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    Marshall McLuhan revient

    Par L'Economiste | Edition N°:168 Le 23/02/1995 | Partager

    Marshall McLuhan, l'inventeur de la célèbre formule "village planétaire", a soulevé la polémique dans les années 1960. Il croyait la vie privée et l'individualisme menacés par les progrès techniques dans les communications et prévoyait un retour aux vieilles traditions orales et tribales. Aujourd'hui, les 25 millions d'utilisateurs d'Internet à travers le monde et une nouvelle culture high-tech sont là pour prouver le bien fondé de ses prévisions. La génération numérique est en train de dépoussiérer les écrits de McLuhan.

    MARSHALL McLuhan est de retour.

    Dans les années 1960, il avait créé la polémique en décrivant le profond impact que les progrès dans les télécommunications et l'informatisation allaient avoir sur la société moderne. Selon lui, le monde se transformerait en "village planétaire". On verrait le retour aux vieilles traditions orales et tribales, aux dépens de l'individualisme et de la vie privée. Aujourd'hui, la communauté planétaire de 25 millions d'adeptes d'Internet est là pour prouver le bien-fondé de ses prévisions. La nouvelle génération numérique est en train de dépoussiérer les écrits de McLuhan.

    McLuhan est mort en 1980, au moment où l'ordinateur personnel était en passe de devenir une réalité quotidienne, mais ses idées sont toujours à l'avant-garde de l'étude des médias et de l'analyse des effets des nouvelles technologies sur notre culture. Le magazine Wired, la bible de l'ère numérique, met chaque mois le nom de McLuhan dans son "ours", aux côtés des noms de tous les collaborateurs du journal. avec le titre de saint patron.

    L'électricité, disait McLuhan, est une force qui peut réunir la population de la planète entière dans le Village Global. L'électricité ne connaît aucun obstacle politique ou géographique; elle franchit les frontières et traverse les continents et les océans en un instant et sans entrave. Ainsi rapproche-t-elle les gens et les choses. Mais pour McLuhan, le village planétaire n'a commencé à exister vraiment qu'avec l'avènement de la radio, au début du XXème siècle.

    Comme l'électricité, Internet franchit les frontières politiques et géographiques. McLuhan dirait sans doute qu'aujourd'hui, plus que jamais, l'informatique permet au Village de se développer, au point de devenir un théâtre: à l'aide d'un ordinateur et d'un modem, n'importe qui peut se propulser sur la scène mondiale.

    A son époque, le travail de Marshall McLuhan était extrêmement controversé. Il n'était pas le représentant d'une école de pensée existante et il n'a pas cherché à en créer une.

    Après avoir fait ses études à Cambridge en Angleterre, il avait enseigné les lettres et la communication dans les universités nord-américaines pendant près de quarante ans. Homme discret, il n'aimait pas les voyages et les autres distractions, se consacrant à la vie intellectuelle et familiale. Et pourtant. c'était une véritable star en Europe, l'hôte de chefs d'Etat et autres têtes couronnées, l'invité-vedette de tous les colloques. Marshall McLuhan aimait à dire que les événements futurs projettent leur ombre devant eux. Il croyait que la culture - à la différence de l'Histoire - repassait souvent les mêmes plats. Les forums on-line représentent finalement un retour à la tradition orale. Etre lettré n'y constitue pas un impératif comme pour les tables rondes universitaires, justement parce qu'on ne communique pas uniquement avec les mots.

