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    Economie

    Microcrédit: «Vous avez des hommes qui ont placé la barre haut»

    Par L'Economiste | Edition N°:1975 Le 10/03/2005 | Partager

    . Anna Gincherman, de Women’s World Banking, souligne les réussites du Maroc. La concurrence fera baisser les taux d’intérêt. La microassurance pour sécuriser les famillesSpontanée, une coupe garçonne, Anna Gincherman, une Russo-Américaine, passe beaucoup de temps dans les avions. Les «décalages horaires ne lui font plus rien» et le Maroc, elle «adoooore». Elle y séjourne chaque trimestre deux semaines. Elle prête assistance et conseil afin «de répandre l’expérience et le savoir-faire de WWB», le Women’s World Banking (voir infra). Elle explique avec des mots simples pourquoi le microcrédit n’est pas une «entourloupe» comme le soupçonnent ou le craignent beaucoup de personnes. Elle est la responsable des Relations publiques de Women’s World Banking pour l’Europe de l’Est et la région Moyen-Orient et Afrique du Nord. Elle a dû passer beaucoup de temps à expliquer ce que son ONG fait et pourquoi c’est l’association de microcrédit Al Amana qui la représente au Maroc. Non, le banking n’est pas une activité bancaire privée, et il n’y a pas d’actionnaires à Women’s World Banking, mais un conseil d’administration «prestigieux» des quatre coins du monde, selon Gincherman. Et Al Amana, même si elle ne le dit pas, est l’une des associations les plus importantes du pays, c’est la raison pour laquelle elle représente WWB. - L’Economiste: Depuis la naissance du microcrédit dans le monde, combien de personnes sont-elles sorties de la pauvreté?- Anna Gincherman: Ce sont des statistiques difficiles à obtenir. Aujourd’hui, il y a plus de 20 millions de bénéficiaires de microcrédit. Il y a beaucoup d’études qui ont prouvé que la microfinance aide à sortir de la pauvreté ou au moins, être moins pauvre. Ce n’est pas l’unique solution contre la pauvreté. Il permet l’accès aux services financiers, à l’assurance aussi. J’insiste sur l’assurance, c’est très important. Dans un pays où il n’y a pas de système d’éducation performant, de bonne politique sanitaire… que pouvons-nous faire? S’il n’y a pas une couverture sanitaire importante, et que les gens meurent de maladies infectieuses, la microfinance peut aider les démunis, mais elle ne peut pas résoudre ce problème. Dans des pays où la macroéconomie n’arrange pas les petites entreprises (par exemple les frais de création d’entreprise élevés, les taxes élevées), la microfinance ne peut pas résoudre le problème de l’environnement économique. Mais elle fournit la possibilité de se prendre en charge soi-même. Et cela est très important. Cela, on peut le constater au Maroc. Selon les résultats de l’étude genre(1) réalisée par WWB l’année dernière, le mari se charge en général des dépenses de base: loyer, alimentation. Mais les femmes prennent en charge les urgences. Quand quelqu’un tombe malade, c’est la femme qui va prendre l’argent et le soigner. Quand une fille se marie, c’est la mère qui prend en charge le mariage. C’est une contribution directe pour augmenter le revenu de la famille, mais nous avons surtout une dynamique positive dans la famille.- Quelle analyse faites-vous d’un taux de recouvrement aussi exceptionnel pour le Maroc qui dépasse 99%? Certains estiment que cela peut vouloir dire que les IMF ne prennent pas assez de risques.- C’est un taux de recouvrement typique dans le monde de la microfinance. C’est vrai, il semble très élevé. Généralement, il y a plus de 95% de taux de recouvrement à travers le monde. La raison de ce succès c’est que quand les associations travaillent avec ces populations qui n’ont aucune garantie, pas d’actifs, elles développent des techniques pour motiver ces gens à payer leurs dettes, à reconnaître leurs besoins en financement.