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    Economie

    Maroc-UE : Manuel Marin évalue les conséquences de l'accord

    Par L'Economiste | Edition N°:231 Le 23/05/1996 | Partager

    Il y a près de sept mois que le Maroc et l'Union Européenne ont signé l'accord d'association qui, entre autres, libéralise progressivement le commerce entre les deux rives de la Méditerranée. Cet accord a suscité de nombreuses polémiques en Espagne, craignant qu'il permette l'exportation vers les Quinze d'importants contingents de fruits et légumes sans droits de douane. Manuel Marin nous livre son analyse de la situation.

    - L'Economiste: Ces campagnes contre l'accord d'association ont été largement relayées par le Parti Populaire, à l'époque encore dans l'opposition. Lors de sa campagne électorale et dans son programme, le PP a ensuite fait de la "défense des intérêts des Espagnols" une véritable bannière... Pensez-vous que, maintenant que José Maria Aznar est au gouvernement, la politique euro-méditerranéenne pourrait faire marche-arrière?
    - M. Manuel Marin: Non. C'est facile de faire des déclarations de ce type... mais cela ne sert à rien parce qu'en ce qui concerne l'accord d'association et la politique euro-méditerranéenne en général il s'agit de décisions politiques déjà prises par consensus et de caractère structurel. Normalement ces normes doivent se maintenir parce qu'il y a des intérêts globaux en jeu qui affectent toute la Communauté européenne, et pas seulement l'Espagne.

    Mise en route dès cette année

    - Etes-vous satisfait de l'attitude du Maroc lors de ces premiers mois de fonctionnement de l'accord d'association?
    - Nous sommes satisfaits du démarrage. Nous attendons maintenant de la part des autorités marocaines une série de données qui se réfèrent à l'aspect le plus important de cet accord: le programme d'ajustement structurel que le gouvernement marocain est en train de mener à bien et les premières aides massives que l'UE va apporter directement au budget marocain pour une valeur d'environ 100 millions d'Ecus. C'est une opération très délicate et nous sommes en pleines négociations. Mais la confiance règne et je pense qu'à partir du second semestre, cette partie de l'accord pourra se mettre en route.

    - Quels sont les réels effets pour la campagne espagnole de ces premiers mois de "libéralisation" commerciale partielle?
    - L'application concrète du nouveau système prévu dans l'accord d'association a démontré que les craintes suscitées pendant les négociations, qui provoquèrent une grande crispation, particulièrement dans le Sud de l'Espagne, en Andalousie, étaient infondées. Le secteur l'a prouvé: cette année, l'application de l'accord n'a pas empêché les exportateurs espagnols de fruits et légumes de battre un nouveau record de participation dans le marché communautaire. Les agriculteurs n'ont donc pas souffert des pertes qu'ils imaginaient. Et c'était prévisible puisque les quotas négociés avec le Maroc étaient loin de constituer le danger qu'avait annoncé les organisations agricoles espagnoles.

    - Comment expliquez-vous alors toute cette agitation sociale pendant les négociations et cette vindicte verbale contre la Commission et contre le Maroc?
    - Certaines organisations agraires ont mené de véritables campagnes destinées à semer la panique et faire croire que cet accord allait provoquer un véritable cataclysme dans les campagnes espagnoles. Ensuite la réalité a démontré que ce n'était qu'une invention. Ce contexte de crispation -où il n'y a pas de dialogue possible entre les parties mais seulement insultes et mensonges- a rendu les négociations extrêmement difficiles, or l'enjeu -l'ouverture de l'UE sur la Méditerranée- était stratégique et très important pour le futur de la région.

