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Culture

L'islam et le voile de l'ignorance
Par Guy SORMAN

Par L'Economiste | Edition N°:1518 Le 14/05/2003 | Partager

L'islam n'impose pas plus le voile aux femmes que le christianisme n'oblige à porter un crucifix, le judaïsme une kippa ni le bouddhisme des sandales. Le Coran n'invite les femmes qu'à la pudeur, ce qui est un trait culturel commun à toutes les religions antiques du Moyen-Orient. Lorsqu'à partir d'un seul verset ambigu du Coran, des minorités musulmanes ont adopté le voile, cette coutume relève de traditions arabes ou persanes. Le grand nombre des musulmanes dans le monde n'est pas voilé. Le voile en soi ne fait donc pas l'islam. Mais signale-t-il l'islamisme, c'est-à-dire le détournement de la religion par des partis politiques qui, sous couvert de l'islam, cherchent le pouvoir? De fait, ces partis contemporains, historiquement inspirés par les fascismes européens des années 30, imposent à leurs militants une panoplie vestimentaire, le voile pour les femmes, le vêtement court pour les hommes et la barbe taillée. C'est ainsi que le voile est devenu un enjeu dans la guerre politique que les islamistes extrémistes livrent aux musulmans modérés. En France, la loi devrait-elle s'en mêler et prohiber le voile comme l'envisagent le gouvernement et des membres de sa majorité?. Enflammer les élégantes et les provocatricesImaginons un instant que pareille loi existe et imaginons son application: à quoi distinguera-t-on le foulard islamiste de celui qui ne l'est pas? Une femme pieuse portant foulard, musulmane, juive ou chrétienne, sur le chemin de la mosquée, de l'église ou de la synagogue, devra-t-elle décliner sa foi devant un inspecteur de la morale laïque? Comment la police traitera-t-elle les élégantes et les provocatrices? Car on devine que cette loi enflammera l'imagination des unes et des autres. Supposons que l'islam impose un modèle de foulard, ce qui n'est pas le cas, nos forces de l'ordre et nos magistrats devront-ils distinguer le foulard modeste du foulard racoleur? Selon quels critères? Depuis l'adoption récente de la loi sur la sécurité intérieure, la police peut interpeller le racolage passif. Les mêmes policiers devront-ils étendre leur champ de compétence à la lutte contre le prosélytisme passif? Bien entendu, des normes devront être imposées aux autres religions pour ne pas verser dans la discrimination: la kippa respectera une circonférence républicaine et le crucifix affichera la foi sans inciter à la conversion. Il conviendra aussi de créer une police religieuse formée à toutes ces distinctions subtiles. Il en existe une en Arabie saoudite qui veille à ce que les tenues vestimentaires respectent les codes fixés par la secte wahhabite actuellement au pouvoir. Devrions-nous suivre l'école saoudienne mais à rebours?. Une aventure juridiqueUne interdiction du voile nous enliserait dans une aventure juridique et pratique qui ramènerait aux délires anticléricaux que la France a connus au début du XXe siècle. Que cette fois-ci, ce soit les musulmans qui en soient les victimes plutôt que les chrétiens ou les juifs n'en menacerait pas moins les droits de l'homme. Pis, l'interdiction du voile ferait le jeu des islamistes extrêmes: ceux-ci ne peuvent que la désirer. Ils pourraient dénoncer l'intolérance française, organiser des manifestations et des affrontements, utiliser le voile tel un drapeau ainsi qu'ils le font ailleurs, en Turquie ou au Maghreb. En conclura-t-on qu'il est urgent de ne rien faire? Ne pas légiférer est nécessaire. Mais il est permis d'agir contre le racolage religieux dans les écoles qui sont les terrains d'élection des islamistes. Les chefs d'établissement s'y emploient. Au cas par cas, difficilement mais cela vaut mieux que de déclencher la guerre de religion souhaitée par les islamistes. Enfin ou surtout, le voile devrait être considéré comme le symptôme d'un islam dévoyé et d'une société française que l'islam tétanise: à la base règne l'ignorance. . Former de vrais imamsLes musulmans français, coupés de leurs sources, privés d'imams et de théologiens compétents, abandonnent l'interprétation de leur religion à des agitateurs autoproclamés islamistes. Si nos facultés formaient des docteurs de la loi musulmane, ceux-ci pourraient ramener les musulmans à une juste connaissance du Coran et de ses préceptes: le voile n'y figure pas, ainsi que le proclamait Rifaa, le réformateur de l'Egypte, il y plus d'un siècle. Elire un conseil des mosquées, comme on vient de le faire, aura été une opération de police utile. Mais former des imams pour que ces mosquées deviennent des lieux de connaissance plutôt que des cellules politiques serait une prochaine étape plus nécessaire. Ce débat décalé sur le voile comme les controverses sur la construction des mosquées passent à côté de ce qui fonde le malaise: la non-intégration douloureuse des musulmans dans la société française. Comme la plupart de ces Français d'origine arabe et musulmane sont agnostiques et non pratiquants, leur non-intégration tient moins à la religion qu'au manque d'emplois réguliers, aux dégâts scolaires, au regroupement ethnique des logements, à leur sous-représentation dans les élites politiques, économiques, médiatiques. La discipline à l'école, une politique économique qui ramènerait le chômage au niveau anglo-saxon, l'accès à la propriété du logement, des élus locaux et nationaux d'origine arabe, des policiers arabes, des présentatrices de télévision, arabes et non voilées: voilà la juste réponse aux militants islamistes qui exploitent le désarroi de leur communauté, l'oubli de l'islam véritable et le bricolage des gouvernements. Comme il serait simple que l'interdiction du voile remplace la réflexion sur ce que le voile signifie! Mais aucune loi jamais n'abolira l'ignorance. ----------------------------------------------Essayiste et chroniqueur, Guy Sorman s'est illustré par ses prises de position iconoclastes, tant en matière économique que politique. Il est aussi maire adjoint à la Culture de Boulogne-Billancourt, dans l'agglomération parisienne (Ph. Akisra)

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