- Quelles sont ces techniques? Comment arrive-t-on à faire prendre conscience au client de ses responsabilités, lui qui n’a peut-être rien à perdre par rapport aux clients “normaux”?- L’analyse préalable est fondamentale. Elle est basée sur deux critères: la capacité à payer la dette -nous faisons une analyse financière de l’entreprise- mais aussi une étude sur la personnalité: s’il est responsable, s’il a une bonne réputation dans son milieu. Il y a aussi une méthodologie où une personne peut garantir une autre. C’est le prêt solidaire, les membres solidaires eux-mêmes choisissent leurs membres, cela implique qu’ils se font mutuellement confiance.Il y a aussi ce rapport de loyauté entre le bénéficiaire et l’institution et ce rapport très étroit entre l’agent de crédit et le client. Les agents de crédit sont les plus proches des clients. Les bénéficiaires ne sont pas obligés de traverser une longue distance pour chercher leur crédit, ne doivent pas faire la queue longtemps. Les agents de crédit traitent le client avec respect. Dans la plupart des cas, les agents viennent du même environnement que le client. Ils parlent le même langage et se connaissent. C’est ainsi qu’on arrive à créer ce rapport de propriété. Les bénéficiaires sentent que l’IMF leur appartient, que c’est leur institution. Par exemple, vous et moi, nous avons un compte bancaire dans différentes institutions. Et pour nous le critère de choix est le taux le moins élevé. Je ne me sens pas liée à ces institutions bancaires. Alors que les IMF ont réussi à créer ces liens de loyauté et de satisfaction: les bénéficiaires font partie de la communauté.- Le taux d’intérêt, 28% en moyenne, est-il trop cher ou pas?- Plus le marché se développe, plus les IMF sont soumises à la compétition. Et la concurrence est le facteur le plus efficace pour faire baisser les taux. C’est un mécanisme de marché, mais sans actionnaires: les associations doivent travailler plus dur, baisser leur taux d’intérêt pour mieux servir les bénéficiaires. Aujourd’hui, de plus en plus d’associations essayent de maîtriser leur rating, standardiser leur process, utiliser les technologies pour soutenir leurs systèmes: comment augmenter leur productivité, leur efficience. Elles peuvent vraiment avoir des prix compétitifs et même anticiper sur la concurrence future. Nous avons l’opportunité de maîtriser les statistiques et les technologies pour maîtriser l’efficience d’une association. Mais c’est un process graduel pour les nouvelles venues dans le secteur. Grâce à ce mécanisme de marché, elles peuvent tirer un maximum des nouvelles technologies pour réduire leurs coûts.- De nouveaux produits arrivent comme l’épargne, le crédit logement, l’assurance. Le gouverneur de la Banque centrale, superviseur du secteur, recommande la prudence. Comment cela se passe-t-il ailleurs?- Selon l’expérience dans le monde entier, le microcrédit logement par exemple, sert toujours la même population ciblée auparavant, pour qu’elle puisse améliorer ses conditions de logement. En République dominicaine en général, les femmes ayant une activité économique, l’exerce dans leur logement. Nous lui donnons le crédit pour louer la chambre d’à côté par exemple. Mais ce n’est pas donné d’avoir de nouveaux logements, le microcrédit logement sert à améliorer son intérieur. Si par exemple, le fils se marie, on lui construit un étage. Vous savez, il faut se placer au niveau micro et du point de vue des clients pour comprendre l’utilité de ces nouveaux produits. La microassurance est, toujours selon l’expérience dans le monde, salvatrice pour ces populations. Elles ont un sentiment supplémentaire de sécurisation et plus important, elles se sécurisent par leurs propres moyens.


