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    Politique Internationale

    Médias et droits de l'Homme : Monologues parallèles

    Par L'Economiste | Edition N°:160 Le 29/12/1994 | Partager

    Le Ministère chargé des Droits de l'Homme a organisé deux journées de rencontre pour une réflexion collective et ouverte sur la meilleure diffusion possible des principes de base de l'Etat de Droit: le respect des droits de l'Homme.

    Comment créer et vulgariser efficacement une culture des droits de l'Homme afin que chaque Marocain puisse intégrer et appliquer ses principes dans sa vie quotidienne, quel que soit son niveau d'instruction?

    Telle a été la préoccupation majeure des professionnels des médias traditionnels et des autres formes d'expression (cinéma, théâtre, écriture) réunis à Rabat les 22 et 23 décembre à l'initiative de M. Omar Azziman, ministre des Droits de l'Homme.

    Ceux-ci ont étudié les moyens à mettre à la disposition du citoyen pour lui faire connaître ses droits, s'inscrivant ainsi dans la dynamique gouvernementale actuelle visant à promouvoir les droits de l'Homme.

    La réflexion collective a porté sur quatre thèmes abordés en deux séances plénières. Présidée par M. Mehdi Bennouna, fondateur de la MAP, la première assemblée était axée sur la "presse écrite au service des droits de l'Homme" et la "Radio et télévision au service des droits de l'Homme". M Mustapha Kabbaj, directeur du service des livres au Ministère des Affaires Culturelles, présidait la deuxième session concernant le "Cinéma et théâtre au service des droits de l'Homme" et la "Stratégie de communication".

    Afin de recueillir les suggestions et recommandations des participants, ces mêmes thèmes ont été repris le lendemain avec une approche plus opérationnelle dans le cadre d'ateliers de travail.

     


    En cause: La Map et la TVM

    Les ministres présents ont rappelé en substance que les Dahirs de 1942 et de 1958 devraient être réactualisés. Il y a aussi la remise au Parlement d'un projet d'étude pour la création d'une troisième chaîne de télévision éducative. Ce sont autant d'initiatives qui réaffirment la volonté du gouvernement d'agir dans ce domaine. Les ministres ont également fait ressortir qu'il appartient à tous les citoyens d'oeuvrer pour les droits de l'Homme et notamment les mass-médias.

    Des débats ont ensuite porté sur la nécessité de réformer les structures de communication nationales, à savoir la MAP et la TVM. Objectif: refléter plus fidèlement l'évolution de la société.

    Pour la vulgarisation des droits de l'Homme, le rôle naturel de ces deux médias a été relevé en insistant sur l'ampleur de leur audience et sur la tradition orale qui les sous-entend.

    Concernant la presse écrite, les journalistes ont été encouragés, en particulier par le président du Syndicat national de la presse, M. Messari, à dépassionner les débats et à adopter une démarche moins partisane et plus professionnelle dans le traitement de l'information.

    D'autre part, "le manque de liberté d'expression" au niveau des médias traditionnels et dans les domaine des arts et des spectacles a été largement placé au centre des discussions.

    Si de nombreux intervenants ont reproché au Ministère de l'Intérieur et de l'Information d'avoir "la main mise sur les mass-médias", tous s'accordent à dire que les progrès réalisés sur la liberté d'expression individuelle sont indéniables.

    Paradoxe: certains en ont abusé, frôlant l'injure contre autrui.

    Chacun a pu donc librement faire part de ses doléances et de la difficulté d'exercer son métier d'artiste. Du coup, le temps de parole qui devait se limiter à moins de dix minutes par intervention n'a pas été respecté. Non seulement les conférenciers n'ont pu répondre aux questions posées, mais la deuxième séance a été décalée d'environ trois heures. Interrogé, M. Mammade, représentant 2M dans les débats et responsable de la rédaction arabophone s'indigne "de ne pas avoir pu finir son intervention qu'il venait de commencer" et d'estimer "que c'est anormal de n'avoir pas pu répondre... surtout face aux attaques que 2M a subies".

