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Culture

Musulmans de France
Pourquoi ces démissions en série?
Par Hakim EL GHISSASSI

Par L'Economiste | Edition N°:1933 Le 06/01/2005 | Partager

Dounia Bouzar, professeur et chercheuse, a expliqué son départ le 4 janvier 2004 du CFCM , en disant qu'après «mûre réflexion, je pense que rester au sein de cette instance n’a aucun sens pour moi, ni aucun intérêt pour le CFCM lui-même: la compétence que je pouvais partager avec vous provient en effet de mes études sur les jeunes musulmans nés en France«. Elle vient de publier «Monsieur Islam n’existe pas, pour une désislamisation des débats« (Ph. Ghissassi)Dès le lancement de la consultation, Al-Istichara, par l’ancien ministre de l’Intérieur Jean-Pierre Chevènement, le 21 octobre 1999, la question des personnalités qualifiées ou cooptées pour représenter les musulmans de France, se posait. En effet, sur les 18 membres des consultations, 6 personnalités dites «qualifiées« ont participé aux travaux préparatoires pour l’organisation de l’islam de France. La volonté de l’administration française était de faire place, au sein de l’appareil représentatif de l’islam, à des personnes de la société civile ou des intellectuels musulmans qui ne sont pas affiliés aux grandes fédérations musulmanes. L'administration a d'ailleurs eu à faire face à la réticence des grandes fédérations.Mais le mécanisme représentatif ne fonctionne pas très bien. La faible influence et les démissions répétées mettent en cause ce système. D’autant plus que les grandes fédérations l’ont fait dévier de son objectif premier et l’ont utilisé pour élargir leurs rangs au sein de l'organe d’administration du CFCM (Conseil français du culte musulman). Rappelons que ce dernier est constitué de 63 membres (2/3 élus dans les régions, 1/3 désignés dont 5 personnalités dites cooptées).. Plusieurs démissionsLa démission de Dounia Bouzar, c’est la deuxième démission symbolique après celle de Betoul Fekar-Lambiote, qui était la seule femme musulmane présente dans les travaux de la consultation. La démission, à la fin des travaux de la consultation, du théologien Mohsin Ismaïl est passée inaperçue; ce dernier a refusé la médiatisation de sa démission et s’est depuis retranché dans ses travaux universitaires. La deuxième personne «qualifiée« au sein du CFCM, Soheib Benchikh, n’assiste que rarement aux travaux et ne participe que dans des occasions officielles aux réunions du bureau du CFCM. Quant à Cheikh Bentounes, de la confrérie Alaouia, et l’universitaire Eric Geoffroy qui représentent en quelque sorte les courants soufis et les Français convertis à l’islam, ils ne siègent depuis l’installation du CFCM que dans son conseil administratif qui ne se réunit qu’une fois par semestre.Le CFCM se retrouve après la démission de Dounia Bouzar dans une situation où il doit choisir de nouveau une autre personne pour la remplacer, prioritairement une femme, afin de compléter son bureau exécutif. Le système de la cooptation ou de la désignation a montré ainsi ses limites. Il avait déjà dopé les fédérations qui ne s'étaient jamais montrées si actives. En plus, au lieu de donner du poids à la société civile et aux personnalités indépendantes, il devient une source de suspicion pour celles et ceux qui acceptent d’être promus sans le soutien des fédérations et qui sont donc accusés de complaisance avec les pouvoirs publics. Mais dans le fond, ces avatars sont des couacs de l’adolescence, le CFCM ne tardera sans doute pas à retrouver son équilibre.


Les raisons d’un départ

Dans sa lettre de démission, Dounia Bouzar fait en réalité une analyse de la situation de l'islam en France, de ses spécificités mais aussi de ses contradictions.«La spécificité de la situation française est démontrée: l’histoire de la laïcité en France crée des conditions d’émergence d’une nouvelle religiosité musulmane, puisque les musulmans de France ne trouvent plus les réponses à leurs questions en se tournant vers les pays étrangers.Qu’est-ce que c’est être musulman dans une société laïque? Où et comment faire la séparation entre le profane et le sacré? Comment faire la différence entre les principes religieux et les formes historiques que ces derniers ont prises au fil des siècles dans les différentes sociétés musulmanes? Le contexte de pluralisme démocratique laïc français oblige ainsi les musulmans, comme cela a été jadis le cas pour les autres croyants, à réorganiser leur manière d’exister et de croire, à partir de cette nouvelle expérience.Or, au CFCM, il n’a jamais été question d’échanger sur ce sujet. J’ai attendu patiemment de nombreux mois, sachant que le “débat” sur le foulard mobilisait toute notre énergie et qu’il fallait laisser du temps au temps. Au bout d’un an et demi, je constate une fois de plus que les seules discussions qui vont mobiliser le CFCM jusqu’aux élections concernent les places des uns et des autres, sans qu’aucun débat de fond ne soit possible.Vous comprendrez, j’en suis sûre, que je n’ai aucune raison de rester dans cette instance de “l’islam de France”, où il n’est jamais question de musulmans nés en France, dans la mesure où c’est pour mes compétences précises sur ce sujet que vous m’aviez cooptée«.


Ma proposition

D’autres pistes doivent maintenant être explorées pour sortir de cette impasse. Je propose une voie à deux volets: - Le premier volet serait la création d’un «comité d’experts«, qui ne sera pas impliqué dans les jeux du pouvoir et dont le rôle sera d’aider le CFCM dans ses réflexions et ses analyses. On nous dira peut-être que les commissions jouent ce rôle. Certes, mais ce que nous observons c’est que ces commissions travaillent aujourd’hui en dehors de toute coordination et elles sont également en proie aux enjeux du pouvoir des différentes fédérations. Seul un comité d’experts ouvert sur toutes les tendances de la pensée musulmane en France, voire des experts non musulmans et qui n’aura pas d’objectifs politiques, permettra à de nombreuses personnes comme Dounia Bouzar ou Souhaib Benchikh (pour ne citer que ceux qui font partie du bureau exécutif du CFCM), de se retrouver et œuvrer pour une meilleure intégration, tout en proposant des pistes d’analyse et de réflexion sur l’islam de France et d’Europe et en menant des études sur les dossiers que le CFCM leur soumettra.- Le second volet serait de remplacer les personnalités cooptées par les fédérations par des associations actives sur le terrain religieux ou culturel musulman et qui ne se sentent pas représentées.Dounia Bouzar le décrit clairement dans sa lettre de démission: un intellectuel désire rester libre dans sa pensée et ne supporte pas être enchaîné par des débats purement juridiques et administratifs.

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