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    Economie

    Liaison Fixe du Détroit de Gibraltar : Un tunnel monotube pour 2010

    Par L'Economiste | Edition N°:181 Le 25/05/1995 | Partager

    La liaison fixe à travers le Détroit de Gibraltar, pour des raisons techniques et de rentabilité économique, prendra la forme d'un tunnel, qui sera réalisé en deux phases. Une galerie de reconnaissance sera tout d'abord forée sur fonds publics, afin de maîtriser les aléas et sécuriser les investisseurs privés.


    La construction d'une liaison fixe entre le Maroc et l'Espagne prend forme. C'est l'idée-force du quatrième Colloque International sur la Liaison à travers le Détroit de Gibraltar qui s'est déroulé à Séville du 16 au 18 mai 1995 et qui s'est affiché d'ailleurs comme la clôture de la phase étude.
    "Le travail accompli à ce stade par le Comité mixte maroco-espagnol pour la Liaison fixe conclut à des résultats très encourageants qui permettent d'affirmer que le vieux rêve de relier l'Europe et l'Afrique par un ouvrage fixe est aujourd'hui à notre portée", a annoncé, dès l'ouverture du Colloque, M. Mehdi Benzekri, coprésident du Comité mixte pour la liaison fixe à travers le Détroit de Gibraltar.
    Le colloque a regroupé des scientifiques et des ingénieurs, venus des quatre coins du monde exposer leurs expériences et donner leurs avis sur les études réalisées jusqu'à aujourd'hui au niveau de la liaison fixe à travers le Détroit.
    L'objectif du Colloque a donc été essentiellement de faire le point sur les études. Au terme de cette rencontre, les conclusions seront remises aux gouvernements des deux pays concernés en vue de statuer.

    Jusqu'à maintenant, la solution du tunnel paraît la plus plausible. M. Henri Grimond, président de la SETEC (Société d'Etudes Techniques et Economiques), qui a été le maître pour la construction du tunnel sous la Manche et qui a été sélectionné pour l'étude de faisabilité de la liaison fixe à travers le Détroit de Gibraltar, a livré les raisons de ce choix. Parmi ces raisons figure la possibilité de connexion par le biais du tunnel des réseaux routiers et ferroviaires alors que le pont n'admet que le trafic routier.
    Le choix du tunnel a été également guidé pour des considérations d'ordre technique: "le tunnel est faisable immédiatement, car il fait appel à des techniques classiques. Le pont présente quant à lui des caractéristiques très exceptionnelles (portées de 3.500 mètres, piles de plus de 500 mètres de hauteur et un fond marin de 300 mètres). Il n'est pas faisable avec les techniques d'aujourd'hui", renchérit M. Grimond.

    Trois phases


    Le tunnel joindrait Malabata à Paloma. La longueur totale du tunnel est de 38,6km avec un tronçon sous-marin de 27,7km.
    Le schéma de réalisation du tunnel retient trois phases:
    - le forage d'une galerie de reconnaissance qui servirait par la suite de galerie de service,
    - la construction et la mise en service d'un tunnel ferroviaire à une voie qui répond aux besoins du transport sur les vingt premières années,
    - la réalisation d'un deuxième tunnel ferroviaire sera entamée une fois que la saturation du premier tunnel commencera à se faire sentir.
    La construction de la galerie de reconnaissance devrait débuter en principe en 1997 et durera près de cinq années.
    Les travaux de la première voie du tunnel débuteront, selon les actuelles prévisions, en 2003 pour prendre fin en l'an 2010.
    Le but du creusement de la première galerie serait la reconnaissance du site et donc l'évaluation avec exactitude des travaux qui devront être réalisés pour les prochaines galeries ainsi que le matériel qui sera susceptible d'être utilisé, donc une meilleure maîtrise des aléas géologico-géotechniques et du coût. L'intérêt étant de sécuriser les investisseurs et les bailleurs de fonds qui seraient intéressés par la concession du tunnel. Aussi, dans le sens de garantir une rentabilité supérieure à 16%, la galerie de reconnaissance qui servira comme galerie de service sera-t-elle donnée aux promoteurs privés.

    Fonds publics


    Cette galerie, dont le coût est estimé à 380 millions de Dollars, sera financée à hauteur d'un tiers par le gouvernement marocain, un tiers par le gouvernement espagnol et le reste par l'Union Européenne. Pour le tiers marocain, soit près d'un milliard de DH, le financement pourrait provenir "d'un pays arabe ami". L'Espagne pose quant à elle la condition du financement du tiers par l'Union Européenne, car la liaison fixe aurait des retombées bénéfiques sur des pays européens autres que l'Espagne. Par ailleurs, ce pays compte appuyer le projet au niveau de la Commission Européenne lorsqu'elle en prendra la présidence en octobre prochain.
    Sur un autre volet, le projet de la liaison fixe profitera de l'expérience du projet du tunnel sous la Manche. La dénomination que donne SETEC au tunnel de Gibraltar est celle d'un tunnel économique. Par exemple, et contrairement au tunnel sous la Manche, le choix du matériel roulant a porté sur la séparation des voitures et des passagers. Les voitures seront transportées sur des wagons plats munis d'un toit (wagons dits semi-ouverts), les passagers dans des wagons classiques de voyageurs à 1 ou 2 niveaux.

