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    Mi-temps, le roman ratéUne discothèque pour celui qui

    Par L'Economiste | Edition N°:914 Le 12/12/2000 | Partager

    ...mais cela aurait vexé Karim, qui continuait à parler. Dans la voiture de devant, un imbécile sort la tête et prononce des mots aussi vulgaires que magiques. Deux filles, n'ayant pas dépassé les quinze ans, quittent un trottoir plein à craquer par leurs congénères et rejoignent l'imbécile et son copain. Le feu passe au vert, tout le monde se met en mouvement en se faisant des adieux particuliers. Avec un peu de chance, on se retrouvera au prochain feu rouge, ou au prochain restaurant, ou samedi prochain… Et sur les deux côtés de l'avenue, la guette continue, s'accentue… De nouvelles files de voitures se forment derrière deux autres filles: elles n'ont qu'à choisir le client potentiel. On s'énerve du côté des disqualifiés; certains partent, d'autres préfèrent combattre… C'est la loi du plus fort.Karim se sent soulagé, il dit qu'il a envie d'aller en boîte. Sur le boulevard de la Corniche, ce n'est pas ce qui manque. Une discothèque-villa vante le cadre familial, une autre se prétend réservée à la jeunesse branchée. C'est sur la deuxième que Karim porte son choix. Devant la porte, trois gros pleins de muscles empêchent une vingtaine de personnes d'entrer; les autres, privilégiées, sont reçues avec le sourire. Karim s'avance. Un des gros pleins de muscles sent le fric dans mon ami, il veut bien le laisser entrer, mais moi, pas question: «Il a l'air d'un journaliste ou de ces gens qui vivent dans un autre monde«, lui chuchota-t-il à l'oreille. «Justement, je suis l'autre«, lui répondis-je en m'avançant vers lui. «C'est privé«, me lança-t-il d'un air sec. «Privé?! Je croyais qu'on vous donnait une patente pour faire la vente au public«.«C'est réservé«.«Ah bon! Moi aussi, je fais une réservation à partir d'aujourd'hui et jusqu'à la fermeture!«Le gros stupide, qui arrivait à peine à me suivre, fit signe à quelqu'un… Un jeune homme en blue-jean vint à moi…«C'est toi celui qui parle beaucoup? Ca y est, c'est plein, il n'y a plus de place, tu comprends?« Les autres continuaient à se glisser entre les corps… Je les regardais: ils étaient contents d'être des privilégiés. Je ne pensais pas que ce genre de scène puisse se produire à Casablanca; je ne voyais ça que dans les films. J'avais compris que le jeune homme en blue-jean n'était sorti me voir que parce qu'il maîtrisait mieux le français et qu'en fait, il n'était pas différent du gros plein de muscles… Il était toujours face à moi. Karim me calmait alors que j'étais parfaitement immobile. «Je ne suis pas celui qui parle beaucoup, je suis l'autre…« «Très bien l'autre, reviens un autre soir et on verra…«Nous devions nous contenter du cadre familial de la discothèque-villa. Karim a bu toute la soirée, normal. «C'est pour oublier un peu«, me dit-il… Moi, je continuais à observer mon silence… Je regardais une fausse jeunesse, mais aussi une fausse vieillesse; ça devait être cela le cadre familial vanté… On ne sait pas danser, on ne sait pas boire, on ne sait pas s'amuser. On sonne à la porte. «Mon Dieu! je vais ouvrir torchon à la main«. Et si c'était une de ces filles qui m'ont quitté parce qu'elles me trouvaient répugnant? Tant pis, je vais ouvrir.... Demain, Proposition vraiment indécente. Les personnages ainsi que les événements de cette nouvelle sont fictifs. Toute personne qui s'identifierait à l'un d'entre eux ferait fausse route.

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