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    Maroc Telecom: A onze jours du gong, fortes interrogations et grosses batailles de coulisses

    Par L'Economiste | Edition N°:913 Le 11/12/2000 | Partager

    . Il n'y aura pas de report du délai, mais l'état du marché international est préoccupant. Jusqu'au 20 décembre, toutes les surprises sont possibles sur les candidats potentiels et les prix, les pires comme les meilleures. Enjeu vital pour les finances publiques: l'échec serait catastrophiqueAlors qu'il ne reste plus que onze jours pour la remise des offres, le monde des télécoms et de leurs financiers s'agite autour de la cession de 35% du capital de Maroc Telecom.Pour le vendeur, l'Etat marocain est important: le budget de 2001 repose largement sur cette recette dont le minimum est fixé à 2 milliards de Dollars.La loi sur le transfert des entreprises publiques est claire dans ce domaine: si le prix minimal n'est pas atteint, l'opération devra être relancée. Mais le coup serait politiquement très dur.Pour les finances publiques, l'enjeu est très important, voire vital, puisque, sans la privatisation de Maroc Telecom, le déficit deviendrait spectaculaire: Il devrait atteindre entre 6 et 10% du PIB, selon les analystes. Cette privatisation constitue une bouée de sauvetage devant permettre de contenir le déficit à 3% du PIB, soit 2,16 milliards de DH, selon les données du projet de Loi de Finances, qui vient d'être discuté au Parlement. Un report de l'opération déséquilibrerait grâvement les finances publiques au point de remettre l'Etat marocain dans la situation où il se trouvait en 1983. Inversement et compte tenu du type de dépenses choisi par le gouvernement d'alternance, une divine surprise ne mettrait que passagèrement les finances publiques à l'abri du déficit.Le fait que cette recette soit déjà budgétée avec en face de fortes et indispensables dépenses affaiblit la position du vendeur. C'est ce que font remarquer de nombreux experts, qu'ils soient proches des acheteurs éventuels ou qu'ils soient de simples observateurs. Pour eux, l'Etat a fait passer un message embarrassant dont les acheteurs ont l'air décidé à profiter: «J'ai absolument besoin de 2 milliards de Dollars, donc c'est le prix que vous devez offrir«. Les offres risquent donc d'être groupées entre 2 et 2x où x serait très petit. Ce serait alors l'inverse de la situation de la 2ème licence GSM en 1999, où les offres ont été très différentes les unes des autres: le niveau des enchères et les différences entre elles ont surpris tout le monde.. Baisse forte des marchés financiersTout à fait naturellement, les acheteurs éventuels font savoir que le prix minimum de Maroc Telecom est beaucoup trop élevé: quel acheteur dirait que ce qu'il désire n'est pas assez cher?Cependant, l'argument a pris du poids ces derniers mois. En effet, depuis le printemps 2000, les données mondiales sur les télécoms ont très largement évolué: les baisses moyennes des valorisations boursières de ces entreprises sont de l'ordre de 40%. La boule spéculative du printemps s'est dégonflée très brutalement et les cours demeurent sujets à de violentes variations d'un jour sur l'autre. La dévalorisation en bourse de Télénor (candidat possible pour Maroc Telecom), lors de son introduction ou le prix que France Telecom (candidat certain) devra décaisser pour le rachat d'Orange risquent de leur faire perdre de leur capacité à répondre positivement à l'appel d'offres. Les télécoms ont beaucoup perdu de leur valeur et les licences UMTS (mobile troisième génération) sont plus en vogue. Résultat, le prix demandé par la commission d'évaluation est jugé trop élevé par les candidats. Au printemps, il se disait sans surprendre que Maroc Telecom pouvait valoir jusqu'à 8 milliards de Dollars, ce qui mettait les 35% à 2,8 milliards de Dollars. Si l'on appliquait arbitrairement la baisse de 40% à Maroc Telecom, alors le prix serait de 1,6 milliard de Dollars, auquel cas, l'opération ne pourrait plus se faire dans les délais prévus. Cependant, c'est un calcul qui n'a pas vraiment de sens, car les actions de Maroc Telecom ne sont pas sur les marchés boursiers mondiaux. Le lien avec l'extérieur n'est pas à ce niveau. En revanche, il existe indirectement à travers les sociétés candidates. Celles-ci ont été victimes de la décote. En perdant de leur valeur boursière, elles ne perdent pas leur valeur intrinsèque, elles perdent de leur capacité d'emprunt. Or, l'achat de Maroc Telecom ne se fera pas par échange d'actions, mais par paiement. Aussi, les capacités d'emprunt des acheteurs sont-elles un facteur important pour qu'ils décident du niveau de leur offre. «Nous sommes vigilants et nous avons bien mesuré que les marchés financiers se sont dégradés«, explique une source autorisée au sein du Comité de Suivi, «néanmoins, l'entreprise Maroc Telecom reste une très bonne société«. Les bénéfices de Maroc Telecom ont en effet explosé malgré les investissements et les batailles commerciales avec son concurrent, Méditel.La même source dément avec vigueur les rumeurs selon lesquelles que le délai de remise serait reporté. «Les réunions que nous avons sont des réunions constantes prévues par les modalités de pilotage« explique-t-elle. Comme d'autres membres du Comité, cette source est irritée de voir se développer rumeurs et fausses informations.Pourtant, c'est de bonne guerre dans toute démarche commerciale et plus le marché est gros, plus les moyens du marchandage sont sophistiqués.Aujourd'hui à onze jours de la remise, il est encore difficile de connaître les prétendants réels. Les rumeurs vont bon train et sont sciemment distillées dans le but naturel d'éliminer les concurrents pour se trouver en position de force vis-à-vis du vendeur. Les candidats sûrs sont France Telecom et Vivendi. Les moins sûrs sont Télénor et Telecom Italia. On parle aussi beaucoup de l'arrivée impromptue d'un Asiatique. Khadija MASMOUDI& Fatima MOSSADEQ


