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    Monopole: Des situations étranges

    Par L'Economiste | Edition N°:204 Le 16/11/1995 | Partager

    Voici quatre ans que la démonopolisation des Postes et Télécommunications est à l'ordre du jour. Mais la réalité va plus vite que la loi. Résultat: des situations étranges.


    Ce n'est qu'au cours de l'année 1995 que Casablanca a vu se développer les kiosques téléphoniques privés sous des marques différentes: jusque-là seuls les Avephones avaient droit de cité. Pourquoi? Impossible d'obtenir une réponse correcte; et comme toujours, cette impossibilité a largement alimenté commentaires et rumeurs. Même phénomène autour de DHL.
    L'annonce de la réforme des Postes et Télécommunications a certainement soutenu l'apparition d'initiatives privées: les besoins sont très forts et le service public a tendance à s'essouffler. Mais le contour de la libéralisation annoncée reste flou. Plusieurs versions du projet de textes se sont déjà succédé sans que le gouvernement n'ait encore tranché.
    En fait, il faut scinder la question en deux, d'un côté les Postes, de l'autre le Téléphone.
    Côté Postes, il y a aussi deux volets: le transport du courrier et la Caisse d'Epargne.
    Cette dernière a été placée sous les feux de la rampe, de manière inopinée, par le Rapport de la Banque Mondiale fourni à SM le Roi en octobre dernier. L'axe de la réforme souhaitée n'est pas exactement l'alignement sur le système bancaire, car le problème est en réalité plus basique. Il s'agit de la sous-exploitation du plus important réseau de guichets existant au Maroc. La Banque Mondiale estime que cette sous-exploitation est un handicap dans la formation de l'épargne au niveau national, sans compter que ce réseau devrait logiquement assurer un début de sécurité financière pour les ménages pauvres, surtout à la campagne.

    Le deuxième volet de la Poste, le transport du courrier, est juridiquement sous monopole (Cf infra), mais la réalité va plus vite, à cause de la médiocrité du service offert. L'effort d'investissement et de commercialisation consenti pour le téléphone n'existe pas pour la Poste elle-même: les abonnés parisiens et du Nord de la France reçoivent L'Economiste le vendredi (exceptionnellement le lundi), c'est-à-dire en même temps que les abonnés du quartier Racine à Casablanca, qui sont pourtant à 1,1km du siège du journal. Pour sa part, M. Eric Verdavaine, directeur général de Kompass-Maroc, explique que l'envoi des annuaires Télécontact de 1994 avait été classé dans la catégorie "livres", ce qui lui a coûté 5,20DH le paquet. Mais en 1995, le classement a changé: Télécontact est devenu un "imprimé", transporté à 8,20DH pour le même poids. "Je me suis adressé à Sudipro qui a transporté une partie des Télécontact pour 6DH le paquet, tant pis pour la Poste", commente M. Verdavaine qui affirme n'avoir pas pu obtenir de la part de la Direction des Postes le texte de la réglementation fixant le classement postal de son annuaire.
    Le grand enjeu reste les Télécommunications, objet de débats passionnés. Démonopolisation? Libéralisation? En fait les différentes options naviguent entre les deux, avec en prime des difficultés de définitions précises des deux concepts.

    Depuis l'annonce du projet de "démonopolisation" de l'Office National des Postes et Télécommunications (ONPT), plusieurs options sont discutées au niveau gouvernemental comme chez les techniciens, avec l'appui de la Banque Mondiale. Une Commission interministérielle, comprenant notamment le Ministère chargé des Entreprise d'Etat, a été formée. L'idée initiale a bien évolué: le principe maintenant dominant est d'avoir un organe régulateur qui chapeauterait des intervenants privés comme du public. Le périmètre de compétences de l'organe régulateur de même que sa composition ne sont pas encore bien fixés. De plus, au niveau institutionnel, sa création semble soulever des questions presque métaphysiques au Secrétariat Général du Gouvernement. Il a fallu mobiliser le pouvoir de conviction du ministre Saaïdi pour arriver à moduler l'approche du SGG.
    En attendant, petites ou grandes, les entreprises qui avaient parié sur l'explosion des télécoms déchantent. L'ONA a remballé son pôle "hautes technologies" qui tablait sur le développement parallèle de l'informatique et des télécommunications. De leur côté, les petites entreprises ad hoc créées par de jeunes techniciens pour exploiter l'installation de modems, les réseaux hertziens, les logiciels associés ou encore la distribution Internet sont obligés de réduire leurs ambitions, voire disparaître: il leur manque toujours une autorisation, un standard, ou bien leur fournisseur n'est pas celui qu'il faut ou bien encore le fonctionnaire de l'ONPT n'est plus le même; il faut donc recommencer toute la procédure ou en appeler au directeur général lui-même. Lorsque le miracle peut se produire pour l'Université d'Ifrane pour son réseau à haut débit, mais pas pour Casablanca, ces nouvelles entreprises se demandent ce que signifie réellement la bonne volonté gluante et inefficace présente partout à l'Office.

    Nadia SALAH.

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