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    Mon ordinateur et moi : Boris Spassky champion d'échec

    Par L'Economiste | Edition N°:168 Le 23/02/1995 | Partager

    Avec l'avènement des PC (Personnel Computer), l'ordinateur entre dans la ponoplie personnelle des poètes, des artistes, des sportifs. L'outil inspire la passion ou l'indifférence.

    Boris Vassiliyevich Spassky était champion du monde d'échecs de 1969 jusqu'à sa défaite en 1972 face à Bobby Fisher. Quatre ans plus tard, il a quitté l'Union soviétique pour s'installer à I'Ouest. Aujourd'hui âgé de 57 ans, il vit à Paris et participe toujours aux grands tournois d'échecs. Dans le milieu des échecs, la bataille entre l'homme et l'ordinateur continue de faire rage. En 1994, pour la première fois, un ordinateur a battu le champion du monde en titre Gar) Kasparov. Ici, Spassky raconte comment lui-même cherche à rester plus fort que la machine.
    J'ai un tout petit ordinateur portable, dit-il. Il n'est pas neuf. Il doit avoir déjà quatre ou cinq ans. L'écran est en noir et blanc. Ce n'est vraiment rien de spécial, mais j'en suis tout à fait content. J'aime mon ordinateur. Mais je n'utilise qu'à peu près 1% de ses capacités . J'y note des informations sur mes adversaires, sur les ouvertures, sur les résultats des derniers matchs, sur les prochains tournois et sur d'autres sujets encore. J'aimerais apprendre à mieux m'en servir.

    Mais cela ne veut pas dire que je sois prêt à passer mon temps 3, m'entraîner à jouer contre un ordinateur. Les ordinateurs sont des adversaires assez décevants. parce qu'ils ne sont pas vivants. Pour moi, les échecs ne se conçoivent que comme un combat entre deux hommes. Avant, j'appelais les ordinateurs des "boîtes en métal,". Quand j'étais le Roi des Echecs, j'avais deux sujets d'angoisse: les enfants et les ordinateurs parce que je savais bien que je serais un jour battu, soit par les uns, soit par les autres. Ils étaient ceux qui creusaient ma tombe et devaient finir par me détrôner. Prenez ce jeune crocodile de Karpov, par exemple (NDLR: Karpov a aujourd'hui 43 ans). Il ne ferait qu'une bouchée de moi, si j'étais encore champion aujourd'hui. Et avec les ordinateurs, ce serait sans doute pareil. Voilà pourquoi j'entretiens un rapport aussi passionnel avec les ordinateurs.
    Je pense que c'est la raison pour laquelle Bobby Fisher, le parrain des échecs, cherche à bannir les ordinateurs du jeu. Il a proposé des changements dans la règle du jeu. Son projet prévoit que le positionnement des Fous, des Cavaliers et des Tours soit tiré au sort juste avant l'ouverture de chaque rencontre. Si on changeait les paramètres du jeu de cette façon dès l'ouverture, l'ordinateur serait privé de cette information qui est aujourd'hui l'une de ses plus grandes forces.
    Même si la règle du jeu reste inchangée, je crois que l'homme sera toujours plus fort que l'ordinateur Kasparov ne devait pas être assez bien préparé pour le match qu'il a concédé récemment face à un ordinateur. Je reste persuadé que si l'on veut jouer contre ces merveilleuses boîtes en fer, il faut être extrêmement bien entraîné. Et il faut laisser à l'homme le temps de bien penser son coup. Après tout, les ordinateurs peuvent effectuer des calculs avec une rapidité bien supérieure à celle de l'homme. Mais ils ont une grande faiblesse: il est très difficile pour eux de concevoir une stratégie. Or les échecs ne sont pas un jeu de logique pure. Les êtres humains ont l'avantage de pouvoir élaborer une stratégie, et de synthétiser les informations dont ils disposent. Je parle du meilleur joueur et du meilleur ordinateur. bien entendu. L'ordinateur ne sera jamais bien loin. Mais l'homme restera le maître...
    Propos recueillis par Saskia Reilly

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