    Le calendrier a manqué la «fenêtre«

    Si Maroc Telecom était arrivé sur la marché en janvier 2000 pour être vendu avant la fin du printemps, l'Etat aurait profité d'une fenêtre. La fenêtre est le terme financier désignant une opportunité fugace, brutale, mais dont personne ne sait quand elle va se reproduire. En arrivant à la fin 2000, la fenêtre est manquée. Personne ne peut dire s'il y en aura une autre, encore moins quand.- 1997: Vote de la loi 24-96 sur le transfert de Maroc Telecom;- 1998: Séparation d'Itissalat Al-Maghrib et Barid Al Maghrib;- Mars 1999: Premier bilan comptable de Maroc Telecom en tant qu'entité autonome;- Juin 1999: Premier rapport du commissaire aux comptes;- Octobre 1999: Premier rapport d'audit sur la stratégie de privatisation.Pendant ce temps, l'évaluation de Maroc Telecom a lieu entre septembre 1998 et décembre 1999.Sur les marchés internationaux, les cotations des NTI, dont les télécoms font partie, commencent à augmenter fortement pour culminer au printemps 2000 avec des fusions gigantesques, des valorisations boursières proportionnelles aux... pertes de l'entreprise cotée, etc.- Début 2000: Déclenchement de l'opération Maroc Telecom;- 3 octobre 2000: Après plusieurs reports, l'appel d'offres est lancé;- 20 décembre 2000: Remise des offres. . La concurrence des... rumeursLes grands contrats publics (et même les privés!) nourrissent les esprits créatifs: L'ouverture du capital de Maroc Telecom est donc un merveilleux champ de création: rumeurs et intox se succèdent et se précipitent au fur et à mesure que la date de clôture de l'appel d'offres se rapproche. Chaque signe et chaque non-signe est interprété pour être reconstruit dans des prévisions qui sonnent comme les oracles de la Pythie de Delphes. Ces compétitions de... rumeurs contradictoires naturellement, ne perturbent pas le processus technique mais l'obscurcissent pour l'observateur extérieur. Il en retire parfois l'impression que le marché est bien trouble.La plus forte des rumeurs est que le marché marocain est arrangé pour France Telecom tandis que celui de Tunisie ira à Telecom Italia. La Tunisie est actuellement en phase de déréglementation, là où en était le Maroc il y a trois ans. Ce qui alimente la rumeur en faveur de France Telecom, c'est l'implantation de filiale et partenaire, bien visibles au Maroc: Wanadoo pour le net et Avenir Telecom pour les distributions des appareils. Les rencontres politiques à haut niveau entre la Maroc et la France renforcent cette construction. Néanmoins celle-ci est embarrassée pour expliquer la place à faire à Vivendi, autre français en compétition et qui de fait a aussi droit aux bons soins de son pays d'origine!Rappelons que durant la préparation du marché de la deuxième licence en 1999, France Telecom était aussi donnée gagnant par arrangement politiques préalables... on sait ce qu'il est advenu de cette analyse stratégique sophistiquée: France Telecom a été battue à plate couture par l'espagnol Telefonica associé au groupe financier marocain Benjelloun. Entre eux les concurrents ne se font pas de cadeaux: chacun suggère que les autres se retirent et que lui-même trouve que l'entreprise Maroc Telecom n'a pas grand attrait. Autre champ de créativité: la menace du retrait par le candidat lui-même. Sont alors sujets à contestation les résultats financiers, le nombre d'abonnés, la comptabilité... Viennent aussi s'y ajouter le contenu du cahier des charges, les annexes... L'Economiste a pu vérifier que diverses affirmations se révèlaient sans fondement mais le public qui discute de ce marché n'a pas les même moyens d'investigation! Et puis c'est tellement délicieux, pendant les longs soirs de Ramadan de passer pour un expert d'analyse en nouvelles technologies. oA. Z.

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