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    Economie

    Maroc-UE : Le nouvel accord de pêche sera le dernier

    Par L'Economiste | Edition N°:204 Le 16/11/1995 | Partager

    Après plus de 6 mois de négociations, le nouvel et dernier accord de pêche vient enfin d'être signé le 13 novembre entre le Maroc et l'UE. Il marque un tournant dans les relations entre les deux parties. Le ministre des Pêches révèle le contenu de cet accord.


    - L'Economiste: Que pouvez-vous nous dire sur le nouvel accord de pêche avec l'Union Européenne?
    - Mostapha Sahel: Les négociations ont commencé en réalité avec une révision à mi-parcours du précédent accord. Notre demande de réexamen de cet instrument a abouti à l'écourter d'une année et à l'ouverture de discussions serrées sur l'établissement de nouvelles relations de pêche avec l'UE conformes aux règles du nouveau droit international de la mer. Aussi l'accord de pêche qui vient d'être paraphé au terme de négociations laborieuses traduit-il la volonté politique du Maroc d'entamer une nouvelle phase de la politique de gestion de ses ressources pour en assurer l'exploitation rationnelle et durable par le secteur national, appelé à jouer un rôle encore plus important dans l'économie de notre pays.
    Mais si la priorité reste toujours la conservation du patrimoine biologique marin et le développement du secteur national des pêches, il fallait également accorder, sous certaines conditions, aux flottes européennes, le moratoire nécessaire pour leur restructuration et leur redéploiement vers d'autres zones de pêche. En fait, le Maroc et l'UE ont réussi au cours de ces derniers mois à se démarquer d'une vision étriquée de la coopération halieutique allant bien au-delà des formules classiques et obsolètes de l'octroi de possibilités de pêche en contrepartie d'une compensation financière. En effet, l'accord qui vient d'être paraphé ne prévoit pas de dispositif de renouvellement. L'objectif à terme, escompté au travers de cette nouvelle approche, étant une pleine exploitation de nos ressources par les moyens nationaux.

    Réduction de 40, 34 et 20%


    - Le Maroc avait demandé une réduction importante de l'effort de pêche communautaire. Qu'en est-il dans le nouvel accord?
    - Dans le cadre de ce nouvel accord, les trois pêcheries principales verront cet effort s'alléger progressivement pour atteindre une réduction de 40% pour les navires céphalopodiers dont le tonnage va passer de 33.200 TJB à 19.900 TJB lors de la dernière année. Cette réduction est de l'ordre de -34% pour les chalutiers crevettiers et -20% pour les palangriers. C'est ainsi que le tonnage des crevettiers passera de 12.424 TJB à 8.200 TJB. Pour cette pêcherie, la réduction est en réalité plus importante (-53%), si l'on tient compte des possibilités de pêche offertes par l'ancien accord, soit 17.500 TJB. En ce qui concerne les palangriers, le tonnage passera de 10.400 TJB à 8.240 TJB.

    - Prévoit-on d'autres cas de réduction de l'effort de pêche pour d'autres espèces?
    - Oui, le nouvel accord prévoit également le transfert des senneurs européens (grands sardiniers) qui pêchent entre Tarfaya et Agadir vers le Sud de Boujdour et au-delà de 15 miles. Dans l'immédiat, 9 de ces 11 senneurs sont concernés et 2 unités de moindre importance seront transférées ultérieurement. Ces transferts vont permettre de dégager plus de 200.000 tonnes de sardines en faveur de la pêche côtière marocaine. Ils vont entraîner en conséquence une réduction de la concurrence entre les pêcheries marocaines et européennes. Il faut rappeler que les pélagiques représentent 80% des prises marocaines et constituent le principal support de l'activité de la conserve nationale.
    Par ailleurs, l'effort de pêche en Méditerranée sera réduit d'une manière significative. C'est ainsi qu'au terme de la 4ème année de l'accord le nombre de senneurs passera de 17 à 2 unités; celui des palangriers de 7 à 4 unités, les chalutiers seront réduits de 49 à un maximum de 15 unités, étant donné la fragilité de cette pêcherie méditerranéenne.

    6,3 milliards de DH en 4 ans


    - Qu'en est-il des débarquements obligatoires des produits de la pêche communautaire?
    - L'obligation des débarquements concernera 30% de la pêche céphalopodière et s'effectuera d'une manière progressive. De plus, un système incitatif sera instauré d'une manière générale pour attirer davantage de navires européens dans nos ports. Il prendra la forme de réduction sur les redevances. Je suis certain que ce dispositif d'encouragement permettra un débarquement encore plus important et générera un accroissement de l'activité au niveau des ports et au profit des régions concernées.
    En outre, il faut signaler le renforcement du contrôle par des observateurs scientifiques marocains à bord des navires européens, avec des possibilités même d'assister aux débarquements des captures à Las Palmas. De même, les deux parties ont convenu d'initier un projet pilote pour le suivi des activités de pêche par satellite ce qui permettra de renforcer également la coopération pour la prévention et la lutte contre la pêche illicite.

    - Quel est le montant de la compensation financière prévue pour les possibilités de pêche offertes?
    - Elle a été arrêtée à 125 millions d'Ecus par an, alors qu'elle n'était que de 102 millions d'Ecus dans le précédent accord, soit une augmentation de près de 23% pour des possibilités de pêche en diminution par rapport à celles de l'ancien accord. Par ailleurs, les redevances vont connaître une augmentation de 5% par an; ceci étant, au terme de l'accord, la contribution totale versée au Maroc par l'Union et les armateurs européens atteindra 6,3 milliards de DH.

    Accord d'association et accord de Pêche


    - Quelles vont être les conséquences de ce nouvel accord sur le secteur de la pêche?
    - Le nouvel accord va nous permettre de mettre en oeuvre la stratégie de développement durable de notre secteur des pêches dans ses différentes composantes qui ambitionne d'atteindre à l'horizon 2000 un chiffre d'affaires à l'exportation de l'ordre de 1 milliard de Dollars.
    Une attention particulière sera accordée à la recherche scientifique pour une évaluation et un contrôle permanents de notre patrimoine halieutique. La formation tiendra également un rôle de premier plan dans cette stratégie afin d'accompagner le plan de restructuration et de modernisation de la flotte qui vise une meilleure rentabilité des outils de production.
    De même, l'infrastructure portuaire connaîtra une amélioration substantielle. Il est prévu à cet effet une enveloppe globale de 700 à 800 millions de DH, sans compter le coût de construction du port de Dakhla estimé à 600MDH.

    - Pourquoi a-t-on lié l'accord de pêche à l'accord d'association pour la conclusion finale?
    - Les accords de pêche et d'association sont deux exercices juridiques distincts. L'accord de partenariat et d'association s'effectue dans un cadre régional méditerranéen. Alors que la pêche est une relation bilatérale Maroc/UE. Les démarches sont différentes, c'est la raison pour laquelle les négociations ont été menées en parallèle. Ceci dit, la concomitance des dates et le fait que les intérêts globaux doivent être appréciés de part et d'autre font qu'à un moment donné il est évident qu'il y a eu une jonction entre les deux dossiers. Cette démarche avait pour but de tenir compte des intérêts globaux du Royaume, ce qui a permis de donner une nouvelle dynamique aux négociations et d'aboutir à la conclusion d'un accord de pêche et d'un accord de partenariat fructueux et ambitieux avec l'UE.

    Propos recueillis par Fatima MOSSADEQ

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