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    Politique Internationale

    Livres : Les nostalgies romantiques d'Abdelfattah Kilito

    Par L'Economiste | Edition N°:217 Le 15/02/1996 | Partager

    "La Querelle des Images"
    Abdelfattah KILITO
    Editions Eddif
    Prix: 55 DH

    Contradictions, comparaisons, nostalgie et beaucoup d'humour, Abdelfattah Kilito propose au lecteur de "La Querelle des Images" de reconstruire un puzzle, celui de ses souvenirs d'enfance pour, à la fin, avoir une image du Maroc d'il y a quelques décennies.


    Qui a dit que roman et recueil de nouvelles font deux? Pour Abdelfattah Kilito, véritable artiste de l'écriture, toutes ces barrières d'appellations ne servent à rien puisqu'il a su raconter un roman sous forme de nouvelles.
    Amoureux de l'image, il se demande comment la culture arabo-musulmane a pu se passer d'un élément aussi impressionnant par sa façon de marquer la mémoire, "nos ancêtres n'avaient pas de visage", s'amuse-t-il à dire.
    A cheval entre deux cultures, Kilito écrit aisément et tout aussi bien en arabe qu'en français. Sa façon de dire les choses et sa tendance à écrire en français tout en pensant en arabe le rapprochent plus de son lecteur. Cela donne des impressions de déjà vécu, "il me serait agréable que mon lecteur se retrouve dans cette prose narrative, qu'il aborde ces histoires avec le sentiment qu'il aurait pu les écrire, qu'il les lise comme si lui-même les avait écrites", dit-il.

    Une conteuse comme dans les Mille et une nuits


    Que de personnages et d'images défilent à travers les pages de ce roman; les uns sont des souvenirs vécus, les autres sont des personnages ou des impressions que son imagination d'enfant avait créés et qui se sont imposés à lui. L'épouse de R. en est une, cette voisine qui se cache derrière une porte entrouverte pour surveiller les faits et gestes de chaque habitant du quartier et qui profite de la naïveté des enfants pour leur soustraire des informations. Cela lui permettait sûrement, à la fin de chaque journée, de jouer la conteuse aux pieds de son mari, un homme discret et respecté dans le quartier et qui, en passant, portait un regard bizarre sur chacun de ses voisins. Explication plausible au comportement de cette femme puisqu'après la mort de M. R., personne ne l'a plus revue.
    Mais les images dont parle l'auteur ne sont pas que personnages, ce sont aussi des lieux. Le m'sid est par exemple "le lieu du spectacle par excellence", car sa monotonie est de temps en temps coupée par le spectacle d'une bastonnade et la manière amusante et propre à chacun de supplier et de demander pardon. Seulement, ce rythme vint un jour à être bousculé lorsque Fa, puni, se révolta contre le maître et contre le système d'enseignement. Ses camarades, trop faibles ou trop peureux, ne prirent pas son côté, il fut donc puni avec plus de brutalité que d'habitude pour venger le maître, et les choses revinrent comme avant.

    L'école des traîtres


    Ce système d'enseignement et d'éducation de l'époque est mis par l'auteur en opposition avec l'école des Français, appelée dans le temps celle des Infidèles. Les petits Marocains qui la fréquentaient étaient considérés comme des traîtres, c'est pour cela que son grand-père n'était pas d'accord quand il fut question de l'y inscrire. Cela ne l'a pas empêché, quelques semaines après, d'être content que son petit-fils puisse lire le français. En plus, ces écoles offraient quelques "avantages" comme les colonies de vacances, plusieurs souvenirs et beaucoup de chansons.
    Adolescent, l'auteur découvre le cinéma, cette merveilleuse machine à images; il y allait chaque vendredi, et c'était à chaque fois aussi impressionnant. En plus, parallèlement au spectacle qui se déroulait sur l'écran, il y en avait un autre dans la salle: le public s'en prenait tout le temps au projectionniste; c'était toujours lui le responsable des coupures, des fins tragiques, des interruptions de pellicule Mais le cinéma ne pouvait être conçu sans ce brouhaha dans la salle, ces sifflements et cette provocation. En fait, une complicité s'était installée entre le public et ce malheureux projectionniste dont personne ne connaissait le visage; ils se provoquaient mutuellement, délibérément et cela les amusait.

    Egalité


    Le lieu le plus marquant de toutes ces images est le hammam. L'auteur le compare à la mosquée parce que, dit-il, il assure la pureté rituelle du corps, la seule différence est qu'au hammam il ne faut surtout pas glisser, ni trop se pencher pour remplir son sceau au risque de se retrouver au fin fond de la vasque brûlante! Il le fait également penser au Grand Jour, le Jour du Jugement: "Le hammam institue du même coup l'égalité absolue, annonciatrice de celle du Grand Jour, où nul ne pourra se prévaloir d'un titre, d'une distinction, d'un privilège quelconque. Egalité devant Dieu, égalité devant la mort. Aller au hammam, c'est mourir un peu, c'est "répéter" sa propre mort", des passages frappants, qui peuvent aller jusqu'à choquer quelques-uns, mais qui ne manquent toutefois pas de vérité.
    Ceci ne nuit nullement au style humoristique ni à la sincérité du roman; on y retrouve toujours l'esprit d'un enfant qui avoue ce qu'il a pensé à tel ou tel moment.

    Hanaâ FOULANI

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