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    Politique Internationale

    Mme Butterfly: L'amour qui tue

    Par L'Economiste | Edition N°:238 Le 11/07/1996 | Partager

    L'opéra de Puccini est revisité par Frédéric Mitterrand dans "Madame Butterfly", un film-opéra d'une durée de 2h15(1). L'histoire retrace le destin tragique de Madame Butterfly, morte d'avoir aimé un officier américain.

    Un cortège de geishas gravissent la colline pour escorter la fiancée Butterfly qui doit rejoindre son mari, M. Pinkerton, officier de la marine américaine. L'histoire se déroule dans un faubourg de Nagasaki en 1904. Une musique servie par James Conlon, directeur de l'Orchestre de Paris, ponctue cette ascension vers le bonheur. Ces séquences de joie trahissent en fait la trame du scénario dont la progression est rigoureuse.

    Le film raconte en effet le drame de Madame Butterfly qui a cru jusqu'au bout en l'amour de son mari. Cet amour aveugle la pousse à renier sa religion et à abjurer ses croyances pour être suspendue à un être qui finit par la trahir.

    D'ailleurs, les lueurs de ce destin tragique se dessinent pendant la nuit de noces. La fête dans le jardin de la maison est interrompue par les cris de l'oncle de la fiancée, surgi du ciel dans les costumes d'un fantôme criant à la trahison de Butterfly. Cette irruption dans l'ambiance de fête sème le doute dans la tête des villageois qui se dispersent pour laisser les mariés livrés à leur destin. Ces scènes sont servies par des images d'une caméra aérienne et avec des travellings.

    La mise en scène de cet opéra de Puccini est segmentée en deux tranches. La ligne de partage est marquée par la diffusion de séquences d'archives en noir et blanc du Japon du début du siècle. Il est possible que le réalisateur ait cherché par cette technique à préparer le spectateur à une deuxième partie, qui ne peut être que plus dure.
    Après cet intermède, le réalisateur s'attellera à mettre en relief la douleur de l'attente hypothétique du retour du mari parti en Amérique. Dans cette partie du film, l'histoire se resserre autour du seul personnage de Madame Butterfly. Frédéric Mitterrand parvient à lui faire partager ses espoirs et surtout ses souffrances avec les spectateurs qui se surprennent à vivre l'angoisse de l'absence.

    Un hymne à la fidélité


    Ce film peut être perçu comme un hymne à la fidélité et à l'innocence de l'amour pur, restituées avec une intensité que le réalisateur, conteur cathodique des destins tragiques et brisés des stars du septième art, est parvenu à communiquer. Les souffrances endurées par Mme Butterfly sont contagieuses et finissent par toucher Suziki, sa servante, qui devient fatalement sa confidente dans ces moments douloureux. Si Suziki doute un instant du retour du mari, elle ne peut en faire part à sa maîtresse de crainte de raviver ses blessures. Elle l'aime et veut soulager sa douleur parce qu'elle est la seule à savoir qu'elle peut en mourir.

    Pendant cette douloureuse attente, le réalisateur introduit dans l'histoire un enfant né de ce mariage furtif. L'émotion atteint son apogée lorsque la maison où se déroule la plus grande partie de ce film avec des dialogues chantés, est décorée par des pétales de fleurs pour accueillir celui que cette femme attendait depuis plus de trois ans. L'image dévoile un tableau insolite. L'enfant et Suziki ont succombé au sommeil, Mme Butterfly, épuisée, dort assise.

    Lorsqu'elle découvre la supercherie de M. Pinkerton qui s'est remarié à une américaine, elle choisit le sacrifice suprême en mettant fin à sa vie par le rituel japonais, évitant ainsi le déshonneur.

    La lâcheté de Pinkerton en filigrane


    L'interprétation féminine est magistrale. Ying Huang s'imprègne du rôle de Madame Butterfly et s'identifie à ce personnage. Les plans serrés montrent un visage qui frémit tantôt de douleur, tantôt d'espoir. Moments intenses de vérité.
    Bien que le film retrace avec émotion l'histoire tragique d'une femme amoureuse et abandonnée, il restitue également celle d'un homme qui fait atrocement du mal sans le vouloir. La lâcheté de l'homme s'en trouve illustrée par un aveu de cet officier américain qui finit par crier: "je suis un lâche".

    C'est aussi l'histoire de la perte: Madame Butterfly a perdu la religion de ses ancêtres, son mari et l'espoir qu'un jour il lui revienne. Elle a perdu surtout l'amour. Et son naufrage est si profond que l'Amérique lui vole son enfant.
    Ce film est le deuxième long métrage de Frédéric Mitterrand, qui avait déjà réalisé "Lettre d'amour de Somalie", un documentaire avec une voix off qui crie le désespoir de l'être absent.

    M.C.



    (1) La projection de ce film-opéra dans la salle du septième art est une initiative de l'Ambassade de France à Rabat. Beaucoup pensaient que ce genre cinématographique ne susciterait pas l'engouement du public marocain. Au cours de la projection, seule une poignée de spectateurs ont quitté la salle. Le reste de l'assistance a tenu pendant 2h15.
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