    Women’s World Banking

    WWB est un réseau mondial d’institutions de microfinance (IMF, à ne pas confondre avec IMF-FMI- International Monertary Fund)) basé à New York. Créée en 1979, l’association agit dans les 5 régions du monde avec ses 40 institutions membres dans 25 pays. La mission: fournir de l’assistance dans le monde de la microfinance, “surtout au profit des femmes”, insiste Anna Gincherman: “Il faut que les bénéficiaires des institutions membres soient à plus de 50% des femmes”. “Nous croyons que quand les femmes bénéficient d’une activité économique, elles investissent pour le bien-être de leurs enfants, de leurs familles, l’éducation, la santé. Ce qui influence directement l’économie du pays”, ajoute-t-elle. WWB ne donne pas directement des prêts aux bénéficiaires, mais supporte les “institutions membres dont l’assise financière est solide comme Al Amana”. De l’assistance technique pour le crédit management, les processus financiers, basés sur les meilleures pratiques dans le monde aux scoring, WWB diffuse les meilleures pratiques en les adaptant à chaque culture. WWB fournit également des services financiers, comme un fonds de garantie pour les IMF au cas où elles demandent des prêts aux banques locales. Pour être membre, l’institution doit avoir une performance financière solide, et être parmi les leaders dans le pays. “Afin que cette institution puisse faire bénéficier de son expérience tout le secteur”. C’est pourquoi c’est Al Amana qui représente WWB au Maroc. “Mais la mission ultime est de faciliter l’accès aux services financiers pour une majorité de microentrepreneurs, surtout les femmes”, explique avec insistance Gincherman. Elle n’ose pas trop le dire, mais pour être éligible, il faut également avoir les capacités techniques (et pas seulement financières). Ce qui n’est pas le cas de tout le secteur aujourd’hui.


    La microfinance au Maroc: «Ahurissant!»

    L’expérience au Maroc est intéressante. Le secteur est jeune: une dizaine d’années. Il connaît un succès fulgurant “parce que les hommes ont capitalisé l’expérience mondiale”, explique la responsable de WWB. Et “c’est extraordinaire de voir ce résultat”. D’autre part, les IMF les plus importantes dans le pays ont fait montre d’une flexibilité incroyable, instauré un esprit d’objectifs. Comme Al Amana, Zakoura, la Fondation Banques populaires… “Ils ont placé la barre très haut et travaillent durs”, souligne Anna Gincherman. En fait, ils ont fait avancer le secteur dans le pays. L’année dernière, le réseau des IMF dans le monde arabe, appelé Sanabel, a tenu son premier congrès en Jordanie en 2003. Et c’est la première fois où se réunissent les IMF du Moyen-Orient et du Maghreb. Un atelier était dédié au marché de la microfinance au Maroc: “Et la grande question était de savoir comment les Marocains avaient réussi en si peu de temps?” rapporte Gincherman. Est-ce la méthode? Un mode particulier de financement? “Je faisais partie du panel, poursuit-elle, et j’ai répondu que non, ce n’est pas une question de méthodologie, c’est une question de leadership”. Car les méthodes sont tirées des meilleures pratiques universelles. Le secteur lui-même s’est fixé des objectifs très ambitieux et s’est engagé totalement pour réaliser ces objectifs. Aujourd’hui, votre pays devient le plus important marché au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Le Maroc a le nombre le plus élevé de clients. Et Fouad Abdelmoumni (directeur d’Al Amana) est le président du réseau Sanabel.Anna Gincherman, responsable des Relations publiques de Women’s World Banking pour notre région, est «fascinée» par la capacité du Maroc à capitaliser les meilleures pratiques du monde entier. «C’est une question de leadership, et non pas de mode de financement, ou de taux d’intérêt (…) vous avez des hommes qui ont placé la barre haut et qui ont travaillé dur. Ces associations ont tiré le secteur vers le haut et très vite»Propos recueillis par Mouna KADIRI-----------------------------------------------------------------------------------(1) L’approche dite “genre” est une manière d’évaluer les programmes et les subventions qui posent comme critère le sexe des bénéficiaires.

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