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    Economie

    Lutte antidrogue: Pas contente, la Commission européenne?
    Entretien exclusif avec Monsieur antidrogue de la Commission européenne

    Par L'Economiste | Edition N°:2168 Le 09/12/2005 | Partager

    . «Ça ne bouge pas dans le sens positif». Les réseaux trop bien implantés. «Ou l’on décide d’arrêter les trafiquants de drogue, ou l’on décide de les laisser passer»A l’occasion de la présentation à Bruxelles du rapport 2005 de l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (OEDT), L’Economiste a rencontré Carel Edwards, chef de l’Unité «Coordination drogues» à la Commission européenne. Derrière le ton diplomatique d’usage, il ne faut pas se faire des illusions: pour l’expert européen, la lutte antidrogue piétine tandis que le trafic de cannabis est toujours aussi florissant. Carel Edwards identifie les facteurs de blocage. . L’Economiste: Vous venez d’assister à la présentation du rapport annuel 2005 de l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (OEDT), un premier commentaire?- Carel Edwards: La drogue constitue le deuxième ou le troisième marché le plus important dans le monde après ceux du pétrole et des armes. C’est un problème qui fait des ravages énormes et qui fait plus de victimes que la guerre, la famine et la pauvreté. Les décideurs politiques ont besoin de données fiables pour apporter une réponse à ce problème. Grâce à l’Observatoire européen des drogues, nous disposons aujourd’hui d’un meilleur instrument qu’il y a dix ans pour poursuivre la lutte contre la toxicomanie. C’est un outil qui nous donne des informations très utiles pour élaborer nos stratégies.. Les pays producteurs de cannabis, comme par exemple le Maroc, soutiennent que s’il n’y avait pas de demande en Europe, l’offre de cannabis se tarirait d’elle-même. Selon eux, il s’agit d’une responsabilité partagée, qu’en pensez-vous?- C’est un élément constant dans nos discussions et relations avec le Maroc. Quand nous, Européens, demandons au Maroc de réduire sa production de cannabis, celui-ci nous répond invariablement «mais c’est d’abord à l’Europe de faire cesser sa demande de ces produits illicites». Je voudrais ajouter aussi que dans le cas du Maroc nous avons un facteur supplémentaire que nous n’avons pas par exemple avec d’autres pays producteurs comme les pays d’Amérique latine. C’est celui de l’immigration marocaine en Europe. Chez nous vit une communauté relativement importante de Marocains qui va et vient entre l’Europe et le Maroc et cela nous complique encore plus les choses. Mais cela ne veut pas dire que nous ne nous sentons pas également responsables du problème de la consommation du cannabis en Europe. . Depuis que l’UE s’intéresse au problème du cannabis au Maroc, avez-vous constaté une amélioration de la situation ou au contraire une dégradation?- Je pense que le marché du cannabis est tellement bien implanté en Europe que le moins que l’on puisse dire est que ça ne bouge pas dans le sens positif. Je constate aussi qu’au Maroc des populations pauvres ont trouvé un moyen de gagner leur vie en cultivant du cannabis. Et ce n’est pas contre elles qu’il faudrait se tourner. Pas plus que contre les pauvres producteurs de feuilles de coca sud-américains. Ce n’est pas eux le problème. . Où est alors le problème?- Tout d’abord, je voudrais rappeler -et ce n’est pas une question philosophique- que l’homme a pris de la drogue dès l’origine et qu’il en prendra toujours. Le même raisonnement peut être tenu pour l’alcool ou la cigarette. Tout est une question de gestion publique de ce que l’on accepte, de ce que l’on n’accepte pas. En clair: ou on décide d’arrêter les trafiquants de drogue ou on décide de les laisser passer. Le problème est là. Nous avons aussi en face de nous une société dont les repères moraux et psychologiques sont en train de changer. Nous avons également une jeunesse qui va un peu à la dérive. Même si le phénomène existe dans le monde entier en général, cela se voit plus chez nous ici en Europe dans la mesure où celui-ci est plus visible. C’est un gros problème de société et pour lequel la classe politique n’a pas vraiment de réponse. . Dans le cadre du Plan d’action contre les drogues  