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L'illettrisme est un mal, pas la surqualification

Par L'Economiste | Edition N°:273 Le 27/03/1997 | Partager

Ancien ministre et patron d'industrie, Roger Fauroux, auteur du rapport «Pour l'école», a été invité au Maroc par le MEN et l'Association 2020(1).


- L'Economiste: Comment avez-vous trouvé notre Ministère de l'Education Nationale?
- Roger Fauroux: Très ouvert. Dans la conférence que j'ai donnée, les fonctionnaires n'étaient pas paralysés par le respect du ministre. Celui-ci a dit des choses fortes.

- Quel était votre message?
- Il n'y a pas d'éducation d'élite s'il n'y a pas d'éducation de masse. C'est l'essentiel. Par ailleurs, le problème n'est pas le niveau du système par lui-même, mais son adéquation par rapport aux exigences de la société, qui ne cessent de monter. Dans les usines sidérurgiques de Saint-Gobain, que je présidais, il y avait des ouvriers immigrés illettrés. Elles ne s'en portaient pas plus mal, le know-how était hérité verbalement, ainsi que le travail manuel. Les choses ont radicalement changé. Un niveau d'excellence est exigé de toute l'équipe. Un manutentionnaire d'un supermarché ne peut être analphabète. Pensez aux conséquences s'il se trompe dans la date de péremption de conserves.

- L'adéquation formation-emploi a-t-elle encore un sens avec le bouleversement des métiers?
- Nous vivons une révolution. Nous aurons toujours plus de diplômés que d'emplois. Par exemple, en France on forme 240.000 Bac+5, alors qu'en face il y a 40.000 places. La surqualification est inévitable. Aujourd'hui, une serveuse dans un train européen est diplômé Bac+2. Il y a 20 ans, ces serveuses savaient à peine lire et écrire. Mais aujourd'hui, la jeune fille sert mieux, parle anglais aux touristes... Mais elle ne peut le faire toute sa vie. L'employeur doit prévoir une promotion. De même pour l'employé du au guichet de banque qui a aujourd'hui une maîtrise.

- Cette surqualification est-elle socialement tolérable? L'Education Nationale doit-elle en tenir compte?
- L'Education Nationale ne doit pas trop s'en préoccuper. Elle a une mission à remplir, c'est élever le niveau culturel de la population. Elle doit bien sûr enseigner des choses pratiques, adaptées aux besoins de l'économie. Mais la surqualification ne doit pas l'inhiber. Il y aura un changement culturel. Car un directeur d'usine ne va pas traiter des ouvriers qui ont un bac de la même façon que des ouvriers analphabètes.

- Quel est donc le SMIG de l'éducation?
- Il faut assurer à l'école primaire et au collège un minimum de connaissances et de comportements de civilité. J'appelle cela un socle de savoirs fondamentaux.

- Comment faire?
- Il faut une volonté forte au sommet de l'Etat, pour des réformes. Chez nous, M. Chirac ajoute aussi une forte demande sociale. D'où les assises de l'éducation que j'organise dans les régions françaises. J'inviterai les responsables, les élus, les enseignants et les citoyens à discuter de ces questions.

- Le «niveau» est-il un problème de palier, de contenu ou de matières? Car les disciplines changent d'importance.
- Ce sont toujours les mêmes matières, mathématiques, langues. Mais le niveau doit s'élever. Il s'agit toujours de transmettre un patrimoine linguistique, culturel, historique. C'est nécessaire dans un monde international où se posera la question d'identité. Mais en même temps, l'instruction doit permettre d'être à l'aise partout dans le monde. D'où la connaissance des langues étrangères, l'entraînement à des comportements: admettre le gouvernement de la majorité, respecter les minorités et leurs différences.

- Quel rôle reste à la famille?
- Le hors l'école s'est affaibli. Les mères travaillent, les familles sont dispersées. Les églises ne jouent plus le même rôle. L'école se trouve investie d'une mission plus large, comme l'unité nationale, là où il y a des différences régionales ou des immigrés à intégrer.

- Tout cela a un coût, difficile à supporter quand les Etats ont peu de moyens financiers et que la démographie fait pression.
- L'Etat doit garder les responsabilités de l'enseignement. Car c'est l'avenir politique du peuple. Il n'est pas obligé de tout faire. Il lui revient de fixer des standards pour créer des écoles privées, de contrôler, de fixer les programmes, les niveaux des professeurs et des élèves. Si la tâche peut être assumée par des privés, pourquoi pas?

Propos recueillis
par Khalid BELYAZID

(1) Voir biographie et article dans notre précédente édition.

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