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    Economie

    Maroc-UE : L'Espagne au premier rang européen de l'accord d'association

    Par L'Economiste | Edition N°:204 Le 16/11/1995 | Partager

    De notre correspondant particulier à Madrid,
    Olivier Brouet

    L'accord d'association entre le Maroc et l'Union Européenne touche particulièrement l'Espagne, au travers de ses agriculteurs et de ses pêcheurs.


    Des pays européens concernés par le double accord historique entre le Maroc et l'Union Européenne -l'accord d'association de samedi et la finalisation des négociations sur la pêche, lundi- l'Espagne est indéniablement la plus touchée. Tomates, oranges, clémentines, poulpes, calamars, crevettes nombreux sont les secteurs d'activité affectés.
    Affectés? Dès l'annonce de l'accord, des groupements de défense des intérêts des agriculteurs ont exprimé leur rejet. L'Union des Agriculteurs et Eleveurs (UAGA) annonçait dès samedi des manifestations en Andalousie. Le Bureau Interprofessionnel Horti-fruticole en appelait à la population d'Alméria pour un soutien aux vingt-quatre heures de débrayage des travailleurs agricoles programmées pour le mercredi 15 novembre. Enfin, l'organisation Asaja, chiffrant les pertes provoquées par l'accord à 75 milliards de Pesetas, annonçait lundi son intention d'organiser des manifestations à Barcelone, les 27 et 28 novembre, dans le cadre de la Conférence euro-méditerranéenne.
    Mais quelles sont réellement les répercussions de l'accord d'association sur l'agriculture espagnole? Deux créneaux sont plus particulièrement exposés, la tomate et les agrumes. Au travers de l'accord d'association, le Maroc a obtenu une augmentation de ses contingents d'exportation vers les Quinze de 4.000 tonnes pour les oranges, 26.800 pour les clémentines et de 15.000 pour les tomates. Des chiffres qui doivent être remis dans leur contexte; la production européenne d'oranges dépasse les cinq millions de tonnes, alors que l'Espagne produit près de 1,4 million de tonnes de clémentines et exporte environ 700.000 de tomates.

    Les pêcheurs retournent en mer


    Sans nul doute, le dossier le plus chaud demeurait celui de la pêche, comme en témoignent les sept mois de négociations tendues et jalonnées de troubles sociaux de l'autre côté du Détroit de Gibraltar.
    D'après les calculs du Ministère espagnol de l'Agriculture, la flotte espagnole verra baisser ses droits de pêche, calculés en tonnes brutes enregistrées, de 23,7% par rapport aux droits de la dernière année d'application de l'accord précédent. Plus concrètement, une centaine de bateaux espagnols (sur les 650 qui possédaient une licence pour pêcher dans les eaux marocaines) seraient directement menacés.
    Le plus gros problème est celui des céphalopodes (poulpes et calamars). L'accord signifie une baisse de près de 40% des droits d'ici à 1999, à laquelle il faut ajouter l'obligation de débarquer un tiers des prises dans les ports marocains. En première ligne, les gros navires galiciens et canariens concentrés dans ce secteur d'activité. C'est de ces régions qu'il faut attendre la plus forte résistance à l'accord.
    Les ports d'Alméria, Malaga, Cadiz et Alicante seront également affectés par la diminution des droits sur la pêche à la crevette (-27,34% sur quatre ans). Tout comme les ports de Ribeira, La Guardia et Algesiras le seront par la baisse des droits sur le colin (-20% sur quatre ans).
    Enfin, il faut épingler la note positive pour les ports de Huelva, Barbate, Las Palmas et Cadiz qui bénéficieront de diverses augmentations de droits, notamment pour la pêche artisanale (+8,13%) ou celle du colin noir (+63,4%).

    Satisfaction largement partagée


    "Ce n'est pas un grand accord, mais c'est le meilleur que nous pouvions espérer". Au sortir de l'entrevue d'information que le secrétaire général à la Pêche, José Loira, avait organisé à Madrid, mardi, à l'attention des principaux intéressés (armateurs et pêcheurs des différentes régions du pays), Jésus Muniz, président de la Confédération Nationale des Cofradias (association de pêcheurs) affichait sa satisfaction. "Nous avons tous remercié les négociateurs gouvernementaux pour leur travail () Nous avions en face de nous un opposant décidé. Certains pays, comme le Maroc, se sont rendu compte des richesses de leurs ressources de pêche. On ne peut pas leur reprocher de vouloir en profiter".
    Restait pour Jésus Muniz et ses confrères à régler quelques menus détails, comme celui des interruptions biologiques normalement programmées pour les mois de janvier, février et mars, selon les espèces. "Pour moi, poursuivait Jesus Muniz, on ne peut réellement parler d'interruptions biologiques puisqu'elles ne s'appliquent pas aux Marocains. Et puis il y a déjà eu sept mois d'interruptions, cela suffit. Vous comprenez, on peut difficilement armer un bateau pour un mois (les bateaux espagnols devraient accéder aux zones de pêche marocaines dès le 1er décembre, NDLR). Cela coûte trop cher". La discussion était ouverte; le thème était au menu de la visite du ministre espagnol des Affaires Etrangères, Javier Solana, à Rabat, mercredi.
    Dans les sphères gouvernementales, on ne cachait pas le soulagement. Un pas important a été franchi. L'Espagne, principal partisan de l'accord d'association avec le Maroc au sein de la Communauté, tend aussi à devenir son premier partenaire commercial. Plus de 800 entreprises ibériques sont déjà installées au Maroc pour un investissement dépassant les 50 milliards de Pesetas. Peu citées par les médias locaux, les retombées de l'ouverture du marché marocain aux produits, services et investissements européens sur l'économie espagnole font se frotter les mains à plus d'un entrepreneur.

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