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    Politique Internationale

    Livres: Confession d'un émir du GIA

    · Les massacres algériens comme personne n'en a jamais parlé

    Par L'Economiste | Edition N°:486 Le 15/04/1999 | Partager

    Confession d'un émir du GIA
    Patrick Forestier,
    Ahmed Salam
    Grasset, 1999; 125FF-244DH


    Certains passages sont franchement insoutenables. Pourtant, les auteurs n'ont apparemment pas cherché les effets de style ou les chocs comme on peut les trouver dans les romans policiers: c'est tout simplement l'horrible réalité des massacres en Algérie.
    Les journalistes Patrick Forestier et Ahmed Salam retranscrivent le témoignage d'un petit chef des Groupes Armés Islamiques. Ils précisent qu'ils ont pu vérifier l'exactitude de certains faits mais pas de tous, compte tenu de la guerre civile qui règne dans le pays.
    Le témoin, au début des années 80, était un "taxieur", comme on dit de l'autre côté de la frontière, racketté par les policiers. Un jour il s'énerve et frappe. S'ensuit la spirale de la chute sociale, laquelle passe étrangement par l'enrichissement grâce au trabendo et à la corruption. Cette étrangeté dit à elle seule l'état de déliquescence civile chez notre voisin et ce, dès le début des années 80. C'était pourtant l'époque où l'expérience algérienne était si souvent donnée en exemple.
    Dans ce contexte de corruption, d'abus de pouvoir et de passe-droit pour les membres du FLN, la religion paraît tout naturellement comme une forme de rédemption individuelle. Il suffit alors de la répression de 1988 pour que s'enracine le ou les mouvements islamistes. Encore un peu de trabendo (sur la frontière marocaine) et encore un peu de corruption (avec la police et l'armée) et voilà les groupes équipés avec toutes les armes possibles et imaginables.
    La logique est donc fort simple. Simples aussi, voire simplistes sont l'organisation comme la formation politique et religieuse des militants. L'Etat est un Satan à qui il faut porter le maximum de coups: il faut donc mitrailler et égorger le maximum de fonctionnaires.
    Les enfants aussi, car il faut empêcher le mal de se reproduire. Une diseuse de bonne aventure devient une sorcière capable de contaminer la société: à abattre. Un jeune fume dans la rue, même sort.
    Chaque groupe programme seul ses opérations et c'est miracle quand les exécuteurs apprennent avant l'exécution que leur victime est en réalité amie d'un autre groupe. Souvent l'exécution est déjà faite, alors tant pis. Cette absence d'organisation et de doctrine attire évidemment les psychopathes, qui trouvent ainsi le contexte idéal pour donner libre cours à leurs désirs de meurtres. Là encore la logique est fort simple. Ajoutez la paranoïa inévitable des chefs petits et grands, la méfiance mutuelle entre les groupes et devant cette vie de violence, la méfiance de chacun vis-à-vis de tous, et le tableau de la sauvagerie sera complet.
    Le lecteur ne peut pas sortir indemne d'un pareil livre: effarement devant la glissade civique et humaine, dégoût devant l'atrocité et l'inutilité des meurtres, vertige devant la perte des références religieuses et la perversion des valeurs.

    Nadia SALAH

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