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    Economie

    Malgré les ombres : La reprise s'affermit

    Par L'Economiste | Edition N°:250 Le 17/10/1996 | Partager

    Des ombres au tableau pourtant: comment renouer les fils cassés de la sous-traitance qui transitait par les RED (Régime économiques en douane, en particulier celui des admissions temporaires)? Il y a eu une reprise, mais le niveau des flux reste inférieur à ce qu'il était l'année dernière, avant les perturbations de "l'assainissement". De l'avis des opérateurs, il sera très difficile d'aller plus loin: le Maroc n'a pas su préserver son atout fiabilité et rapidité, les donneurs d'ordre sont devenus méfiants et préfèrent la sécurité d'autres partenaires comme la Tunisie, l'Egypte ou la Turquie. Ces donneurs d'ordre ne sont pas vraiment sensibles à la marocanisation du concept de "gentlemen's agreement": "on ne reverra pas de sitôt l'acheteur lambda d'une centrale d'achat qui s'est fait engueuler parce que ses livraisons de Made in Morocco étaient bloquées à Casablanca". Le commerce extérieur va moyennement, avec une petite amélioration du taux de couverture due à la baisse des importations de pétrole au premier semestre. Ce qui aide vraiment la balance des paiements, ce sont les transferts RME, ceux de l'été et ceux des privatisations. Quant aux investissements extérieurs, de catastrophiques au premier semestre, ils reviennent en force durant l'été et s'annoncent bons pour le quatrième trimestre. Un bémol: ce sont les grands programmes publics (OCP, ONE...) et, quand ils sont strictement privés, il a fallu un coup de pouce politique pour les gros qui "font du chiffre" (Daewoo). Les effets d'attraction d'investissements emblématiques comme les concession, joint-venture ou les grands noms comme Daewoo, Thomson... finiront par jouer.
    Les banques marocaines signalent que les investissements restent "timides": "les gens hésitent encore pour passer à l'acte", commente un grand banquier de la place. Taux d'intérêt? Pas vraiment, puisqu'en termes réels le prix de l'argent est bas en ce moment: 4 à 6%. Certes, le Ministère des Finances considère que c'est encore trop élevé et annonce qu'il va réduire ses taux sur ses emprunts, mais valeur aujourd'hui, les banques n'ont pas suivi ses invitations et celles de la Banques centrale à réduire encore les taux.

    Le Trésor a-t-il vraiment les moyens de sa politique de taux sur ces emprunts? Il a au moins les moyens d'essayer de le faire croire. La Banque centrale n'exigera que dans 3 ans le remboursement de son avance conventionnelle de 6 milliards de DH et le tableau de bord du ministre des Finances donne des clignotants inespérés: + 6,7% de dépenses ordinaires au cours des trois premiers mois budgétaires pour des recettes ordinaires à +16%. Ce n'est pas encore l'équilibre, puisqu'au lieu des 4,6 milliards de DH de gap de financement, il ne va manquer que 2,5 milliards. Le jeu maintenant consiste à retarder le plus possible l'entrée en vigueur des hausses de salaires convenues dans le dialogue social. Les 3,5 milliards de DH que doivent coûter les hausses de salaires, dont 2 la première année, ne sont pas disponibles, mais ils n'aggravent pas de beaucoup le déficit. C'est la bonne nouvelle des finances publiques: le comportement du Budget permet de financer les résultats du dialogue social sans trop contrevenir aux règles financières. L'impact sur le déficit budgétaire "ne sera pas trop grave": Un déficit budgétaire par rapport au PIB à 2,8 ou 2,9 au lieu des 2,5% initialement programmés. "C'est finançable", affirme M. Mohamed Kabbaj. Mais, explique-t-il, "il faut bien savoir que ces augmentations veulent dire que nous devons faire des efforts supplémentaires, d'abord pour les financer et ensuite pour tenir la compétition internationale".
    Les hausses de salaires engendreront une activité qui donnera près d'un point supplémentaire sur le PIB, estiment les services de conjoncture de son Ministère. "Mais, annonce le ministre, il va falloir gérer les côtés négatifs de la distribution de monnaie". Les effets négatifs sont très classiques: gonflements de l'inflation et du déficit de la balance des paiements. Les remèdes le sont aussi: éponger la masse de monnaie mise dans le circuit, soit par des impôts, soit par des emprunts. "Non, il n'y aura pas d'impôt supplémentaire, ni d'augmentation de taux", affirme le ministre qui ne veut cependant pas en dire plus sur sa stratégie. Les autorités monétaires accepteront un "petit dérapage de l'inflation", jusqu'à 5%, précise M. Kabbaj.

    Elles feront donc l'impasse sur le différentiel qui va s'élargissant avec l'inflation des pays partenaires du Maroc. Rappelons que les critères de Maastricht, comme ceux du FMI, tiennent un 3% d'inflation comme un plafond. Mais au Maroc, l'enjeu politique n'est plus sur ce ratio... Il se vengera à terme sur la valeur de la monnaie, mais pas avant que l'Etat n'ait fini de payer le gros de ses dettes, après 1998. Le ministre des Finances le dit sans embage: "j'ai 18 milliards de DH à rembourser en devises chaque année, comment puis-je prendre la décision d'augmenter de 10% d'un trait de plume ces échéances?". En attendant, l'inflation se venge un peu tous les jours, rendant les exportations moins compétitives et le marché intérieur moins porteur. Mais la facture n'apparaîtra vraiment qu'à partir de l'année prochaine. En attendant, il y a une vague de croissance pour surfer.

    Nadia SALAH



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