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    Société

    Marrakech: Quelle vie de chien, pardon, d’enfants des rues!

    Par L'Economiste | Edition N°:2694 Le 17/01/2008 | Partager

    . L’association Al Karam tente de les réintégrer dans la vie sociale. Rares sont les cas qui y parviennent. L’ONG en manque d’infra-structures LA plupart sont à peine sortis de l’enfance. Mais ils ont déjà beaucoup vécu. «Ils», ce sont ces jeunes errants que l’on voit sillonner les rues de Marrakech, jour et nuit. Ils n’ont plus de foyer; leur seul toit, c’est «l’hôtel Moulana», comme ils disent. En clair, la belle étoile. L’école, c’est de l’histoire ancienne. Beaucoup ne savent même pas ce que c’est. Difficile de ne pas les voir: on les reconnaît à leurs vêtements sales et leurs yeux dilatés par la colle qu’ils sniffent à longueur de journée. Parfois, ils en oublient même de manger tant ils sont dépendants à la drogue. Leur vie est gâchée. Et à l’adolescence, ils pensent que leur avenir est derrière eux. Laissés pour compte de la société, exclus de leur famille, ils doivent lutter pour survivre. La rue, c’est la jungle. Le phénomène des enfants de la rue prend de l’ampleur à Marrakech, moins qu’à Casablanca certes, mais avec autant d’acuité. Et les risques sont tout aussi grands. Vivant de mendicité ou de «jobs» improvisés en vendant des kleenex aux alentours des lieux touristiques et des restaurants, ils vivent avec l’angoisse au ventre. Combien sont-ils? On ne sait pas vraiment car des statistiques officielles, il n’y en a pas. Mais on estime que le Royaume compte 500.000 mendiants. Pour le cas de Marrakech, on pense qu’ils sont un millier de jeunes à vivre dans la rue. «Il est difficile de donner des chiffes précis», indique Karima Mkika, présidente de l’association Al Karam. «Il faut faire la différence entre les enfants vivant dans la rue en permanence et ceux qui y travaillent mais rentrent chez eux le soir», précise-t-elle. Pour ceux qui ont la rue pour seul foyer, leur histoire est souvent la même. Selon les enquêtes réalisées par les éducateurs de l’association, 60 % des enfants bénéficiant du programme ont été élevés par un seul parent suite à un divorce, ou parce que le père est inconnu ou décédé. 40 % ont été élevés par les deux mais souvent en présence d’un père violent, alcoolique ou démissionnaire.Leur âge varie entre 8 et 17 ans, leur niveau scolaire ne dépasse pas la 4ème année primaire. 20% n’ont jamais mis les pieds à l’école. La majorité est issue de la ville, le reste vient des campagnes environnantes. La plupart d’entre eux vivent en majorité en groupe. Rares sont solitaires. Beaucoup vivent de la mendicité et de petits boulots. Privés de famille et d’encadrement, ils se retrouvent jetés à la rue, un espace de liberté et de danger à la fois. Touchée par leur détresse, Karima Mkika a décidé de réagir. La création de son association en 1997 est la première du genre dans la région. Cela n’a pas été une tâche facile. Mais aujourd’hui, Al Karam a ouvert deux antennes, dans la capitale du tourisme et à Safi. L’objectif est d’offrir à ces enfants des chances de réinsertion sociale. Dans une société qui les a brisés avant de les rejeter. Il s’agit aussi de les protéger contre toutes formes d’exploitation auxquelles ils sont confrontés. L’association Al Karam, reconnue d’utilité publique et soutenue par plusieurs organisations bienfaitrices dont la fondation Mohammed V, en sait quelque chose. Plusieurs soirs par semaine, ses éducateurs font la tournée des rues, notamment dans les points chauds de la ville. «Les endroits les plus fréquentés par les gosses sont la médina, les sites touristiques et le Guéliz. Bref, là où se concentrent les touristes ou tout simplement la foule», indique Amine, éducateur. Autre lieu très fréquenté par ces enfants, la gare routière de Bab Doukkala. «Cherchant de quoi survivre, ces enfants finissent par se détruire. Ils commencent par sniffer de la colle pour oublier la faim et le froid. Puis, ils se tournent vers des drogues plus dures». Et pour s’en procurer, la «manche» est le seul moyen qu’ils connaissent. Un gamin dans la rue se fait jusqu’à 400 DH/jour. Difficile alors de lui proposer autre chose. «Beaucoup refusent notre programme. Certains ne veulent même pas entendre parler de l’association», ajoute cet autre éducateur. Pour ceux qui acceptent qu’on leur tende la main, l’association propose le gîte et le couvert. Et des formations à la carte. Les assistantes sociales et les psychologues tentent de retisser les liens avec la famille. Ce n’est pas évident car, justement, c’est parce que leur famille va mal qu’ils l’ont quittée. «Mais n’empêche, on tente le tout pour le tout. Certains enfants sont retournés chez eux et ont décidé d’affronter la situation. Seulement, un suivi s’impose et il faut mener un travail de sensibilisation, en amont, avec les parents», explique la présidente. Le film Ali Zaoua, de Nabyl Ayouch, a contribué, un temps, à sensibiliser la population. Mais pour les membres de l’association, il ne faut pas relâcher les efforts car une société qui jette ses enfants à la rue, ne peut être digne. Au quotidien, travailleurs sociaux et bénévoles sillonnent les rues et incitent les jeunes à venir chez eux. Il s’agit de les mettre en confiance d’abord. A Al Karam, on commence donc par des activités ludiques, éducatives et sportives organisées dans la rue, histoire de briser la glace. Et ce n’est qu’après que les éducateurs proposent un séjour au centre selon les cas. «Une fois arrivé à ce stade, on les écoute, sans les juger. C’est très important!», analyse une des psychologues du centre. D’ailleurs, les enfants d’Al Karam ne séjournent pas tous dans les centres de l’association: «Par manque de place et de moyens, nous n’hébergeons que les cas les plus vulnérables. C’est-à-dire ceux qui sont sans famille ou placés par décision judiciaire. La priorité est également accordée aux plus jeunes. Moins l’enfant passe de temps dans la rue, plus les chances de réinsertion sont grandes», indique Karima Mkika. A noter aussi que l’association mène un programme au sein des écoles et des collèges de Marrakech et Safi, en partenariat avec les enseignants, parce que la réintégration sociale passe aussi par la scolarité.


