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    Economie

    Moutons: Les causes d'une pénurie : Retard et baisse des naissances chez les ovins

    Par L'Economiste | Edition N°:224 Le 04/04/1996 | Partager

    Les conditions climatiques sévères qu'a connues le pays ont réduit les effectifs du cheptel, alors que les besoins estimés pour la fête s'élèvent à 4,7 millions de moutons dont 1,7 million devraient être importés. La pénurie impose donc un choix. Dans un message adressé à la Nation, S.M Le Roi a invité les Marocains à s'abstenir du sacrifice rituel de la fête de l'Adha.

    Les statistiques relatives au cheptel sont effectuées en deux passages, l'un en mars/avril et l'autre en octobre/novembre. Pour l'état actuel, les seules statistiques disponibles sont celles de novembre dernier où il a été recensé 16,7 millions de têtes d'ovins tous sexes et âges confondus, ce qui représente 2,8 millions de plus par rapport à 1994.
    Néanmoins, auprès de la Direction de l'Elevage, on estime que les conditions climatiques peu clémentes pour cette race animale a eu pour conséquence un retard, aggravé par une baisse, dans les naissances. Le manque de nourriture ne favorise pas la fécondation.
    De plus, cette année, la mortalité a été plus élevée que d'habitude. Elle se situait entre 7 et 10% et passe actuellement à 15%.
    C'est la conjonction de ces circonstances qui rend l'approvisionnement en moutons pour la Fête du Sacrifice difficile. Déjà, on constate ici et là des prix relativement élevés par rapport à l'année dernière.
    Par ailleurs, en plus des conséquences de la climatologie sur le cheptel, la disponibilité des moutons aptes au sacrifice, c'est-à-dire ayant plus de six mois, est limitée du fait que, de plus en plus, l'Aïd se rapproche de la période d'agnelage; par conséquent, les nouveaux-nés n'auront pas le temps de grandir et devenir sacrificiels pour la fête de cette année. En fait, 80% des agnelages se font entre septembre et décembre, contre 25% en janvier, mars et avril.

    La gestion économique du cheptel

    Le gestion des ressources rares implique non seulement la répartition de l'existant à un moment donné, mais aussi la prévision. S'agissant des ressources agricoles, fortement sensibles aux caprices de la nature, les prévisions ne peuvent prétendre à l'exactitude à cause de l'élément climatique impondérable. Il impose des choix qui reposent sur la notion du coût d'opportunité. De ce point de vue, la Fête du Sacrifice pose deux problèmes économiques très délicats: la sécurité alimentaire et la relative stabilité des prix, deux variables intimement liées.
    Il s'agit en fait d'opérer un choix délicat: sacrifier 4,7 millions de moutons, quittes à provoquer une pénurie par la suite, ou s'abstenir pour assurer la disponibilité des viandes ovines tout au long de l'année.
    Par ailleurs, le commerce des produits agricoles en général représente un transfert de richesses de la ville à la campagne, nécessaire au développement de cette dernière. Cette richesse est évaluée à environ 4 milliards de DH, ce qui dénote son importance et plaide en faveur du commerce, mais uniquement quand les conditions le permettent.

    Il faudrait cependant mentionner un élément important: les éleveurs ne sont pas maîtres du circuit de distribution, ce qui les met en situation de dépendance vis-à-vis des intermédiaires qui, profitant de leur situation de force, peuvent influer sur l'évolution des prix. La conséquence est que le montant des transferts financiers, de la ville à la campagne, se trouve amputé de la part dévolue aux intermédiaires, en l'occurrence les chevillards. Ceux-ci interviennent dans le processus d'approvisionnement, en se situant entre les éleveurs et les distributeurs finaux, c'est-à-dire les bouchers.
    De ces considérations, il ressort que la situation de pénurie de moutons est préjudiciable à toutes les parties, éleveurs, chevillards et bouchers, sans parler du consommateur, destinataire final des produits de l'élevage.
    Le choix se fait donc entre des gains immédiats mais suivis d'une période de marasme, inéluctable à cause de la pénurie, et une somme de gains, certes modestes et étalés dans le temps, mais qui ont l'avantage d'être relativement sûrs et réguliers.
    Le choix des consommateurs est tout aussi délicat. Ou bien sacrifier 4,7 millions de têtes, dont 1,7 million devront être importés, avec une sortie de devises, des prix élevés par tête et le renchérissement des prix de la viande ovine, ou bien s'abstenir. Là, le prix du mouton est employé à d'autres fins ou à l'épargne et, ce faisant, éviter l'inéluctable sortie de devises et garantir la disponibilité de la viande pour la consommation quotidienne.