2005-2008 de l’Union, est-ce qu’il y a des actions, des projets précis prévus en ce qui concerne le Maroc? - Non, il n’y a pas de projets précis mais un objectif précis avec des actions précises qui appellent à une augmentation de l’effort politique et financier de l’Union vis-à-vis des régions productrices de drogue, dont bien entendu le Maroc que je connais bien. Le but est d’aider les Etats concernés à juguler ce problème en termes de développement alternatif. Ce sont essentiellement des lignes directrices. Fin 2006 nous comptons faire une première évaluation de ce plan d’action afin de voir s’il est nécessaire d’ajuster nos stratégies. Au bout de la quatrième année, en 2008, nous en ferons une évaluation globale. . Les Etats membres de l’UE donnent l’impression de garder ce dossier de la drogue dans les limites nationales alors que celui-ci touche pourtant la plupart des pays?- Il est vrai que dans ce dossier les compétences communautaires sont limitées et la Commission européenne essaie d’occuper le terrain là où elle le peut pour coordonner la politique des Etats membres qui, de manière générale, gardent jalousement pour eux-mêmes les informations concernant le trafic de drogue. Par ailleurs, comme cela a été indiqué par quelqu’un dans la salle, le problème de la drogue est un problème qui surgit en général lors des élections dans un pays parce que c’est un problème qui préoccupe vraiment l’électeur. Avant les élections, ce dernier est abreuvé de projets, mais une fois que les élections sont passées plus rien n’est fait. C’est une politique de zig-zag que l’on observe un peu partout dans le monde. Le problème de la drogue ne peut pas être résolu au seul niveau national, il faudrait à mon avis une approche communautaire. Par ailleurs, il faudrait aussi que l’Europe puisse parler d’une seule voix au niveau mondial. Quand nous sommes aux Nations unies, nous sommes là à 25 voix différentes!. Un message à lancer à la classe politique?- Oui. Il faut reconnaître que la drogue est un problème multidisciplinaire pas facile à résoudre. Il comporte beaucoup d’aspects très techniques et fait très peur aux citoyens qui n’y comprennent pas grand-chose. Une des tâches de la classe politique serait peut-être de mieux expliquer, accepter peut-être un peu plus de drogues dans le sens qu’on accepte bien l’alcool et les cigarettes... Mais je ne dis pas qu’il faut aller jusqu’à légaliser l’héroïne ou le cannabis! Il faudrait peut-être voir cela d’une manière moins tendue et mettre un peu plus de prévention, d’éducation dans le système et aussi d’assurer plus de coopération entre les forces de police de tous les Etats membres. Plutôt que de traiter ce problème sur une base strictement nationale et dépenser des fortunes dans des actions qui sont peut-être médiatiques, il voudrait mieux s’attaquer au fond d’un problème qui ne va jamais disparaître et qu’il faudra donc gérer. Et tant qu’on continuera à parler «d’éradication de la drogue», comme on l’entend souvent au niveau des Nations unies, on ira toujours droit dans le mur.


    Résine de cannabis: L’essentiel au Rif

    Selon le rapport, en 2003, le cannabis était toujours la drogue illicite la plus produite et la plus sujette au trafic dans le monde. La production à grande échelle de résine de cannabis se concentre dans quelques pays, notamment le Maroc, tandis que le trafic s’étend à de nombreux pays. Selon une enquête sur la production de cannabis au Maroc, réalisée en 2005 par l’ONUDC et le gouvernement marocain, on estime que la région du Rif représentait en 2003 quelque 40% de la production mondiale de résine de cannabis. La majeure partie de la résine de cannabis consommée dans l’UE provient du Maroc et entre principalement en Europe par la péninsule Ibérique, bien que les Pays-Bas soient un important centre de distribution secondaire pour le transport vers d’autres pays de l’UE. Le rapport de l’OEDT, basé à Lisbonne, porte sur des données de 2003 fournies par les 25 pays de l’UE, la Norvège, la Bulgarie, la Roumanie et la Turquie. Il est consultable en 22 langues sur le site: www.emcdda.eu.intPropos recueillis par notre correspondant permanent à Bruxelles, Aziz BEN MARZOUQ

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