×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Perspective 7.7 milliards Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Culture

    Moralistes immoraux: Le capitalisme français dérive-t-il?
    Par le Pr Olivier Pastré, professeur à l’Université Paris-VIII

    Par L'Economiste | Edition N°:2424 Le 18/12/2006 | Partager

    NOUS sommes enfin revenus à l’aube du Siècle des Lumières tel qu’il s’est déroulé en France. Les moralistes sont, en effet, de retour dans l’Hexagone, avec l’onde de choc que l’on connaît bien dans les pays du Maghreb. La morale, pourtant, n’en n’est pas sauve pour autant!Le plus grand de nos moralistes contemporains est incontestablement François Pinault. Après nous avoir expliqué, du balcon de son palais vénitien, que Lakshmi Mittal, en faisant main basse sur Arcelor, était un fervent constructeur de l’Europe industrielle, il nous explique ces temps-ci que l’italien Enel, en mettant au tapis la fusion Suez-GDF, poursuit le même dessein stratégique. Les spécialistes de l’énergie ne sont pas du même avis mais qu’importe: la Morale se joue souvent de la Raison.Il est d’autres moralistes qui ne se sentent confortables qu’en petits groupes. Ainsi en est-il de ceux qui continuent à exhorter Euronext de se «téléporter» à Francfort sous la bannière de la Bourse allemande. Le schéma industriel d’Euronext et de Deutsche Börse sont, à ce stade, strictement incompatibles et le Land de Hesse, qui supervise Deutsche Börse, vient à nouveau, le week-end dernier, d’afficher solennellement sa volonté de «nationaliser» Euronext. Mais peu importe à nos moralistes: la morale européenne (fusse-t-elle «hessoise»!) doit primer toute autre construction boursière… Dusse-t-elle déboucher, via un accord équilibré avec le Nyse (le New York Stock Exchange), sur le plus grand marché financier de la planète. On croît rêver…Il est encore une troisième catégorie de moralistes français qui sont, eux, parfaitement communautaristes (n.d.r.l: le «communautarisme» est l’objet d’une grande bataille politique en France, où l’on oppose communautarisme avec les «valeurs de la République»; «communautarisme» est donc péjoratif). Ainsi en est-il de la communauté bancaire qui, depuis quelques semaines, fait l’assaut de la Commission européenne. L’objet de cette pression est de retirer à La Poste et aux Caisses d’épargne le privilège de distribution du «Livret A», une forme d’épargne très populaire (dépôts de petites sommes, intérêts garantis, avantages fiscaux, grande proximité des guichets….) La banalisation progressive et équilibrée de cette forme d’épargne réglementée est inéluctable et, à bien des égards, nécessaire. . Le refus de la mondialisationMais la hâte qu’essaient d’insuffler à ce mouvement nos moralistes bancaires fait une double impasse: celle sur la perte historique à leur profit des parts de marché des services financiers de La Poste (désormais rebaptisés Banque postale) et celle sur la distribution de ce produit aux clientèles les moins favorisées que ces mêmes banques ont exclu de leurs guichets avec une méritoire constance…On pourrait multiplier à l’envi les catégories de moralistes dans un capitalisme français qui, manifestement, se cherche dans le cadre d’une mondialisation pour le moins déroutante. Certains moralistes vont ainsi jusqu’à dessiner le plan de l’avion qui devrait se substituer à l’A 350 d’EADS…Un point commun à la plupart de ces sermons moralisateurs: l’appel à la conscience européenne. Comme si le «Non» au référendum politique appelait une contre-offensive pour le «Oui» au consensus industriel… Rappelons que la morale n’a d’efficacité et d’équité que si l’on se l’applique à soi-même et non pas quand on l’impose aux autres. Ce capitalisme est en phase de transition et a perdu beaucoup de ses repères, comme l’a, fort à propos, rappelé l’anecdote Zacharias (n.d.l.r: s’auto-octroyer des rémunérations anormalement élevées en défendant publiquement l’idée contraire), caricaturant, mieux que ne l’auraient fait Zola et Daumier, bien d’autres dérives des rémunérations patronales. La solution ne passe pas, dans ce domaine, par l’imposition d’une morale collective mais par la définition de règles du jeu claires et pérennes et par l’intervention d’un arbitre impartial et sévère en cas d’inapplication de ces règles.Revenons donc à l’aube du Siècle des Lumières. Mais vraiment. Et laissons conclure Bossuet, notre pieux -et néanmoins sage- évêque de Meaux: «Le plus grand dérèglement de l’esprit c’est de croire les choses parce qu’on veut qu’elles soient et non parce qu’on a vu ce qu’elles sont en effet»…

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc