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    Politique Internationale

    Moisissures, humidité, insectes : Menaces sur les collections de manuscrits anciens

    Par L'Economiste | Edition N°:250 Le 17/10/1996 | Partager


    Un expert allemand en matière de conservation et de restauration de manuscrits anciens dresse un bilan inquiétant sur les conditions de stockage au Maroc. Des collections de manuscrits, dont un ouvrage d'Ibn Khaldoun, sont sérieusement menacées à Fès, Marrakech et Rabat.

    Dans une bibliothèque de Fès, des manuscrits sont empilés les uns sur les autres sur des étagères en bois. C'est le mode de conservation le plus usuel dans le monde islamique mais aussi celui qui présente le plus de danger pour des ouvrages déjà affaiblis par le temps. Et pour cause, les rayons en bois laissent, contrairement au métal, pénétrer l'acidité qui attaque le papier des manuscrits. Ce constat dressé par le Dr Werner Schwartz peut susciter de l'inquiétude chez les historiens et collectionneurs qui espèrent retrouver un jour la version non révélée d'un ouvrage d'Ibn Khaldoun ou d'Ibn Batouta.
    Amoureux de la culture islamique et orientale, le Dr Schwartz est réputé un des rares experts à travers le monde en matière de restauration et de conservation de manuscrits. Il était invité, lundi 7 octobre, par l'Institut Goethe de Rabat pour animer une conférence sur la conservation des manuscrits au Maroc. L'expert devra également superviser un projet de coopération maroco-allemand portant sur la restauration de collections de manuscrits à Rabat.

    60.000 ouvrages à restaurer


    Outre le rangement sur des rayons en bois, humidité, moisissures, insectes et stockage à la verticale concourent également à écourter la durée de vie des ouvrages anciens. Selon le Dr Schwartz, ces dégâts ont déjà sérieusement endommagé de nombreuses collections à Fès, Marrakech et Rabat. «Le Maroc, épargné par l'emprise ottomane, a pu retenir des manuscrits d'une richesse incomparable qu'il recèle toujours. Il serait impardonnable de les perdre».
    Autre phénomène qui menace les manuscrits au Maroc: les restaurations grossières entamées par des collectionneurs privés. Au chapitre de ces catastrophes bien intentionnées figure la plastification des manuscrits. Même les ouvrages écrits par des auteurs illustres n'ont pas été épargnés par ces dégâts. C'est le cas notamment de Kitab Al Ibra d'Ibn khaldoun, plastifié grossièrement à Fès.
    Le travail de restauration prévu dans le cadre du programme maroco-allemand de conservation des manuscrits du Maroc ciblera dans une première étape la Bibliothèque Générale de Rabat. Il est prévu de restaurer près de 60.000 ouvrages, un travail de longue haleine. Les manuscrits seront nettoyés page par page, «pour éliminer leurs lots de dangers», avant d'être déposés dans des caisses et stockés dans des lieux climatisés. Ces opérations doivent être reprises régulièrement pour vérifier qu'il n'y a pas résurgence de nouveaux dégâts. Les manuscrits seront, après leurs bains de jouvence, catalogués sur logiciel informatique. En dépit de toutes ces précautions, seuls les ouvrages atteints de dégâts mineurs ou conventionnels, tels ceux attribués aux insectes ou à la moisissure, pourront être restaurés. «En revanche, lorsqu'il s'agit de manuscrits plastifiés, il n'est pas certain que l'on puisse faire grand-chose», regrette le Dr Schwartz. La seule solution qui reste pour ces ouvrages irrécupérables est de procéder à leur microfilmage. Cette opération est prévue dans le cadre du projet de restauration maroco-allemand. Mais là encore des précautions sont à prendre. Les microfilms doivent être établis en trois exemplaires. La première version, appelée matrice, doit impérativement devenir une pièce d'archive, c'est-à-dire qu'elle ne doit plus être utilisée. En revanche, les étudiants et les chercheurs pourraient consulter la troisième copie du microfilm, elle-même obtenue à partir de la seconde copie ou matrice d'impression. Autre précaution à prendre: les manuscrits et les microfilms ne doivent pas être archivés dans le même local. Cette mesure permet de minimiser les dégâts d'éventuels incendies.

    Mohamed BENABID

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