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    Médicaments : Bagarre autour d'un dictionnaire

    Par L'Economiste | Edition N°:166 Le 09/02/1995 | Partager

    L'édition 1994 du VIDAL Maroc a été jugée, par le milieu médical et pharmaceutique, indigne d'être utilisée et commercialisée au Maroc. Une commission réunie par le ministre de la Santé a confirmé ce fait. Un compromis serait en cours de discussion entre l'AMIP et OVP VIDAL pour une édition corrective.

    L'association Marocaine des Industries Pharmaceutiques (AMIP) vient de saisir la société française Vidal OVP lui demandant de retirer du marché marocain l'édition 94 du VIDAL Maroc, parue fin décembre 1994.

    L'éditeur OVP est connu pour sa longue tradition (le 1er VIDAL est né en 1914) ainsi que par une riche expérience. Mais l'édition marocaine de la célèbre bible des médicaments, composée d'une partie réservée à quelques médicaments marocains et d'un "bloc" reprenant le Vidal France, a provoqué mécontentements et indignations, tant au sein du milieu pharmaceutique que médical.

    Normes de l'OMS

    De l'avis de nombreux médecins, pharmaciens et membres de l'AMIP, elle comporte des erreurs et des irrégularités.

    Comme tout projet, celui de VIDAL Maroc au départ était prévu pour se développer, mais l'édition de 1994 le ferait régresser tant dans son contenu que dans sa forme: la partie Maroc de l'édition 92 comptait 89 pages, celle de 93,246, et celle de 94 n'en compte plus que 143. Par ailleurs, la couleur verte qui distinguait les pages de la partie Maroc a disparu (ceci trouverait une explication dans le contentieux qui oppose actuellement OVP à Mme Soulaymani). Ensuite, le communiqué du Ministère marocain de la Santé publique relatif au programme national de traitement des maladies spécifiques au Maroc a été supprimé. Mais plus grave sont les erreurs des caractéristiques médicales concernant les produits. Par exemple, le tableau par ordre alphabétique qui comprenait 4 colonnes; nom, présentation et formes dénomination commune internationale (CI), classes thérapeutiques et laboratoires, a été réduit à 2 colonnes ne faisant apparaître que les noms commerciaux et la présentation. Particulièrement, la suppression des DCI serait une aberration. En effet, la DCI indique la composition des médicaments et permet au médecin de juger de l'efficacité d'un médicament dans telles ou telle thérapeutique: "l'OMS est intransigeante concernant la présence de cette information", signale Mme Soulaymani. De surcroît, une erreur de frappe intitule "DCI" la colonne des noms commerciaux, relève-t-elle. La 2ème aberration est l'omission de la classification par spécialités pharmaceutiques.

    Autre erreur capitale: l'édition VIDAL Maroc 94 ne donne pas l'intégralité de l'information sur le médicament au Maroc: elle ne fait figurer qu'une faible partie de l'ensemble des produits fabriqués au Maroc. "Ceci est d'autant plus fâcheux, dit M. Lahlou, directeur général de Pharma 5, qu'ils sont titrés au départ par l'intitulé "Liste des produits disponibles au Maroc". Celui qui ne connaît pas notre industrie pharmaceutique risque de croire qu'elle ne produit que 30 ou 40 médicaments alors qu'elle en fabrique 3.000". En fait, la majorité des laboratoires inscrits avec leurs médicaments sur VIDAL Maroc 94 sont ceux qui ont participé au financement partiel de cette édition. M. Lahlou souligne que pour l'édition de 1991 le prix de l'inscription sur le dictionnaire était de 1.200 DH par produit.

    Devant ce "manque de professionnalisme indigne d'un grand éditeur", l'AMIP saisit le MSP lui demandant d'intervenir en interdisant la commercialisation de VIDAL Maroc 94. Sur ce, le Pr Abderrahim Harouchi, ministre de la Santé, réunit une commission de médecins chargée de statuer sur l'affaire. "La question qui se pose de savoir si le contenu de VIDAL est de caractère publicitaire ou d'éthique médicale, dit M. Harouchi, en guise d'introductions. En France, VIDAL satisfait aux 2 critères parce que les laboratoires français n'ont qu'un dictionnaire unique à financer. Le problème au Maroc est qu'il existe 2 dictionnaires, à savoir le SEDIM et le VIDAL Maroc, et les laboratoires sont partagés entre les deux".

    M. Harouchi reconnaît toutefois que le VIDAL Maroc 94 comporte des erreurs et des oublis. "Nous avons demandé à OVP VIDAL d'apporter les correctifs nécessaires dans une nouvelle édition et d'y dissocier les aspects publicitaire et information médicale en traitant de manière identique tous les médicaments fabriqués au Maroc". Une réunion s'est finalement tenue la semaine dernière entre des membres de l'AMIP et la direction d'OVP qui a accepté de réimprimer une nouvelle édition, tenant compte des recommandations du ministre. Cependant, il n'a pas été question de retirer l'édition défectueuse du marché. M. Harouchi estime que l'idéal aurait été d'avoir un seul dictionnaire au Maroc, par exemple au moyen d'une association entre VIDAL Maroc et SEDIM. Mais ceci a déjà fait l'objet d'une proposition par SEDIM à VIDAL qui l'a refusé.

