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    Mais à quoi servent vraiment les impôts!?
    Par Edmund S. Phelps, prix Nobel d’économie

    Par L'Economiste | Edition N°:2405 Le 21/11/2006 | Partager

    Lauréat du Prix Nobel d’économie 2006, le Pr Edmund S. Phelps enseigne à l’université de Columbia et à Yale. Il s’est fait connaître au sujet de l’introduction des attentes des individus dans la théorie macroéconomique, en particulier les attentes en matière d’emplois. Il a aussi travaillé sur l’ «influence de la fiscalité sur l’inflation, la politique économique»... avec encore une fois la prise en compte des choix individuels. Aujourd’hui, il représente la critique la plus pertinente du modèle ultralibéral, sans pour autant être le chantre du keynésianisme. Il dirige le Center on Capitalism and Society, Centre de recherches sur le capitalisme et la société. (Ph. AFP)En médecine, la tendance est à autoriser la commercialisation ou le remboursement d’un nouveau médicament lorsque preuve est faite de son efficacité. A l’opposé, les économistes chevronnés considèrent que la preuve scientifique de l’utilité de leur discipline est déjà faite. Effectivement, ils expriment leurs idées en utilisant les mathématiques, et ils parviennent à des évaluations quantitatives à partir de données empiriques. Mais l’économie ne se base pas sur des preuves pour choisir ses paradigmes théoriques. On prend souvent des mesures économiques sans toute la phase d’essais empiriques qui aurait pu être faite. . Toujours le déni des faitsL’époque actuelle offre un parallèle avec l’histoire du débat (voir encadré). Bien que la politique économique ait changé depuis et prenne en compte l’offre et la théorie du cycle économique réel, le nouveau paradigme dominant des constructeurs et des promoteurs affiche toujours la même antipathie à l’égard de l’épreuve des faits.Une précédente leçon était parfaitement fondée: une réduction temporaire de l’impôt sur les revenus du travail cette année, si elle s’accompagne de la perspective d’un retour de la fiscalité à son niveau habituel l’année prochaine, encourage les ménages à travailler davantage cette année et moins par la suite. Cette proposition a été vérifiée une fois de plus récemment sur des données islandaises. Mais les partisans de l’économie de l’offre ont sauté sur la conclusion audacieuse qu’une baisse permanente des impôts sur les revenus du travail encouragerait à travailler davantage sur le long terme, sans baisse d’efficacité. Larry Summers et moi, nous ne pensions pas que ce cela puisse être généralement le cas. Si chaque hausse du salaire net d’impôt se traduisait par une augmentation permanente de la quantité de travail fournie, argumentions-nous, la forte hausse des salaires net d’impôt depuis le XIXe siècle se serait traduite par une augmentation extraordinaire de la durée de travail hebdomadaire et de l’âge de départ à la retraite. Mais l’une et l’autre ont diminué, et en Europe continentale le chômage est élevé. A mon avis, ce principe de base d’une économie de l’offre repose sur une erreur simple. La quantité de travail fournie dépend en fait du rapport des salaires net d’impôt aux revenus générés par la richesse. Les salaires ont augmenté pendant plus d’un siècle; la richesse et les revenus qu’elle génère ont augmenté au même rythme. Il est certain que si l’impôt baissait de manière permanente à partir de cette année, cela aurait au début un effet très positif sur la quantité de travail. Mais cela aurait aussi un effet positif sur l’épargne et par conséquent sur la richesse l’année prochaine et au-delà. Sur le long terme, la richesse tendrait à augmenter dans les mêmes proportions que les salaires nets d’impôt et l’effet sur la quantité de travail disparaîtrait. . Faux espoirs de l’Etat-ProvidenceMais nous devons avancer prudemment dans la réflexion. Selon les analyses standards, une baisse d’impôt se traduit par une diminution des achats par l’Etat, ainsi que des services qu’il fournit, la défense par exemple. Mais une baisse d’impôts pourrait avoir des conséquences sur l’Etat-Providence et sur la protection sociale qui constitue une richesse collective. Dans ce cas, la réduction d’impôts augmenterait peu à peu la richesse privée tout en diminuant la richesse collective. C’est une question empirique. L’étude que j’ai faite il y a dix ans avec Gylfi Zoega a confirmé qu’une baisse de l’impôt sur les revenus du travail diminue le chômage à court terme. Mais qu’en est-il à long terme? Les données internationales permettent-elles de noter des effets à long terme des baisses d’impôt sur le chômage?En 1998, nous avons examiné les données de l’OCDE pour tenter de voir dans différents pays s’il existait une corrélation entre le chômage et le taux de la fiscalité sur les revenus du travail. Nous n’en avons pas trouvé. En 2004, nous avons recommencé la même étude: toujours aucune corrélation. La liste des pays à chômage élevé en comporte certains qui ont une fiscalité élevée, comme l’Allemagne, la France ou l’Italie, mais également d’autres qui ont une fiscalité faible comme le Japon ou l’Espagne. De même, la liste des pays où le chômage est plus bas en regroupe certains qui ont une fiscalité faible comme la Grande-Bretagne et les USA, mais également d’autres comme le Danemark ou la Suède où la fiscalité est très élevée. Les néolibéraux disent maintenant à l’Europe continentale qu’une baisse de la fiscalité sur les revenus du travail permettrait de diminuer le chômage. Mais l’efficacité d’une telle mesure serait en grande partie - si ce n’est entièrement - momentanée, surtout si l’on ne touche pas à l’Etat-Providence. En deux décennies, on retrouverait un chômage élevé. Les faux espoirs soulevés par les baisses d’impôt éloigneraient les décideurs politiques des réformes politiques nécessaires si l’Europe veut parvenir au dynamisme qui favorise l’innovation, la création de nombreux emplois et une productivité permettant d’affronter les marchés mondiaux.


