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    Même les investisseurs marocains veulent quitter le pays

    Par L'Economiste | Edition N°:914 Le 12/12/2000 | Partager

    . M. Brahim Benslimane ayant fait fortune en France a décidé d'investir dans son pays. Malgré un début cahotique, l'industriel a connu quelques années prospères. Aujourd'hui, son seul voeu est de retourner en France«Je suis prêt à brader mon usine pourvu qu'on me la rachète. Je n'en peux plus, je veux repartir«. Tels sont les propos de M. Brahim Benslimane, un autre industriel textile qui n'arrive plus à joindre les deux bouts. A un âge où il aurait dû penser à sa retraite, M. Benslimane ne songe plus qu'à sa reconversion. Ayant misé sur l'industrie textile au milieu des années 80, le voilà aujourd'hui confronté aux mêmes tourments que ses confrères: surenchère du Dirham, hausse du Smig, perte de clients, grèves sauvages, tous ces chevaliers de l'apocalypse qui mènent le secteur à la débâcle. Dans les moments les plus forts de la crise, M. Benslimane, PDG de la société Somainal, qui se voulait intégrée en filature tissage et confection, a perdu le tiers de ses employés, soit 150 personnes. Mais remontons plus loin dans le temps pour comprendre et analyser la prostration de ce quinquagénaire, dont l'histoire a commencé comme un conte de fée.En 1966, M. Benslimane perdait son père et se retrouvait en charge d'une famille. Sans ressources, il a voulu tenter sa chance à l'étranger. C'est en France qu'il élira domicile pendant près d'une vingtaine d'années. De petits boulots (au départ à la SNCF) en petits boulots, M. Benslimane réussira à se constituer un pécule et achètera son premier magasin d'alimentation générale. Le premier d'une longue série, indique-t-il. Pendant vingt ans, cet entrepreneur armé de persévérance est arrivé à se constituer une petite chaîne de supermarchés (7 au total) qu'il a appelée «Corsaire«, ne sachant pas qu'un jour il endosserait le rôle de capitaine. La chance lui souriait. «Je suis arrivé à réaliser un chiffre d'affaires de 60 millions de Francs«, souligne M. Benslimane, nostalgique.Par ailleurs, dans les supermarchés existait également un rayon vêtements. C'étaient les premières incursions de M. Benslimane dans le monde du textile. A cette époque florissante, Feu Sa Majesté Hassan II demande aux immigrés marocains de revenir investir dans leur pays. M. Benslimane ne se le fera pas répéter une seconde fois; ni lui, ni les trente-cinq autres Marocains qui l'ont suivi. Retour au bercail des enfants prodiges, avec une foi et un patriotisme inébranlables. Rien n'entame la joie de M. Benslimane. Il laisse tout derrière lui, ainsi que la gestion de ses commerces qui sera assurée par son jeune frère inexpérimenté. Trois des sept supermarchés seront revendus dans un premier temps. . Transition difficileEn 1981, M. Benslimane s'établit à Rabat et crée sa première société qui s'appelle toujours Somainal. La seule différence c'est qu'au départ, elle était destinée à la fabrication de carburateurs de cyclomoteur. M. Benslimane avait été le premier Marocain à obtenir cette licence étrangère, mais l'Etat n'a jamais voulu lui accorder l'autorisation d'exercer. Bien qu'il ait reçu maintes promesses, il a mis cinq longues années pour réaliser qu'elles resteraient vaines. Selon lui, l'explication émane du fait que le monopole était détenu par une entreprise étatique, la Simef, basée à Fès. Dans cette affaire, il a perdu 700.000 DH.Ne s'arrêtant pas sur ce semi-échec, M. Benslimane tente la reconversion dans le secteur textile, alors en pleine expansion. Il investira au total 20 millions de DH. Il achète un local de 700 m2, toujours à Rabat et commence avec un effectif de 60 personnes et un parc machines de 45 unités. Trois ans plus tard, les affaires étant prospères, l'effectif a quadruplé. A Somainal, on fabrique blousons et pantalons et les donneurs d'ordre sont français (Pimkie, Deramode) ou anglais comme Rowley (spécialisé dans le vêtement pour enfant). Une deuxième unité, Newcom Trading SA, sera créée. Le local étant devenu exigu, M. Benslimane se déplace dans la zone industrielle de Salé où il possédait déjà un terrain de 2.400 m2. «La construction du nouveau local, indique M. Benslimane, prendra quatre ans et engloutira une bonne partie du salaire de ma femme et du mien«.Le déménagement ne se fera qu'en 1991. Somainal et Newcom Trading SA se partagent les locaux, l'une au rez-de-chaussée et l'autre au premier. Et c'est là que les premiers problèmes ont commencé à se poser. La transition a été très