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    Economie

    L'histoire et le portrait du syndicalisme marocain reconstitués par Gallissot

    Par L'Economiste | Edition N°:502 Le 07/05/1999 | Partager

    · Agitée et complexe, c'est ainsi que le sociologue René Gallissot qualifie l'histoire du mouvement ouvrier
    · Avec la création de l'UMT en 1955, le mouvement syndical a négocié un autre virage dont les rebondissements continuent jusqu'à aujourd'hui

    Dictionnaire Biographique
    du Mouvement Ouvrier
    Par Albert Ayache
    Avec la collaboration de René Gallissot et Georges Oved
    Collection Jean Maitron
    Edditions Eddif - 1998


    En quelle période le Maroc a connu un début de législation sociale? Quelle est la première organisation syndicale? Quels ont été les points de démarcation du mouvement syndical? Ce sont là quelques questions auxquelles M. René Gallissot a tenté d'apporter une réponse dans la présentation et l'introduction du «Dictionnaire du mouvement ouvrier au Maroc». Edité en 1998 aux Editions Eddif, cet ouvrage a été rédigé pour l'essentiel par l'historien Albert Ayache, mais dont la direction a été assurée par M. René Gallissot en collaboration avec M. Georges Oved(1). L'ouvrage fait ainsi une présentation brève mais très concise de tous les militants autochtones et européens, syndicalistes, socialistes, communistes et nationalistes. Des noms parfois célèbres comme Abderhman Youssoufi ou totalement inconnus se côtoient depuis les années vingt à l'Indépendance en 1956.
    Outre les militants présentés dans ce dictionnaire, M. Gallissot a bel et bien dépoussiéré l'histoire et surtout la création du mouvement ouvrier marocain. Apparu au début des années 1920, ce mouvement s'élargit après 1945 en prenant une part directe aux luttes de libération pour donner naissance à la centrale qu'est l'Union Marocaine du Travail (UMT).
    Un des points d'achoppement de l'analyse de M. Gallissot est la dissection de la ligne de tension et de partage du mouvement ouvrier sur la question nationale et coloniale. Et d'entrée de jeu, il donne le ton. «On pressent l'importance des professions à statut puis de la fonction publique comme voie de promotion et d'établissement des «Européens» d'abord, puis lieu et objet des aspirations et de la contestation nationales. De plus, ce mouvement national tend à la conquête de l'Etat.
    Ce dernier est d'abord une source de revenu salarié ou un instrument de placement, ce qu'était déjà «l'Etat administratif» colonial», explique M. Gallissot.

    Syndicalisme d'encadrement


    Du coup, ajoute-t-il, l'extension du salariat a conduit à l'établissement d'un «syndicalisme d'encadrement».
    Dans son introduction, M. Gallissot revient aux prémisses de la constitution du «mouvement ouvrier». Selon lui, c'est le départ du maréchal Lyautey, premier résident général de France au Maroc, et l'arrivée du résident Steeg qui ont favorisé le développement du «mouvement corporatif»: association de fonctionnaires, d'employés, d'ouvriers même. Ainsi, l'appellation syndicat a vu le jour avec l'adhésion de quelques associations à la CGT en France. En tête de course à cette adhésion, les instituteurs (1926), les postiers (1927) et l'association générale des fonctionnaires. Cette dernière a été d'ailleurs à l'origine de la création en mars 1930 de l'Union Locale des Syndicats de Casablanca. Et ce n'était que le début. En effet, la syndication de plus en plus poussée à travers cette organisation a conduit à la constitution, le 22 juin de la même année, au congrès de Casablanca, de l'Union Marocaine des Organisations Syndicales Confédérées (UMOSC). Quatre années durant, les syndicats «sommeillaient». En revanche, l'année 1934 a consacré une série de mouvements de grève, «marquant aussi l'éveil de la solidarité de classe dans ce qui demeurait une ébauche de prolétariat». Conséquence, «un commencement de législation sociale pour tous dans un pays qui n'en avait pas». Parallèlement à cette montée en puissance des syndicats, le nombre des adhérents allait grandissant. Ainsi, de 13.400 adhérents au 31 décembre 1943, ils se sont élevés à 70.000 en mars 1948. Mieux, les deux tiers de cette masse étaient Marocains. A cette date justement, la résidence générale a dû accepter un protocole d'accord. Les salaires étaient ainsi augmentés de 50%, le minimum légal est passé de 23 à 34,6 F. De plus, le principe de «droit syndical» était reconnu. Quel bonheur... Mais tout ne s'apaisa pas pour autant. Des grèves dures continuaient à se développer dans les centres miniers et chez les travailleurs de l'Etat notamment.
    Indéniablement, ce sont les années 1950 qui ont assisté à la reconfiguration totale du mouvement syndical. Et pour cause, un grand nombre de mutations économiques et humaines se sont opérées au cours de cette période. Preuve en est la masse de capitaux publics et privés investis entre 1946 et 1953: 600 milliards de Dollars, soit presque 40% des 1.500 milliards reçus depuis 1919. Le chamboulement du paysage syndical a ainsi engendré la création de l'Union Marocaine du Travail, le 20 mars 1955. Mais là, le mouvement syndical a négocié un autre virage dont les rebondissements continuent jusqu'à aujourd'hui.

    Hassan BOUCHACHIA

    (1) Auteur d'une thèse sur la gauche française et le nationalisme marocain



















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