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    Méditerranée: Communautés et conflits
    «Inter-not», pub ou spectacle, comment dégrader l’info

    Par L'Economiste | Edition N°:2432 Le 28/12/2006 | Partager

    . Autour de la Méditerranée, le guide du bon dictateur…. Aucun acquis de la liberté n’est irréversibleLE journalisme nationaliste n’est pas du journalisme de guerre; une opinion n’est pas un travail de recherche! Autant de distinctions lexicales et méthodologiques qui faussent le traitement de l’information. Conflit israélo-palestinien, guerre d’Irak, affaire des caricatures, et, à l’échelle du Maroc, l’affaire de Nichane… Le récit narratif du journaliste se heurte aux problèmes «des apparences de débat dans le champ journalistique», selon les termes de Pierre Bourdieu(1). Les cas ne manquent pas: empathie du journaliste pour la cause du plus faible, manipulation des gouvernements qui n’hésitent pas, comme dans le cas du Rwanda, à utiliser les canaux médiatiques pour encourager à la haine. Au Maroc, et comme l’a souligné Daniel La Parra de l’université d’Alicante, c’est le conflit de Sebta et Melilla qui joue le rôle de baromètre des relations maroco-espagnoles. Dans le cas d’un litige entre les deux pays sur les thèmes de la pêche ou du Sahara, «c’est tous les médias qui sont mobilisé autour de la question des îlots de Sebta et Melilla», précise La Parra, qui note toutefois une tendance des journalistes des deux rives à l’apaisement. . Dégradation spécialeDans le cadre de la censure moderne, certaines directions éditoriales ont également leur rôle à jouer. Le «diktat commercial» s’impose en effet comme une arme infaillible pour «juger de la mort ou de la survie d’un média, et donc d’un patron de presse», déplore Saïd Djaâfer, journaliste au Quotidien d’Oran. La presse algérienne est en effet sous le joug d’une seule agence nationale de la publicité: avec ce système, nul besoin de méthodes autoritaires! «Une presse privée n’est pas forcément une presse libre», poursuit-il. Ces problèmes d’indépendance ne sont pas exclusifs à la presse de la rive sud. Le cas de l’Italie et de l’empire médiatique de Berlusconi en est l’exemple le plus édifiant. Pronostiquées il y a 40 ans par Guy Debord (intellectuel français), les sociétés de spectacle font leurs entrées en Europe, et c’est l’Italie qui ouvre la marche. «Il faut considérer les lecteurs, téléspectateurs et électeurs comme des enfants de 12 ans et pas très intelligents», déclare, sans s’en cacher, l’ancien président italien, Berlusconi. Un vieil adage tiré de son expérience dans la publicité sur lequel il s’est basé pour bâtir son empire médiatique. «Berlusconi, grâce à son duopole sur les médias, jouissait des moyens nécessaires pour divertir et mener des campagnes démagogiques impunément. Il a comblé un vide politique laissé par les parrains de la mafia», observe, non sans ironie, Luca Guzetti de l’université de Gênes. Il n’empêche que Berlusconi a perdu les élections contre Prodi… La démocratie et le pluralisme politique ne peuvent donc pas être considérés comme des acquis irréversibles. Rappelons que dans le monde anglo-saxon, le vice est plus subtil mais bien présent. Murdoch, roi des médias, règne sur la galaxie Fox news et Sky TV. Ce qui n’est pas sans déplaire à son compagnon de route, le président George Bush. Et si, globalement, l’espace médiatique change, imposant peut-être une liberté de ton aux anciens canaux de l’information, comment analyser le comportement des gouvernants autistes devant ce phénomène qui se généralise? . «Nouvelles andalousies» médiatiquesPar effet de miroir ou par opposition, les télévisons satellitaires comme l’Internet ont réduit l’espace de comparaison. Aujourd’hui, il n’existe plus de frontières dans la circulation d’informations et de représentations collectives. Même des pays comme la Tunisie ou la Syrie, qui sont sous le joug d’une dictature numérique orchestrée par le pouvoir, s’alimentent chez leurs voisins. Mais ce phénomène de transposition peut être dangereux, souligne Paul Germain, directeur de programmes à TV5: «Façonner une image collective du Sud ne doit pas être influencé par le Nord. Il est temps que le Sud s’investisse dans ce travail de construction d’une identité propre».Car ces effets de miroir déformants contribuent au conflit asymétrique, «il faut utiliser les médias comme un outil transculturel où les anthropologues et autres chercheurs en sciences humaines doivent occuper une place prédominante» précise Germain.En effet, utiliser les médias comme un outil de tissage de liens sociaux, autour de valeurs méditerranéennes communes, permettra d’une part de mieux affronter les défis d’une mondialisation sauvage et galopante. Puis d’autre part, de consolider et préserver une identité régionale ouverte et tolérante. «Il faut travailler dans le sens d’une éclosion de nouvelles andalousies méditerranéennes», encourage Thierry Fabre, essayiste et initiateur des Rencontres d’Averroès sur Marseille.


    Virus gouvernementaux

    EN Tunisie et en Syrie, grâce aux TIC, il a été possible d’emménager des espaces d’informations et de communication échappant au contrôle des Etats. Pour Larbi Chouikha, de l’Institut de presse de Tunis, cette liberté de presse est le jeu d’une bataille entre génies du Net: «Dans un premier temps, les proxi (pour masquer les adresses mail) ont fait l’affaire, mais très vite ils ont tous été dénoncés. Aujourd’hui, pour recevoir de l’information de l’étranger, seuls les changements fréquents de boites électroniques peuvent faire l’affaire». Cependant, cette situation reste fragilisée par les attaques de virus gouvernementaux détruisant les mailings list dissidentes. Salam Kawakibi, du Centre arabe pour l’éducation aux droits de l’homme et au droit international humanitaire en Syrie, ironise: «Nous sommes habitués à l’Inter-Not!». Face à un gouvernement qui a beaucoup investi dans les technologies de censure, même les blogsphères n’ont pas droit de cité. «Des ingénieurs allemands et anglais travaillent tous les jours à stopper les fournisseurs comme hotmail ou g-mail». Aujourd’hui en Syrie, même les proches du président Bacher El Assad encourent des sanctions s’ils sont pris en train de «fowarder». Alors quel rôle joue le journaliste dans ces interactions entre les gouvernants et les gouvernés? Najlae NAAOUMI-------------------------------------------------------------------------(1)Sociologue français contemporain

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