    Stratégie ovine

    En raison du rôle socio-économique que représente le cheptel ovin, caractérisé par ailleurs par sa diversité, l'Etat a élaboré une stratégie de développement de l'élevage ovin dans le cadre du "plan moutonnier" mis en place dès le début des années 80. Ce plan repose sur trois axes principaux: délimitation des zones officielles appelées "berceaux de races" et fixation de races pures présentant un intérêt économique certain; création à l'intérieur de ces zones de stations de sélection pour la reproduction de géniteurs de valeur et la constitution de troupeaux de sélection chez les éleveurs privés et, enfin, développement du croisement industriel de races locales avec des races à viandes d'origine étrangère pour l'intensification de la production de viande dans les zones appropriées. Concomitamment, l'Etat a encouragé la création d'associations professionnelles telle l'Association Nationale Ovine et Caprine (A N O C) créée en 1968 par des éleveurs. Le plan de développement donnait également une importance particulière à la mise en valeur des terrains de parcours, puisque dans les régions de steppes, de montagnes, présaharienne et saharienne, 70% des besoins alimentaires sont couverts par les parcours. C'est ainsi qu'à partir de 1975, 16 périmètres ont été créés et délimités sur une superficie totale de 2.854.700 ha.

    Vigilance sur la viande bovine

    Le consommateur doit être rassuré quand survient un cas de maladie du bétail pouvant avoir des répercussions sur sa santé. C'est ce qu'a fait le Ministère de l'Agriculture, suite à la maladie de la vache folle. Il a précisé que le Maroc n'importe plus de viande bovine de Grande-Bretagne depuis 1989. Par ailleurs, le pays en importe de France, à hauteur de 0,1% de la viande provenant du cheptel local. Or, il se trouve que la France aussi a connu des cas de vaches folles, à telle enseigne qu'environ 150 têtes ont dû être abattues en Bretagne. Ceci pose le problème de l'étanchéité sanitaire des frontières, d'autant plus que le pays importe quelque 5.000 tonnes de viande à des fins non commerciales, mais en matière de maladies contagieuses, il n'est pas seulement question de quantité. D'autre part, des importations ont été nécessaires à cause des effets de la sécheresse des campagnes 1982/1983, 1992/1993 et 1995 dont la conséquence a été la stagnation de l'évolution du troupeau et, partant, la réduction du taux d'accroissement de la production des viandes rouges à 2% par an entre 1961 et 1995.

    Plus grave encore, selon des informations diffusées par la chaîne TV5, des bovins d'origine anglaise ont été vendus en France et en Espagne avec un certificat d'origine français. Autant dire que la vigilance doit être double. Concernant la législation marocaine, un Décret du 6 janvier 1987, relatif à l'importation d'animaux vivants et de produits animaux, stipule, dans son article 1er, que "conformément à l'article 5 du dahir du 12 juillet 1914", l'importation des animaux vivants et produits animaux est prohibée à partir des pays contaminés pendant toute la durée des maladies, si leur consommation peut communiquer ces maladies. Selon le même article, c'est le ministre de l'Agriculture et de la Réforme Agraire qui est chargé de l'application de ces mesures. Il lui revient de fixer la liste des animaux et des produits animaux en cause, ainsi que les pays concernés.

    Viande ovine, la baisse des prix

    Un mouvement, dont les prémisses se manifestent déjà, tend vers une baisse de près de 20% des prix de la viande ovine. Ces estimations de la Direction des Abattoirs de Casablanca coïncident avec les informations fournies par la Direction de l'Elevage relevant du Ministère de l'Agriculture et de la Mise en Valeur Agricole. Des relevés quotidiens des transactions réalisées par les abattoirs, il ressort que, le 20 mars dernier, les prix de la viande ovine variaient entre 64 et 68DH/kg pour la qualité supérieure et de 69 à 71DH/kg pour la qualité extra. Le 2 avril, la viande de première qualité se vendait entre 50 et 54 DH/kg et celle de qualité extra entre 55 et 56 DH/kg. En comparaison, les prix de la viande bovine n'ont baissé que de 1 à 2 DH/kg, pendant la même période.

    La cause de ce retournement du marché est en relation avec la plus grande disponibilité d'ovins, rendue possible après l'annonce de l'abstention de sacrifier des moutons pour la fête de l'Adha. En fait, chaque année, des intermédiaires achètent, quelques jours à l'avance, des moutons qu'ils revendent à l'occasion de la fête. Cette année n'a pas fait exception. Des achats ont été réalisés mais, faute de sacrifice, la vente n'aura pas lieu et la seule issue reste les abattoirs. A Casablanca, par exemple, les abattages ont augmenté de 50% entre lundi 25 mars et lundi 1er avril et de 83% entre mardi 26 mars et mardi 2 avril.
    Cette augmentation en volume a engendré la baisse des prix. Or, ces derniers ont suivi une courbe ascendante depuis les années 80 où le kilo de viande ovine est passé de 18,50Dh/kg en 1980 à 32DH/kg en 1990. En 1995, il coûtait 46,50DH, soit une augmentation de 45% par rapport à 1990 et de 155% par rapport à 1980. Inversement, les quantités ont baissé de près du tiers entre 1990 (9.000 t et 587.000 têtes) et 1995 (6.000 t et 366.000 têtes).

    Hakim ARIF.



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