    Laïla TRIKI


    Interview de Cheikh Afandi

    Une société arabe d'investissement
    en cours de montage


    Une société arabe d'investissement est en cours de montage par Cheikh Afandi, homme d'affaires saoudien d'envergure internationale. Elle permettra aux entreprises arabes, aujourd'hui bloquées par les problèmes de financement, de participer aux projets lancés par leurs Etats.


    - L'Economiste: Vous êtes en train de mettre sur pied une société arabe d'investissement. Quel est actuellement l'état d'avancement de votre projet?
    - Cheikh Afandi: Notre projet date d'il y a plusieurs années lorsque l'on a créé la société arabe d'investissement de droit marocain. Mais la mise en place effective du projet a pris du retard vu les difficultés d'ordre juridique rencontrées. L'objectif de cette société est le financement des projets arabes qu'un seul pays est incapable de financer à lui tout seul. L'esprit de la Société Arabe d'Investissement est que ses fonds soient constitués en partie par l'épargne privée. Le problème est qu'il s'est avéré impossible à une société de droit marocain de lever des fonds en Egypte par exemple. Mais nous avons trouvé les solutions que l'on espérait appropriées.

    - Quelles ont été les solutions imaginées?
    - Nous avons opté pour la constitution de sociétés d'investissement dans chaque pays arabe qui répond au cadre législatif de ce pays. Ces sociétés recevront une participation dans leur capital de la maison mère à hauteur de 20 à 60%, et il y aura un mixage entre l'ensemble des sociétés arabes d'investissements. A aujourd'hui nous avons créé une société d'investissement en Arabie Saoudite, nous sommes en train de mettre en place de nouvelles entités en Syrie, en Egypte et nous viserons le Maroc le mois prochain.

    - Comment se présente l'accueil du petit épargnant?
    - Nous en sommes très satisfaits. Le but de la création de ces entreprises est de promouvoir un cercle vertueux de financement capable de se solidariser avec des projets arabes nationaux.

    - Quel est le schéma de financement des projets?
    - Le financement des grands projets serait à la charge de l'ensemble des pays arabes. Le financement ne serait pas uniquement à concurrence du capital consolidé de l'ensemble des filiales. L'esprit est que la société arabe d'investissement "adopte" un projet et invite les banques et les institutions financières à participer à son financement. Mais elle en demeurera le chef de file. Son apport consiste essentiellement dans la sécurisation des organismes financiers.

    - Au niveau marocain, avez-vous déjà entamé des contacts avec des investisseurs locaux?
    - Il est à rappeler tout d'abord que le Maroc a accordé des facilités pour la constitution de la société arabe d'investissement qui est une "off-shore company", c'est cette dernière qui est appelée à s'ériger en société mère.
    Les tractations au niveau marocain sont très positives. Quatre grandes banques de la place, à savoir Banque Populaire, BCM, Wafabank et BMCE, ont déjà donné leur accord de principe quant à la participation au capital de la société locale d'investissement. Par ailleurs, une centaine d'investisseurs marocains de différents secteurs d'activité ont exprimé à travers leur banque leur souhait de participer au capital de cette future société.

    - La société arabe d'investissement aura-t-elle pour objectif le financement des grands projets d'infrastructures?
    - Oui, mais elle aura également pour rôle le financement de la petite industrie, car il est relevé un déficit important de la PME au niveau de l'ensemble du Monde arabe.
    Nous avons décidé, pour la petite industrie, non pas un financement direct, mais à travers des services. Nous avons jusqu'à présent identifié sept services que nous mettrons à la disponibilité des PME. Il s'agit du financement, de l'achat du matériel, de la formation, du conseil en restructuration, de la commercialisation, de l'information et enfin de la recherche scientifique. Nous avons opté pour ce mode de financement, car nous avons remarqué que les moyens financiers ne résolvent pas les problèmes de la petite industrie.

    - Qu'en est-il de la participation de la société arabe d'investissement dans les grands projets d'infrastructures marocains?
    - La société arabe d'investissement pourra financer la totalité des grands projets si l'étude de faisabilité s'avère prometteuse. Mais nous estimons que les Etats arabes doivent entamer le processus de concession des services publics, car il n'est pas admis qu'une nation attende trop longtemps pour la construction de routes par exemple, qui constituent un facteur de développement.

    - Vous êtes là à Séville, à l'occasion du IVème Colloque International sur la Liaison Fixe du Détroit de Gibraltar. Parmi vos projets, comptez-vous ce dernier?
    - Lors de notre première entrevue avec Sa Majesté le Roi Hassan II, le Souverain nous a déclaré: "j'espère voir l'entreprise marocaine jouer un rôle dans la construction de la liaison fixe à travers le Détroit de Gibraltar".
    Depuis, nous travaillons très sérieusement pour être à la hauteur de la considération qui nous a été accordée.

    Propos recueillis
    par Laïla TRIKI

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