, le Golan est occupé par l’armée israélienne. En 1973, lors de la guerre du Kippour, l’armée syrienne en reconquiert 60% avant d’être repoussée. Depuis cette date, une force internationale veille au cessez-le-feu, scrupuleusement respecté par les deux Etats. 35.000 habitants résident sur le plateau dont 15.000 Israéliens. La position élevée du plateau lui a toujours conféré un intérêt militaire, observation, liaison, station d’écoute. Compte tenu de l’évolution des techniques, l’aspect stratégique du Golan n’est plus aujourd’hui déterminant. Seul compte l’eau de ce plateau très arrosé et qui procure à Israël 35% de sa consommation.

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