    Les deux derniers thèmes ont dû être exposés en une seule fois.

    Les intervenants se sont tous retrouvés sur la même estrade pour parler de domaines aussi variés que le cinéma ou l'accès à la santé le théâtre ou les orientations prévues par la Croix Rouge Internationale pour 1995.

    M. Nourredine Ayouch, en tant que professionnel de la communication et de la publicité, a développé une stratégie marketing avec des objectifs clairs. Questionné sur ses ambitions, il a précisé ses intentions de "mettre gracieusement des moyens techniques modernes au service des droits de l'Homme", et "qu'il faut des moyens rigoureux pour sortir de la théorie et de la palabre bureaucratique et devenir efficace".

    M. Kaspar, délégué régional de la Croix Rouge Internationale pour l'Afrique du Nord, a parlé des actions concrètes que mène l'organisation humanitaire à travers le monde, et surtout dans les pays en guerre, pour le droit à la vie. La journée consacrée au travail en atelier a été fructueuse, tant au niveau des échanges entre les participants qu'au niveau des résultats concrets obtenus sous forme de recommandations, même si les professionnels des médias n'étaient pas tous au rendez-vous.
     


    Interview de Abderrahmane Tazi, cinéaste
    "Les droits de l'Homme, c'est le quotidien"

    L'Economiste: Quelles sont vos impressions sur ces deux journées de débats?

    A. Tazi: Ces deux journées sont très importantes. Elles représentent un acquis qui aurait été inimaginable il y a 3 ou 4 ans. Cela démontre l'ouverture, le travail gigantesque qui se fait dans l'ouverture à la démocratisation. Ces deux journées sont d'un intérêt certain même si nous n'avons pas encore appris à dialoguer, à intégrer le côté rigueur et méthodologique de la discussion. Ecouter fait déjà partie des droits de l'Homme. En ce qui concerne l'audiovisuel, nous sommes dans une société où l'on peut trouver jusqu'à 90% d'analphabètes dans le monde rural. C'est un milieu qui m'intéresse beaucoup. C'est là où nous avons beaucoup d'analyses qui sont peut-être fausses parce qu'on pense que la campagne étant la périphérie, loin du centre et de la communication, ces gens-là ne sont pas informés. Tous les Marocains disposent de radios. Et donc avec un transistor on est au courant de ce qui se passe dans le monde et dans son propre pays si l'on capte la BBC ou Radio France Internationale. Donc les gens sont informés sur tout ce qui se passe, surtout dans ce domaine des droits de l'Homme et de la démocratie. Nous devons absolument compter et composer avec l'image et le son pour informer, vulgariser, éduquer, instruire, en évitant évidemment le côté didactique.

    - Des films marocains ont ils été interdits ces dernières années de diffusion au Maroc, y a-t-il eu des restrictions?

    - A ma connaissance, il n'y a jamais eu de censures de films marocains. Il existe peut-être une autocensure de la part de leurs auteurs, mais il n'y a pas de censure.

    - Quels sont les sujets qui restent délicats?

    - Nous sommes dans une société musulmane. Certains disent qu'il faudrait aussi faire des films sur le sexe ou sur la violence. Par tradition dans notre société, il y a certaines choses qui peuvent être dites, surtout dans le domaine de ce que l'on appelle le film X: il y a une certaine forme d'érotisme que l'on peut traiter dans nos films sans que ce soit par le nu. C'est peut-être là des sujets à traiter avec des pincettes, en tout cas personnellement cela ne m'intéresse pas. Mais parler de films "politiques" ! Je crois qu'il faut un certain respect des institutions, un certain respect de l'environnement en tenant compte de la liberté d'exprimer des idées mais tout en étant aussi authentique.

    - Quelle est votre approche des droits de l'Homme?

