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Société

Mixité en islam: Les imams sont loin d’être unanimes

Par L'Economiste | Edition N°:2622 Le 02/10/2007 | Partager

. De l’interdiction absolue à la liberté d’action totale. Certains refusent carrément l’accès de la femme à l’espace public . D’autres rappellent que la mixité existait au temps du Prophète LA question de la mixité dans l’Islam soulève visiblement des débats passionnés. Les savants sont nombreux à tenir des positions diamétralement opposées les unes aux autres, s’appuyant tantôt sur des extraits du Coran, tantôt sur des hadiths explicites. Sur la Toile, des dizaines de sites traitent du sujet, où des imams répondent aux interrogations des fidèles, sourate et hadith à l’appui. Mais voilà, la mixité est un thème qui laisse beaucoup de place à interprétation.Tout d’abord, il faut savoir qu’aucun texte ne traite particulièrement de la mixité «au travail». La problématique est presque toujours présentée de manière globale, que ce soit à l’école, au marché, dans la rue, etc. De l’interdiction totale pour la femme d’investir l’espace public jusqu’à une mixité tolérée dans la mesure du respect des règles de bienséance, on trouve de tout. Tous se rappellent la polémique soulevée par cette fatwa, prononcée par un imam de l’université égyptienne d’Al-Azhar, en mai dernier. Izzat Attiyah avait suggéré, afin qu’ils puissent travailler ensemble dans un local fermé, que les employées allaitent leurs collègues de bureau masculins. En islam, cette situation est normalement interdite, car «Satan s’invitera comme troisième compagnon et une relation illicite risque de naître de cette fréquentation». Mais, selon l’imam, une fois un lien de lait établi entre les collègues, il les empêcherait d’avoir des relations sexuelles prohibées, et permettrait même à la femme d’enlever son voile. L’imam s’était appuyé sur un hadith dans lequel on raconte «qu’après la mort du Prophète, Aïcha exigeait que «tout homme désirant la rencontrer tète ses cousines et nièces, avant d’accéder à sa tente». La fatwa avait créé un véritable scandale dans le monde musulman, et des députés égyptiens avaient menacé de porter l’affaire devant les tribunaux. Mais de façon générale, les points de vue en regard de la mixité dans l’Islam se divisent en trois catégories. «À l’époque du Prophète Mohamed, les femmes prenaient part à la vie sociale et religieuse de la Cité. Elles peuvent donc le faire encore aujourd’hui». Cette position s’appuie sur de nombreux hadiths qui témoignent de la présence des femmes à la mosquée et dans les campagnes militaires, pour soigner les blessés notamment. Pour les partisans de la mixité, la fameuse sourate, qui commande aux hommes de s’adresser aux femmes à travers un rideau, s’appliquerait clairement aux femmes du Prophète, et pas aux autres. «Et si vous leur demandez [à ses femmes] quelque objet, demandez-le leur derrière un rideau: c’est plus pur pour vos cœurs et leurs cœurs; vous ne devez pas faire de la peine au Messager d’Allah, ni jamais vous marier avec ses épouses après lui; ce serait, auprès d’Allah, un énorme péché». Un deuxième point de vue est de permettre la mixité, mais uniquement dans les cas de besoin et de nécessité, même en public. Les tenants de cette position se basent sur des extraits du Coran qui dispensent les femmes de «l’obligation» de prier en congrégation et de participer aux campagnes militaires, contrairement aux hommes. Les femmes peuvent donc croiser les hommes en faisant leurs courses, en allant chez le médecin, dans les transports publics, etc. Ces rencontres devront cependant s’effectuer selon la loi islamique, question tenue vestimentaire, par exemple. Dans ce deuxième cas de figure, les femmes sont autorisées à tenir leur rôle d’hôtesse auprès des invités masculins, à condition bien sûr que le mari soit présent. Elles peuvent même se joindre aux convives «en cas de besoin». La mixité est aussi tolérée lors des rencontres familiales et des visites coutumières entre amis.Enfin, certains savants défendent une position extrêmement rigide, et interdisent la mixité sous toutes ses formes, sauf en cas d’extrême nécessité. Ceux-ci admettent que les femmes côtoyaient les hommes au temps du Prophète, mais clament que ce n’est plus possible «dans l’environnement actuel où l’impudeur et l’impiété dominent». La sourate citée plus haut ne s’adresserait, selon eux, pas exclusivement aux femmes du Prophète. Les défendeurs de cette position vont parfois jusqu’à interdire carrément l’accès de la femme à l’espace public. À un mari internaute se questionnant sur la pertinence d’inscrire son épouse à un centre sportif exclusivement féminin, un imam répond: «La fréquentation de la piscine la détourne d’autres occupations religieuses et profanes et finira par dominer son discours public et privé. Par ailleurs, quand la femme en arrive là, elle se débarrasse progressivement de la pudeur. Or, privée de celle-ci, elle est exposée à une mauvaise fin». En fait, ce point de vue n’exprime pas tant la prohibition de la mixité que le fait que les femmes doivent «rester dans leur foyer». Sur une autre page Web, une jeune fille s’interroge sur son droit de fréquenter une école mixte. L’imam répond «qu’aucune nécessité n’impose la mixité. Le choix de l’école en question ne s’impose pas. Quand la femme sait lire et écrire et connaît les affaires de sa religion, cela suffit. Ce qui dépasse ce cadre n’est pas nécessaire». On serait porté à croire que ce qui détermine le degré de mixité permis dans une société est en fait le droit de la femme d’accéder à l’espace public. Mais que faire, alors, des célèbres centres commerciaux d’Arabie saoudite, où des étages entiers sont réservés aux femmes? Au Maroc, la mixité est permise partout, à condition bien sûr que les bonnes mœurs soient maintenues et l’ordre public respecté. Dans les établissements scolaires, les administrations publiques, les entreprises privées et les endroits de loisirs, hommes et femmes se côtoient chaque jour sans problème. Quelques familles préfèrent cependant séparer les deux sexes, lors des mariages par exemple. Malheureusement, il n’existe aucune statistique pouvant indiquer dans quelle mesure cette pratique serait répandue.Marie-Hélène GIGUÈRE

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