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    Economie

    Minoterie industrielle : La libéralisation pourrait créer une concurrence déséquilibrée

    Par L'Economiste | Edition N°:156 Le 01/12/1994 | Partager

    La libéralisation du secteur des céréales est prévue d'ici six mois. L'Association Professionnelle de la Minoterie a initié une étude pour déterminer les répercussions sur le secteur de la meunerie. Celle-ci révèle une surcapacité importante et le risque de disparition de moulins situés dans les régions éloignées des ports et non productrices de blé.

    La libéralisation du marché des céréales et des farines suscite toujours appréhension et craintes. En prévision de l'entrée en vigueur de cette politique prévue pour avril 1995, l'APM (Association Professionnelle de la Minoterie) a commandé une étude qui vient de lui être remise(1). L'objectif était de déterminer l'impact de la libéralisation sur les différents moulins industriels répartis dans le pays.

    Selon M. Ghali Sebti, président de l'APM, "les résultats ont dépassés les prévisions". Pour illustration, la surcapacité était estimée entre 60 et 70% pour une ville comme Fès, alors qu'elle est de 500% d'après l'étude. Meknès affiche une surcapacité de 350%. D'autre part, des moulins situés à Errachidia, Ouarzazate, Kelâa des Sraghna sont appelés à disparaître si "l'on met en oeuvre les principes de la libéralisation tels qu'ils étaient exposés par le Ministère de l'Agriculture lors d'un séminaire organisé en juin 1993", fait remarquer le président de l'APM qui souligne en outre que les appréhensions de la profession remontent à cette période.

    Globalement, commente-t-il, l'étude scinde le secteur en deux groupes. Le premier est relatif aux unités les plus favorisées situées dans un rayon de 100 km autour de Casablanca, port le moins cher du pays. Le second concerne celles installées dans les régions excentrées ou en surcapacité.

    Pour M. Sebti, "les moulins qui présentent le moins de difficultés ne sont pas forcément ceux qui ont le meilleur management, l'organisation la plus parfaite ou les coûts de revient les plus faibles". Il souligne que l'avantage découle uniquement de l'emplacement.

    En réalité , la complication de la libéralisation du marché des farines relève du fait que l'implantation des unités s'est faite de manière spécifique en raison de quelques considérations d'ordre stratégiques. Au départ, les minoteries se sont installées dans les régions productrices de blé et où s'exprime une demande importante de farine à l'exemple de Casablanca, Fès, Meknès, Oujda, Marrakech, Agadir et Tanger. Par la suite, un concept de sécurité visant à éviter la concentration a été développé par les pouvoirs publics. Les implantations sont alors soumises à autorisation et une politique de répartition géographique conduisant les moulins industriels à s'installer dans toutes les régions a été entreprise. Des licences ont été délivrées pour des zones non productrices et de faible consommation comme Errachidia, El Kelâa des Sraghna, Ouarzazate ou Goulmime.

    Parallèlement à cette démarche, toutes les unités industrielles achètent le blé au même prix. L'Etat supporte la charge de transport. La marge des minoteries est fixée. Toutes les farines étaient en outre subventionnées. Mais depuis 1988, seulement 10 millions de quintaux, en particulier la FNBT (farine nationale de blé tendre) sont concernés. Ce volume est réparti aux différentes régions en fonction du pouvoir d'achat des populations. Chaque moulin livre une certaine quantité de FNBT.

    Sur un marché concurrentiel, l'écart entre les deux groupes pourrait être plus profond. En effet, le schéma mis en place devrait conduire les minotiers à prendre totalement en charge la filière de la farine: l'approvisionnement en blé tendre local et importé, le transport, l'écrasement et la revente aux commerçants. Or , pour les moulins excentrés, installés loin des ports dans les régions non productrices de blé, les coûts seront très élevés. Par conséquent, ils seront directement concurrencés, sur leur propre marché, par les unités les mieux situées. Pour ceux installés dans les zones en surcapacité et traditionnellement exportateurs vers les autres régions, la situation est pratiquement semblable d'autant qu'ils seront moins compétitifs.

    M. Sebti indique que l'étude fait ressortir qu'une libéralisation brutale risque d'engendrer des problèmes complexes, entre autres, la fermeture de certaines minoteries et la perturbation au niveau de l'écoulement de la farine. Aussi des mesures d'accompagnement devraient-elles être prises de façon à corriger les distorsions. Le président de l'APM estime par ailleurs qu'une période de transition doit être fixée après l'entrée en vigueur de la libéralisation avec pour objectif la restructuration du secteur.

    Les mesures jugées prioritaires consistent en la prise en charge du transport des blés par l'Etat pour les régions excentrées, le maintien de la capacité de production à son niveau actuel (plus de délivrance de licences pour la création ou l'extension) et l'aide pour la délocalisation des moulins situés dans les régions excentrées ou en surcapacité.

    A.D.N.

    (1) L'étude a été présentée à l'ONICL, l'organisme de tutelle, qui a suggéré qu'elle soit complétée par des mesures d'accompagnement.

    Les céréales à l'épreuve de la libéralisation

    Le secteur des céréales a toujours été étroitement surveillé par les pouvoirs publics pour des raisons de sécurité alimentaire. En amont, le marché du blé (céréales et légumineuses en général) est contrôlé par l'ONICL (Office National Interprofessionnel des Céréales et Légumineuses) dont le rôle est d'assurer l'équilibre entre l'offre et la demande ainsi que la stabilité des prix intérieurs, de la production à la consommation. L'objectif de l'Etat est donc double: maintenir un prix abordable de la farine pour le consommateur et protéger la production locale de céréales par le biais du système de prélèvement. Dans l'optique de la libéralisation, ce mécanisme est en train d'être démantelé et remplacé progressivement par les droits de douane comme le stipulent les accord du GATT. Les pouvoirs publics ont cependant souligné à plusieurs reprises que le secteur céréalier sera le moins libéralisé.

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