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    L'histoire d'un industriel espagnol à Jorf Lasfar

    Par L'Economiste | Edition N°:646 Le 25/11/1999 | Partager

    · Il a construit le premier bateau de guerre pour le gouvernement uruguayen

    · Des clients peu solvables, un accès difficile au financement et le sempiternel problème du foncier: les principales entraves à l'investissement dans ce créneau

    A la fin du 18ème siècle, Senior Fransisco Sanchez était déjà un constructeur naval bien réputé en Espagne. Et pour cause, il avait construit le premier bateau de guerre pour le gouvernement uruguayen. Transmis de père en fils, le savoir-faire de la famille Sanchez a été couronné par la construction du premier bateau devant mener la première expédition scientifique de l'Espagne en Antarctique, au Pôle sud. "Nous nous sommes installés au Maroc pour apporter notre savoir-faire au secteur de la construction navale mais aussi pour profiter de l'élan de développement de la flotte de pêche marocaine", déclare d'emblée M. Manuel Diaz Madarro, le petit-fils de Senior Fransisco et administrateur de la société de construction navale Grand Maghreb.
    En fait, si M. Madarro a investi dans un chantier naval à Safi en 1990, puis un second en 1996 à Jorf Lasfar, c'est qu'il considérait que la flotte actuelle bénéficiera tôt ou tard d'un programme de mise à niveau. Démarche a priori réussie, puisqu'un programme de mise à niveau de la flotte côtière a été lancé en 1997. Moins d'une année après, l'ancien programme (1996-2000) est abandonné au profit de la version 1998-1999. Ce revirement dans la politique du Département de la Pêche signifie pour ce constructeur un retour à la case-départ, sinon un véritable coup de massue.
    En fait, le changement de la politique de modernisation des bateaux côtiers n'est pas le seul "facteur" à l'origine de cette conjoncture difficile que traverse ce constructeur.
    La présence de la flotte européenne et particulièrement espagnole dans le cadre de l'accord de pêche, la vétusté de l'armement marocain et le contrôle maritime insuffisant sont autant de facteurs qui justifient cette situation. Et bien entendu, c'est par l'aval du secteur que commence l'effondrement du château de cartes, autrement dit la construction de bateaux.

    "Concrètement, pour atteindre le seuil de rentabilité, un chantier devra construire au minimum quatre bateaux par an, alors que nous n'en sommes qu'à trois actuellement", martèle M. Norberto Diaz Sanchez, fils de Manuel Diaz Madarro et ingénieur industriel. Plus concrètement encore, un budget de 22 millions de DH par an pour équilibrer les comptes de ce constructeur naval (à raison de quatre bateaux de 21 mètres et de 450 chevaux d'une valeur de 5,5 millions de DH chacun par an). D'un ton presque impuissant, M. Fransisco, le frère de Norberto, qui est aussi administrateur, indique que les chantiers navals en Espagne arrivent à tirer leur épingle du jeu grâce à la maintenance des bateaux. Aussi l'armateur devra-t-il investir entre 10 et 15% de la valeur du bateau annuellement pour la partie maintenance seulement.
    Situé au port de Jorf Lasfar à 18 km d'El Jadida, le site d'implantation pose un problème sérieux pour ce constructeur naval. En effet, son terrain appartenant au domaine maritime public, ce constructeur se voit difficilement accorder des crédits bancaires.

    En dehors de la BEI (Banque Européenne d'Investissement) et la BNDE (Banque Nationale de Développement Economique), les autres banques ne débloquent pas de crédits pour ce constructeur, en raison du manque de garantie, sous forme d'un nantissement de terrain notamment. Dans le chapitre du foncier toujours, le statut juridique du terrain lui-même pose problème. Il s'agit de la formule d'occupation temporaire régie par une loi vétuste datant de 1918. Pour M. Manuel qui a établi un contrat de 10 ans pour "occuper temporairement" ce terrain de 12.500 m2 pour une redevance de 140.000 DH par an, le risque réside dans le non-renouvellement du contrat avec le Ministère de l'Equipement. Or, il a investi jusqu'à présent 11 millions de DH.
    En tout cas, l'histoire de la famille de "Senior Fransisco" ne risque pas de se terminer de sitôt. A quelques jours de l'expiration de l'accord de pêche, les turpitudes de ce feuilleton devraient connaître des "rebondissements spectaculaires".
    Le malheur des uns fait le bonheur des autres: contrairement à ses compatriotes armateurs espagnols, ce constructeur devra tirer de grands bénéficies de la non-reconduction de cet accord et ce, quel que soit le futur scénario...


    Comment un litige commercial s'est transformé en affaire pénale


    «Escroquerie, Abus de confiance, vol et non-exécution de contrat». Telles sont les accusations portées contre la société «Construction Navale Grand Maghreb» dans le litige qui l'oppose à l'armateur Mustapha Amghouz.
    L'entreprise Grand Maghreb reproche à ce dernier d'avoir exploité son bateau alors qu'il n'a pas reçu de mainlevée. Ce document est délivré par le constructeur après une période d'essai où les deux parties sont présentes aux côtés d'un représentant de la Délégation de la Marine Marchande. De là, l'armateur saisit la justice. A rappeler que l'article 69 du code maritime précise que le bateau demeure la propriété du constructeur tant que la livraison n'a pas été effectuée.
    Après la convocation par le procureur du Roi en date du 2 novembre dernier, la première audience a été fixée au 10 novembre. «D'entrée de jeu, l'affaire recèle un vice de forme», conteste Me Hassan Ribouh, en charge du dossier de M. Manuel Diaz Maddaro, administrateur de la société «Grand Maghreb». Et d'ajouter: «L'article 369 du code pénal précise qu'un délai devra séparer la date de convocation de celle d'audience». Ce qui n'est pas le cas, puisque la première séance a été fixée seulement 8 jours après la date de la convocation.
    La séance est reportée pour aujourd'hui 24 novembre en raison de l'absence du traducteur et afin que la défense puisse se préparer.
    De plus, affirme Me Ribouh, une saisie conservatoire vient d'être opérée sur le chantier naval. La décision a été prononcée par le tribunal de commerce de Casablanca. Aucune précision n'est toutefois portée sur le montant de l'indemnité.
    Au stade actuel de l'enquête, les avocats des deux parties ne divulguent pas leurs stratégies respectives. En tout cas, le constructeur naval se dit être largement affecté suite à ce procès.

    Hassan BOUCHACHIA

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