    Mépris et dérision en guise d’analyse!

    La politique macroéconomique de l’après-guerre des keynésiens radicaux constitue un exemple célèbre. Bien qu’elle n’ait pas été testée, ils s’appuyaient sur la théorie de Keynes affirmant que le chômage dépend de la «demande réelle» liée au niveau des salaires nominaux, mais leur politique laissait de coté les salaires tout en cherchant à stabiliser la demande à un niveau suffisamment élevé pour garantir le «plein» emploi.Cecil Pigou et Franco Modigliani ont objecté que si l’on parvenait à augmenter la demande, le niveau des salaires nominaux augmenterait, s’ajusterait à la demande et de ce fait le chômage remonterait à son niveau antérieur. L’emploi ne peut être maintenu au-dessus de son point d’équilibre en accroissant la demande effective. Les radicaux l’ont cependant emporté avec ce que l’économiste Harry Johnson appelait «le mépris et la dérision». La politique macroéconomique de l’après-guerre visait au «plein emploi», sans aucune preuve que les salaires nominaux ne poseraient pas problème.A la fin des années 1950, les néokeynésiens ont finalement reconnu la validité de l’argument de Pigou et Modigliani. Les travaux de Phillips sur les salaires ne leurs laissaient pas le choix. Mais ils continuaient à insister sur l’idée qu’avec une hausse importante et suffisamment rapide de la demande, les salaires ne suivraient pas, de telle sorte qu’il serait possible de contenir le chômage à un niveau aussi bas qu’on le souhaite, si ce n’est au prix d’une inflation importante. Milton Friedman et moi, chacun à sa manière, avons objecté à l’idée de ce lien positif entre la demande et les salaires nominaux, qu’une telle politique suppose un taux d’inflation en perpétuelle augmentation. Mon argument était de dire que les salaires nominaux traîneraient derrière la demande seulement aussi longtemps que chaque entreprise n’augmente pas les salaires de ses employés, croyant à tort qu’ils sont déjà supérieurs à ceux des autres entreprises, un déséquilibre qui ne peut durer. Comme les radicaux, les néo-keynésiens n’ont pas répondu à leurs détracteurs sur le terrain de l’expérience empirique. L’efficacité d’une demande élevée était une question de foi. Mais les événements des années 1970 ont cruellement ébranlé cette foi. Lorsque l’économie américaine a été frappé par une crise de l’offre, la réponse des néokeynésiens a été d’augmenter encore la demande en croyant que cela allait relancer l’emploi. L’économie n’a guère redémarré, mais l’inflation a augmenté.Copyright: Project Syndicate 2006.Traduit de l’anglais par Patrice Horovitz

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