    - Mon approche des droits de l'Homme, c'est le quotidien. C'est ce que je vis, ce que je vois, ce que je ressens, ce que je subis et ce que je fais subir aux autres. Comme professionnel dans le domaine cinématographique, je pense pouvoir apporter une contribution pour informer et vulgariser, mais sans que ce soit avec l'en-tête: "je fais quelque chose pour les droits de l'Homme".

    - Croyez-vous que ces deux journées se répercuteront dans la vie quotidienne?

    - Quand on a un ministre tel que M. Omar Azziman cela ne peut être que du concret, parce que lui-même avait déjà fait une déclaration disant que le jour où il se regarderait dans un miroir et qu'il ne se reconnaîtrait pas, il abandonnerait ce ministère.

     


    Interview de Nabyl Lahlou, cinéaste

     


    "Un ministère, car qu'il y a des problèmes"

    L'Economiste: Quelle est votre approche des droits de l'Homme?

    M. Nabil Lahlou: Les droits de l'Homme, c'est en dehors du fait de commettre une "connerie" pour aller en raison, que l'homme ne soit pas atteint dans sa dignité le matin en se réveillant. C'est-à-dire penser qu'il ne va pas manquer de pain pour lui et ses enfants. Qu'il ne va pas mendier pour vivre sa journée.

    - Que pensez-vous de cette initiative émanant du ministre des Droits de l'Homme?

    - C'est une première qui comporte "des hauts et des bas". Il y a une bonne volonté pour s'exprimer, ce qui dénote une excellente santé en ce qui concerne la liberté d'expression.

    Il faut être heureux et fier de cette liberté que nous avons parce que jamais les choses qui ont été dites n'auraient pu être dites il y a quelques années. Donc nous avançons, et au fur et à mesure, nous allons non seulement adhérer aux Droits de l'Homme mais également sûrement et d'une manière définitive, être habités par les droits de l'Homme.

    Et ce Ministère des Droits de l'Homme ne sera plus qu'un souvenir de musée. Disons que l'on aura plus besoin d'un Ministère des Droits de l'Homme parce que j'estime que s'il en existe un, c'est qu'il y a des problèmes de justice et d'autres encore...

    - Et à propos des volets soulevés?

    - Le théâtre et le cinéma, et surtout la télévision parce que c'est elle qui touche le maximum de citoyens, joueront un rôle extrêmement important. Pour cela, il faut que la télévision soit ouverte pour vulgariser et sensibiliser les citoyens aux droits de l'Homme par des spectacles, des débats, des conférences, et ceci d'une manière quotidienne et non pas une fois par mois.

    - Avez-vous été sensible aux interventions?

    - Ce qui m'a un petit peu surpris c'est que les gens ne sont pas venus pour proposer leur soutien au Ministère des Droits de l'Homme. Je pense notamment au Monsieur qui est un ami depuis 16 ans, M. Ayouch, qui est venu faire une campagne publicitaire comme s'il s'agissait de n'importe quel produit alimentaire, ce n'est pas ce que j'aurais attendu de lui, mais plutôt qu'il vienne avec des idées concrètes pour soutenir les Droits de l'Homme en proposant par exemple la confection de spots publicitaires d'une manière bénévole. Or là, j'ai assisté à un numéro où il est venu tout simplement vendre un produit. Cela me rappelle la fois où nous étions devant M. Karim Lamrani pour parler des moyens possibles pour faire connaître la ville de Fès.

    Ayouch a tenu à peu près le même discours. Il a dit: "Il faut vendre le produit Fès" et M. Lamrani de lui répondre: "Et puis quoi encore? il ne manquerait plus que cela!".

    La communication, pour moi, c'est quelque chose de philosophique parfois, et de métaphysique. Dans ce cas, le marketing a primé parce qu'il y a une structure derrière. Mais je ne pense pas que le Ministère des Droits de l'Homme puisse vraiment donner de l'argent parce qu'il est très pauvre. Il n'a rien, c'est à nous de l'aider. Il ne faut pas venir chercher un marché.
     

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