    - A l'avenir, l'augmentation de ces quotas d'exportation ne pourrait-il pas réellement mettre en difficulté le secteur agricole européen?
    - Oui, il y a des risques. Mais l'accord prévoit que cette évolution soit progressive. Le Maroc pourra effectivement exporter de plus en plus. Mais pour éviter les distorsions du marché, toute une série de mécanismes ont été mis en marche pour que la production communautaire et essentiellement celle du Sud -l'Espagnole, la Portugaise, l'Italienne, la Française et la Grecque- ait un appui de la part du budget communautaire que les autres n'ont pas -et c'est important- qui lui permette progressivement de remplacer les autres productions du Nord de l'Europe.

    - Mais les producteurs du Nord de l'Europe ont aussi réagi à l'accord avec le Maroc. En quoi sont-ils affectés?
    - En fait ceux qui vont réellement ressentir les effets de l'accord d'association et de la politique méditerranéenne de l'UE sont les producteurs du centre et du Nord européens... Ce n'est pas un secret, mais simplement la logique économique du marché. Les producteurs de Belgique, de Hollande et d'Allemagne auront de plus en plus de difficultés à produire certains légumes "méditerranéens"... De la même manière que pour des raisons de climatologie et de situation géographiques évidentes, ces pays du Nord seront toujours plus compétitifs pour des produits "continentaux" comme le lait, la viande et les céréales. C'est la logique du marché.

    Arbitrage interne

    - Comment expliquez-vous alors que la Commission prétende réduire les aides aux agriculteurs européens du Sud au lieu de les augmenter. Lors des négociations actuelles pour la réforme de l'Organisation du Marché Commun (OMC), Bruxelles propose d'augmenter le nombre de produits qui ont droit aux subventions sans augmenter le budget général, ce qui revient à réduire les aides aux producteurs.
    -
    Il s'agit seulement de faire un "arbitrage interne" dans la politique agricole commune qui est en processus de réforme. Nous n'avons pas le choix: il faut avancer dans cette réforme qui nous est imposée par l'Organisation Mondiale du Commerce et le GATT. Selon ces accords, la politique agricole commune doit progressivement s'adapter aux mécanismes du marché, ce qui impose notamment que les aides agricoles soient réduites de 30% dans les prochaines années.
    Mais, on ne peut pas rompre les mécanismes de solidarité de la PAC en 48 heures! Le problème c'est donc administrer ces aides de manière à ce que les changements structurels dans le monde agricole se fassent de la manière la plus harmonieuse possible. Pour ce qui est de la politique méditerranéenne, par exemple, nous avons prévu une période transitoire de dix à quinze ans, le processus peut donc durer toute une génération.

    - Revenons à l'accord d'association avec le Maroc. Selon votre analyse, donc, les bons résultats commerciaux du secteur prouvent que les peurs des agriculteurs espagnols étaient tout à fait infondées?
    - Qu'il existe de la part de l'agriculteur des réticences par rapport à ce phénomène, je le comprends tout à fait. Et qu'il y ait risques pour les secteurs moins dynamiques, je ne le nie pas. Mais il faut adopter une mentalité positive, accepter que les conditions du marché avec la globalisation de l'économie sont différentes et que les difficultés sont inoxérables. A partir de là, il faut mettre à profit la période transitoire de dix-quinze ans pour mener à bien cette évolution structurelle nécessaire et se préparer pour le XXIème siècle. C'est pour cela aussi que je suis partisan de la création en Espagne d'organisations professionnelles puissantes qui puissent assumer une série de décisions importantes pour le secteur.

    - Il y a des agriculteurs, coopératives et entreprises, espagnols qui se préparent déjà pour le changement, qui créent de nouveaux produits. Anecoop, par exemple, vient de commencer la commercialisation de pastèques sans pépin...
    - Evidemment qu'il y a des choses qui se font et qu'il y a effectivement des gens très solides et très efficaces dans ce secteur. La preuve est qu'en moins de dix ans les exportations de fruits et légumes espagnols vers l'UE ont triplé. Ce qui démontre que le secteur peut être compétitif!

    Propos recueillis par Pascale BOURGAUX

    * Manuel marin, commissaire européen responsable des relation avec la Méditerranée et le moyen orient et vice président de la Commission Européenne.

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