    Une nouvelle culture

    Les nouveaux médias ont fait naître de nouveaux messages. Bref, une nouvelle culture s'est créée. Depuis la mort de McLuhan en 1980, nous avons assisté à l'avènement d'une gamme de technologies entièrement nouvelles. Imaginez un instant à quel point le monde était différent il y a seulement vingt ans. Le lancement d'un satellite faisait la première page des journaux, et le PC n'existait pas encore. Il n'y avait pas de fax ni de messagerie, et le magnétoscope était encore un rêve. Une calculette coûtait dans les 400 Dollars, et les élèves se servaient encore de la bonne vieille règle à calcul. La télévision par câble était une nouveauté et devait faire sa place au soleil face à la réception hertzienne. Pas de CNN. Pas de virements bancaires électroniques. Toutes les vieilles technologies qui passionnaient McLuhan sont encore avec nous, mais, la Terre ayant continué à tourner au cours des quinze dernières années, elles sont au coeur d'une nouvelle série d'interrogations. Même si les écrits de McLuhan ne donnent pas la réponse à ces nouvelles questions, on peut même aujourd'hui - adopter sa méthodologie, qui reste d'actualité.

    Voilà qui explique le renouveau d'intérêt pour le travail de Marshall McLuhan. Une nouvelle génération, passionnée des nouvelles technologies et libérée des contraintes de l'opposition à laquelle McLuhan devait faire face dans les années 1960 et 1970, a fait de lui un gourou. Si elle se rend compte à peine aujourd'hui que le village planétaire est une réalité, c'est qu'elle est en retard. McLuhan, lui, n'était pas en avance sur son temps, seulement sur ses contemporains. Et puisque personne ne s'intéresse à la façon dont les nouvelles technologies peuvent transformer, voire dévaster, une culture, il conserve une marge de trente ou quarante ans.

    Des techniques et des hommes

    Selon McLuhan, les interactions entre les gens évoluent à mesure que de nouvelles technologies apparaissent et que les anciennes deviennent obsolètes. Toute nouvelle technologie apporte avec elle un ensemble de services et de contraintes sans lesquels elle ne peut fonctionner. Ainsi se crée une nouvelle réalité qui S'impose à la société, quel que soit l'usage qui est fait du support en question, et quel qu'en soit le contenu.

    Prenez l'exemple de la voiture. L'usage qu'on en fait n'est pas important en soi. Mais des voitures, cela implique des routes, du carburant, de la pollution atmosphérique, des constructeurs et des concessionnaires, des agents de la circulation et des parkings. La voiture est déterminante également dans le travail et les loisirs des gens. Elle contribue au déclin des villes et à la création des banlieues.

    Tel est le "medium" de la voiture, et aussi son "message" pour la société qui l'adopte. Pour résumer, toute nouveauté technologique transforme la société au point de lui imposer une nouvelle culture. La "culture de la voiture" diffère radicalement de la "culture-d'avant-la-voiture". L'avènement de la culture Internet. ou celle qui va se créer à partir des nouveaux médias, pourrait bien de la même façon s'avérer totalement différente de celle qui l'a précédée. McLuhan pensait que toute nouvelle technologie humaine venait prolonger ou amplifier une fonction humaine qu'il s'agisse d'un sens, d'un organe ou d'un membre. C'est ce qui les rend "humaines". "L'ordinateur est sans aucun doute le plus extraordinaire de tous les accessoires technologiques jamais conçus par l'homme puisque c'est un appendice du système nerveux" écrivait-il dans Guerre et paix dans le village planétaire, publié en 1968.

    La massue est la prolongation du bras, les balles sont une extension des dents (elles mordent) l'assiette creuse remplace les mains en cornet, et les vêtements sont une deuxième peau. L'écriture qui renforce la vue par rapport aux autres sens, est peut-être responsable de la mort de la tradition orale. L'écriture maîtrisée. le discours est devenu une forme d'expression artistique, appelée art oratoire. Mais l'alphabétisation a eu raison du monopole du savoir dont jouissait l'élite littéraire. Aujourd'hui, c'est l'ordinateur qui donne à la télévision ses lettres de noblesse, comme la télévision dans les années 1950 a changé notre rapport avec la chose filmée.

    Eric McLuhan

    Eric McLuhan fils de Marshall. Auteur et spécialiste des médias, vit à Toronto, au Canada., USA

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