    Exploitation

    EN plus de la mendicité, plusieurs autres formes d’exploitation guettent les enfants qui errent dans la rue. Souvent, d’ailleurs, ils sont victimes de violences de toutes sortes. Parmi les risques encourus, la prostitution et l’utilisation par des réseaux de dealers. Beaucoup sont aussi recrutés pour travailler au profit de gros bonnets industriels ou commerciaux. Ainsi, sont-ils recrutés pour vendre des kleenex et autres babioles dans les carrefours de la ville. «On ferme les yeux sur les secteurs et des filières qui continuent à faire travailler des enfants. A Marrakech, par exemple, les petites mains continuent à faire les beaux jours de l’artisanat. «Les droits les plus élémentaires de l’enfant sont constamment bafoués», commente cette militante des droits des enfants.


    Une structure pour mieux les protéger

    . Un projet mené par plusieurs partenaires. Mission: Assistance à l’enfance en danger LA mise en place de l’Unité de protection des enfants (UPE) de Sidi Youssef Ben Ali est considérée comme l’une des actions phares de l’année dernière. Cette structure a été en effet constituée pour faire face au phénomène croissant des jeunes errants. Karima Mkika, présidente de l’association Al Karam, en est la secrétaire générale. A noter que la création de l’UPE est le fruit d’un partenariat entre le ministère du Développement social, de la Famille et de la Solidarité, l’Unicef et l’INDH. D’autres unités sont prévues à l’échelle du Royaume. Les UPE ont pour mission d’assurer un accueil et une écoute permanents aux enfants victimes de violence, de les orienter, avec leurs tuteurs, vers des intervenants spécifiques (médecins, juges, etc.), de leur offrir une assistance médicale, psychologique, juridique et sociale et de les assister dans toutes leurs démarches, avec un suivi permanent. Elles peuvent aussi intervenir dans la médiation ou la résolution des sources de conflit. Pour plus d’efficacité, les unités contribuent à des actions d’information et de sensibilisation aux droits des enfants. Par ailleurs, des partenariats avec des ressources externes, notamment des médecins, avocats, psychologues, seront établis. Première du genre à l’échelle nationale, l’UPE de Marrakech a ouvert ses portes en 2007 comme expérience pilote et une réponse de proximité en matière de lutte contre la violence.Moins de 8 mois après sa création, la cellule a enregistré une cinquantaine de cas. Mais c’est loin de refléter la réalité. En effet, il est difficile pour des enfants violentés d’aller dénoncer les actes devant des étrangers. Aussi, il est prévu d’accompagner les actions de l’UPE par des campagnes de communication et de sensibilisation. Une condition sine qua non si l’on ne veut pas que l’initiative soit vouée à l’échec.De notre correspondante,Badra BERRISSOULE

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