    Point de vue du directeur général d'OVP

    M. Jean-Louis Michel, directeur général d'OVP, déclare qu'à la suite de la réunion qu'il a tenue la semaine dernière avec les membres de l'AMIP "OVP continuera à publier l'information concernant le médicament marocain". Concernant le caractère sectaire de l'information de l'édition du Vidal Maroc 94, M. Michel objecte que chaque laboratoire pharmaceutique qui a signé le contrat soumis par l'éditeur a vu ses produits figurer dans le dictionnaire. Par ailleurs, il fait remarquer qu'aucun dictionnaire du médicament n'est jamais exhaustif à 100%. "La dernière édition de Vidal France ne comporte que 80% des produits français....". Il reconnaît que, comme cela se pratique dans tous les pays, l'information requiert un prix de référencement. Pour figurer dans Vidal Maroc, les laboratoires pharmaceutiques marocains doivent payer 1.200 DH par produit. "Nous avons listé gratuitement quelques produits, pour ceux qui nous y ont autorisé, dit M. Michel. Si les laboratoires marocains agissent dans un esprit de coopération comme dans les autres pays, nous atteindrons un niveau d'exhaustivité plus élevé. Le 1er numéro du dictionnaire de médicaments français Vidal est né en 1914. Louis Vidal avait créé 2 ans auparavant le 1er réseau de visiteurs médicaux chargés de recueillir l'information sur les médicaments et préparations pharmaceutiques auprès des jeunes industries pharmaceutiques et des officines. Pendant plusieurs années, l'édition du Vidal par l'OVP se limitait à compiler et à mettre les données transmises par les laboratoires pharmaceutiques. Mais aujourd'hui OVP est doté d'une équipe scientifique qui intervient, en collaborant avec l'industrie et l'Agence du médicament, dans le contrôle de l'information le concernant.

    L'idée française d'un dictionnaire du médicament a été plus tard reprise par d'autres pays. Mais l'OVP, filiale de Didot-Bottin depuis 1979, a aussi franchi les frontières, éditant un Vidal au Maroc, en Tunisie, en Allemagne, au Vietnam, et prépare actuellement un Vidal pour la Russie. Depuis 1989, OVP a lancé une version électronique du Vidal sur CD Rom. Aujourd'hui il lance une version grand public. OVP a réalisé en 1994 un chiffre d'affaires de l'ordre de 350 millions FF.

    SEDIM: 1er dictionnaire national du médicament

    LA société Sedim publiera bientôt le 6ème numéro de son dictionnaire actuellement sous presse. Le coût de revient prévisionnel de la prochaine édition, qui sera tirée à 5.000 exemplaires, est estimé à un million DH. L'exemplaire sera vendu à 300 DH.

    En 1984, un groupe de 5 pharmaciens décident de créer un dictionnaire du médicament marocain, en réaction à celui qui existait à l'époque, le Peillon, qu'ils jugeaient très médiocre. Ils sortirent la première édition à la fin de l'année 1984 en réalisant le travail harassant qu'exige une telle entreprise. "Il est vrai que cette 1ère édition était loin d'être parfaite, avoue M. Abdallah Lahlou Filali, membre fondateur du SEDIM. Mais elle était bien meilleure que celle du Peillon. Depuis, d'autres numéros sont parus jusqu'au 5ème, en 1992, témoignant d'un progrès dans le contenu et dans la forme".

    Entre-temps, Vidal, arrivé au Maroc en 1991, sort sa 1ère édition Al Wassifa Vidal Maroc. Découragés par les difficultés financières auxquelles s'ajoutait l'apparition de ce concurrent de taille, l'équipe de SEDIM décide de cesser l'édition de son dictionnaire. "Les laboratoires qui s'engageaient à nous acheter un certain nombre d'ouvrages nous versaient un montant global d'environ 500.000 DH, ce qui était très insuffisant pour payer ne serait-ce que les frais d'impression, qui s'élevaient à 200 DH l'exemplaire, affirme M. Lahlou. Pour chaque publication nous avons contribué par nos fonds personnel". Le MSP préfaçait chaque numéro mais ne lui consacrait aucune subvention. M. Lahlou précise que le SEDIM se faisait un point d'honneur de répertorier tous les produits des laboratoires pharmaceutiques, sans exception et avec leur autorisation. "Nous voulions relever le défi de produire plutôt que de réaliser une affaire commerciale", dit M. Lahlou.

    Depuis peu, M. Lahlou se résout à reprendre l'édition du SEDIM en trouvant repreneurs aux actions des anciens associés qui ne sont pas intéressés par ce projet.

    M. Lahlou a ainsi constitué une nouvelle équipe composée de médecins et de pharmaciens et a réuni un comité éthique formé d'universitaires. Ils se promettent de réaliser un produit de qualité.

    M. Lahlou insiste sur le fait que le Maroc est le seul pays en Afrique à avoir son propre dictionnaire du médicament et proteste qu'on ait laissé pénétrer un concurrent étranger. "Nous confondons trop souvent libéralisme et défaitisme. libérer n'empêche pas de protéger certains produits naissants. Essayez donc de faire entrer un médicament marocain en France, et vous comprendrez!".

    Bouchra LAHBABI

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