difficile. Il fallait recruter de nouvelles personnes. Mais le grand hic provient du fait que les habitants de Salé et ceux de Rabat ne s'entendent pas, ce qui a créé des frictions au sein de l'entreprise. Ce n'est qu'en les amadouant que l'entrepreneur réussit à les calmer. Il commence donc avec un effectif de 200 personnes. A l'époque, il se permettait le luxe de refuser du travail.Petit à petit, l'entreprise grossit. Chaque mois, une chaîne (soit 20 employés) est créée, jusqu'à arriver à 500 emplois directs et 150 indirects. Le chiffre d'affaires culmine à 30 millions de DH, avec une augmentation annuelle située entre 15 et 20%. Le capitaine avait réussi à trouver son rythme de croisière. Les premières tempêtes ont commencé à poindre en 1995, créant beaucoup de remous. La première menace provenait des Tunisiens qui sont montés au créneau, mettant les bouchées doubles pour pouvoir «piquer« les donneurs d'ordre. La campagne d'assainissement de 1996 a fait le reste. Les investisseurs étrangers ont pris la fuite.Donc, la qualité des commandes a commencé à s'en ressentir. «Mais la véritable tourmente, explique M. Benslimane, celle dont on a du mal à se remettre, a commencé en 2000«. En janvier de cette même année, M. Benslimane est dans l'obligation, par manque de moyens, d'effectuer un transfert de société. Newcom Trading SA, sa seconde société créée 5 ans plus tôt n'ayant plus de travail, devient Newcom Trading Look SA. Le propriétaire paternaliste pense à ses employés. Il leur offre donc trois choix: celui d'intégrer la nouvelle structure avec leurs années d'ancienneté, ou bien demander conseil à l'inspection du travail (le patron s'est dit prêt à accorder tout ce que l'inspection aurait exigé) ou encore, s'ils ne sont pas satisfaits du nouveau deal, d'exiger le règlement de leur solde de tout compte. Les ouvriers optent pour la première solution et intègrent leurs postes. Une semaine plus tard, la CDT entre en jeu. Le PDG reçoit un bureau syndical constitué de 8 personnes, sans aucun cahier revendicatif. Le seul motif invoqué: ne pas perdre leur ancienneté. «Mais, elle leur était déjà garantie«, indique M. Benslimane. C'est le début des grèves. Le mécontentement des donneurs d'ordre se fait sentir. Bien que plusieurs fois rassurés par la direction, les employés n'arrêteront pas le mouvement. Les ouvriers de Newcom Trading Look durcissent le ton. Le 30 mars dernier, ils défoncent les portes des locaux et les occupent. Près de 150 personnes bloquent l'entrée de l'usine aux non-grévistes et à la direction. Les résultats ne se font pas attendre: l'entreprise perd un de ses meilleurs clients (Formdel) avec qui elle traite depuis 16 ans et qui représente près de 50% de son chiffre d'affaires. Le groupe Pimkie, agacé, se dirige vers la Tunisie. D'ailleurs, cette centrale d'achat délocalise aujourd'hui près de 80% de sa production chez ces concurrents. Au total, M. Benslimane dit avoir perdu 15 millions de DH ainsi que la plupart de ses clients. Il engage des discussions avec les délégués syndicaux qui n'aboutiront même pas à un début de solution. M. Benslimane, armé de la loi, durcira le ton aussi. Les 150 grévistes ayant occupé l'usine ont été individuellement licenciés. Ils l'attaquent en retour pour licenciement abusif. «Et quand bien même, dit-il, je ne les reprendrai jamais, quitte à fermer mon usine«.Après quelques mois de recherche, M. Benslimane recommence à embaucher. Mais, il est loin d'être satisfait du personnel, moins qualifié que le précédent. Il est obligé d'avoir recours à la sous-traitance locale et a encore du mal à payer ses factures.Après avoir tenté l'aventure marocaine, aujourd'hui son rêve le plus cher est de repartir... comme les trente-trois autres Marocains qui l'ont déjà fait.


    Caca-sabotage

    Durant les pics de tension atteints au cours du mouvement de grève et de l'occupation d'usine, les employés ont aussi saboté la marchandise. D'après M. Benslimane, ceux-ci auraient uriné et déféqué dans les cartons de marchandise à l'export. Quelle ne fut la «surprise« des donneurs d'ordre lorsque les cartons ont été déballés. D'ailleurs, ils ont manifesté leur colère avec pertes et fracas. Pertes de commandes et fracas au téléphone. Pour M. Benslimane, c'est le comble. Comment, selon lui, ses ouvriers modèles envers qui il dit s'être toujours comporté d'une manière paternaliste, peuvent-ils accomplir de telles horreurs? Ce qu'il déplore aujourd'hui, c'est leur crédulité , laquelle les aura menés au licenciement.Radia LAHLOU

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