Politique Internationale

Malek s'essaie à de nouveaux styles

Par | Edition N°:131 Le 26/05/1994 | Partager

Malek en tournée de Khouribga à Casablanca, c'est de la ballade au jazz-rock, de la guitare au synthé. L'artiste diversifie les styles, mais il est toujours le même. éternel sentimental.

MALEK a commencé le 24 mai une nouvelle tournée privilégiant cette fois des petites villes du Sud, à part une représentation à Casablanca le 28 mai et une autre à Tanger le 4 juin. "J'adore ce concept de tournée, d'aller rencontrer les gens chez eux", dit-il. Sur fond de musique électronique exécutée par Jean Marc D'Auvergne, il entonnera des chansons de ses quatre derniers albums, dont certaines, du plus récent, Ana Mâak, n'ont jamais été chantées en public. Ses fans raffolent déjà de Blues Baraud (clin d'oeil au rai), Camille (hommage au sculpteur), Madame de Casa... Longtemps Malek a travaillé avec 6 musiciens. Mais depuis un an il n'est plus accompagné que d'un seul, son arrangeur et virtuose du synthé. Ce qui confère à la scène une sobriété qui permet à Malek de s'exprimer pleinement dans la gestuelle, de s'engager physiquement dans l'interprétation. Il s'est même quelque peu libéré de sa guitare pour pouvoir se livrer entièrement à son jeu de scène. Mais il la reprendra pour quelques chansons de son ancien répertoire que lui réclamera probablement son public.

"J'aime ces concerts musicalement contrastés. J'aime changer de styles, me remettre en question de manière permanente, essayer des choses nouvelles... Je suis un être changeant". Par pudeur, il cherche à cacher ce qu'il y a de constant en lui: une extrême sensibilité, l'idéalisme qui sans cesse le fait rêver, la sincérité qui fait la beauté de sa voix. Avec son allure de grand adolescent, son visage allongé souriant et sa raide chevelure, il est toujours égal à lui-même. Son excessive émotivité fait de lui, forcément, un être tourmenté, plutôt cyclothymique, dit-il. En effet il chante aussi l'euphorie, la drôlerie, parfois même sur un ton grinçant, s'amusant beaucoup sur la scène. "Je n'ai pas trop le sens de la mesure; chez moi c'est tout ou rien". C'est pour cela qu'il est à la fois auteur, compositeur et chanteur.

Le chantre du manque

Une possibilité d'expression totale qui l'apaise et l'épanouit. Pudeur aussi lorsqu'on lui dit qu'il aurait quelque chose de Jaques Brel, pour qui, d'ailleurs, il a écrit Jacques: "Non, je ne me suis pas inspiré de lui. Peut être mon premier album entrait plus dans ce style, mais dès le deuxième album, je mélange les genres: ballades, rock, jazz, rai:..". Parce que Malek est le produit d'un brassage culturel.

Tout d'abord, étant né de mère française et de père marocain, il a hérité des grandes tendances culturelles où ont baigné ses parents. Puis, dans son art, on trouve aussi des influences africaines et américano-latines. "Il n'y a pas de culture sans mixité!", affirme-t-il.

Certes, Malek a chanté l'exil, mais c'était encore pour mieux laisser s'exprimer cette nostalgie qu'il éprouve même pour des villes que ses pas ont simplement foulées: Elles "vous bourrent le coeur de lieux communs bidons qu'ils susurrent en choeur comme révélation". Chanter Transfuge pour mieux se rendre compte que l'identité c'est l'être, et son être à lui est intense. C'est pourquoi il peut communiquer avec la nature. "Les thèmes de mes chansons restent, au sens large, la nature et l'amour... Ou le manque d'amour".

Malek chante évidemment son époque et il trouve celle-ci trop "matérielle". "Les gens manquent d'affection; c'est peut-être naïf de ma part mais je trouve que c'est la principale cause de nos problèmes, même des conflits majeurs. Nous sommes faits pour recevoir et donner du sentiment; sitôt qu'on nous enlève cette fonction, c'est le déséquilibre, la frustration, l'agressivité". Malek chante aussi ce manque.

B.L.

Le parcours de Malek

Malek grandit à Mohammédia où il développe ses goûts pour la nature, la pêche et la musique, surtout des chansons de Fairuz que son père lui fait souvent écouter. A 13 ans il écrit déjà des "bouts de textes". Vers l'âge de 15 ans, relisant un poème en grattant une guitare, il se rend compte de la dimension que peut donner la musique à des paroles.

Ainsi lui vient l'idée d'écrire des chansons." Une autre écriture, différente de la poésie, même si elle contient des images poétiques". Il chantait aussi les autres qu'il aimait bien, comme Bob Dylan.

A Montpellier où il se retrouve en 1979 pour des études d'anglais et d'administration, il forme un groupe d'étudiants musiciens. Quelques mois plus tard il monte à Paris pour enfin tenter sa chance. Une amie lui trouve un contrat dans un restaurant de la rive gauche où il se mit à chanter le soir. Là, il rencontre son premier producteur qui lui propose d'enregistrer un disque. "Je n'y croyais pas trop mais le disque s'est fait: "une mère", c'était en 1982. Il m'ouvrit beaucoup de portes, notamment celle des cafés-théâtres et des cabarets de la rive gauche... Puis cela s'est enchaîné de fil en aiguille". Quelque temps après, il rencontre son deuxième producteur et enregistre La mal vie, superbe chanson qui fut son premier succès commercial, et qui le fit connaître en dehors de la France, notamment au Maroc, où il passait à la RTM.

Ensuite ce fut Caracas, puis un premier album, et aujourd'hui il en a 6 derrière lui. Il est connu dans les pays francophones, certaines de ses chansons sont reprises par d'autres chanteurs et La mal vie est traduite en plusieurs langues. "Je ne cherche pas réellement une carrière internationale. Je crois au Maghreb et j'ai envie d'y défendre quelque chose. C'est ce qui m'a fait revenir au Maroc". Il a une expérience cinématographique avec un rôle dans Komany, de Nabil Lahlou, et retentirait volontiers une autre mais il n'est pas spécialement attiré par d'autres formes artistiques que celle qu'il sert actuellement.

Le chanteur arabe qui le fait le plus vibrer est Marcel Khalifa, parce que c'est un innovateur. Au Maroc où il reconnaît une "dynamique artistique fantastique", il déplore une sorte de ségrégation des genres. "Les artistes marocains font des parcours en solitaires; ils ne font que se croiser. Je n'ai que 2 ou 3 amis dans la chanson marocaine".

Malek s'occupe aussi de sa petite maison d'édition musicale, Maya Production, qu'il a créée il y a quelques années.

L'ambition de départ était de lancer des jeunes et de créer une sorte de mouvement musical. "Mais je me suis heurté à des difficultés d'ordre financier. Il m'a fallu rapidement produire des artistes plus connus pour faire tourner la société". Une aventure qui poursuit sa route.

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