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Culture

L'Espagne: Floride ou Californie de l’Europe?
Par Francis Ghilès

Par L'Economiste | Edition N°:2671 Le 12/12/2007 | Partager

Francis Ghilès est Senior Fellow de l’Institut européen de la Méditerranée à Barcelone. Correspondant chargé de l’Afrique du Nord au Financial Times, consultant international, il collabore régulièrement au BBC World ServiceL’économie espagnole connaît une croissance continue depuis quatorze années. Le taux de chômage a chuté fortement grâce à la création d’emplois nouveaux. Où que l’on aille dans ce pays, l’optimisme est de mise. Les infrastructures – autoroutes, aéroports, hôpitaux – sont généralement de qualité et souvent flambants neufs. Nombreux sont les visiteurs qui n’en reviennent pas qu’un pays qui il y a une génération était dirigé par un dictateur à l’agonie, se soit mué en un pays moderne, ouvert sur le monde et démocratique. Le débat politique est, il est vrai, quelque peu strident mais le chef de l’Etat, le roi Juan Carlos Ier et son épouse Doña Sofia incarnent à la perfection un pays réconcilié avec lui-même – un chef de l’Etat que bien des pays européens pourraient envier à l’Espagne.Les compagnies espagnoles ont mué elles aussi. On retrouve dans d’autres secteurs des réussites toutes aussi spectaculaires: Santander, un des groupes bancaires les plus importants au monde, et Ferrovial, un géant de la construction, sont des noms connus en dehors de leur pays. Telefonica est la plus grande entreprise de téléphonie fixe et mobile en Europe et la cinquième au monde: elle a fait des investissements importants en Europe (Italie et Royaume-Uni) et en Amérique latine. Une compagnie, qui appartient au géant de l’immobilier Metrovacesa, a payé 2,2 milliards de dollars (20 milliards de DH) pour l’immeuble qui abrite le siège du géant bancaire HSBC à Londres.. Le prix de l’immobilierNéanmoins le baromètre n’est pas nécessairement au beau fixe: au printemps l’indice boursier espagnol, l’Ibex, chuta de 3% en une semaine suite aux difficultés de certaines compagnies dans le secteur de l’immobilier. Les prix de l’immobilier continuent de grimper, mais a un rythme beaucoup plus modeste que par le passé. Il faut savoir que la construction représente 20% du PNB espagnol et que de nombreux appartements et maisons sont vendus comme résidences secondaires à des Espagnols et des étrangers qui souhaitent assurer leur retraite sous des cieux cléments. L’aspect spéculatif de ce secteur est inquiétant et une série de scandales récents, autour de Marbella et ailleurs, a souligné à quel point ce secteur pouvait être synonyme de blanchiment d’argent tant de nationaux espagnols que de mafias notamment italiennes et russes. L’économie espagnole reste déséquilibrée et la productivité s’y est détériorée ces dernières années. Elle reste peu diversifiée. Les aciéries et chantiers de construction navales sont des reliques de l’époque franquiste, la construction automobile est le fait de compagnies étrangères qui surent bénéficier d’une main-d’œuvre peu chère mais dont le coût croît rapidement comparé à celui de pays de l’Est nouvellement entrés dans l’Union européenne. Certains disent, en plaisantant seulement à moitié, que l’Espagne est la Floride de l’Europe. D’autres songent qu’il serait peut-être plus prometteur pour l’avenir que le pays puisse se transformer en Californie de l’Europe. Pour qu’une pareille transformation ait la moindre chance de se produire, il faudra confronter deux défis majeurs: un niveau d’éducation qui reste très faible comparé à la moyenne européenne et une capacité d’innovation et de design qui, en dehors de Barcelone, Madrid et quelques autres centres beaucoup moins importants est encore défaillante. Le miracle accompli depuis trente ans se répétera-t-il? Il n’est pas interdit d’y penser. Le défi à relever est de bâtir sur le succès des multinationales espagnoles dans le secteur de la banque, la téléphonie, la construction et l’habillement et développer les petites et moyennes entreprises qui restent peu nombreuses.


L’offensive des banques

L'offensive ici est souvent menée par les grandes banques. Le groupe bancaire BBVA dont les racines sont basques est présent au Mexique et s’engage en Asie aujourd’hui. Santander a acheté Abbey National en Angleterre en 2004. L’investissement en systèmes informatiques de pointe a aidé ces banques à connaître le profil de leurs dépositaires et à se transformer en compagnies dites de services financiers. Le succès de ces banques doit beaucoup à l’ouverture des années 1970 qui a permis à de nombreuses banques étrangères d’investir en Espagne. Mais, trois compagnies dont deux banques, Santander, BBVA et Telefonica comptabilisent deux tiers de la capitalisation du marché boursier. D’autres secteurs ont suivi en Europe: Ferrovial a acheté 62% du capital du British Airports Authority pour 10,1 milliards de livres sterling en 2006. La moitié des profits de Ferrovial viennent de la BAA aujourd’hui mais le groupe a dû s’endetter lourdement pour mener à bien cette opération – 33 milliards d’euros. Iberdrola a acheté Scottish Power récemment et les compagnies espagnoles ont dépensé 60 milliards de dollars pour acheter des compagnies anglaises ces dernières années. Des entrepreneurs ambitieux comme José Manuel Entrecanales a bâti un leader mondial Acciona dont la spécialité est l’extraction de l’énergie du vent.


Zara, Mango et les autres

Il y a un peu plus d’un quart de siècle un grossiste d’origine turc, Isak Andic, s’installait à Barcelone dans le quartier de Balmes, en 1984 il ouvrait le premier Mango sur le Paseo de Gracia, aujourd’hui, la chaîne Mango – qui a 880 magasins de par le monde dans 83 pays – tout comme la chaîne Zara sont des noms familiers dans le monde entier. Zara a aujourd’hui un chiffre d’affaires qui dépasse celui de la chaîne américaine Gap. C’est tout simplement la plus importante chaîne de magasins de vêtements au monde, une chaîne qui a su adapter l’informatique, des délais de fabrication courts et une offre extrêmement variée et rapidement disponible a un marché en évolution constante. Zara fait partie du groupe Inditex qui est basé à La Coruña en Galice, dans le nord de l’Espagne. Le groupe a 3.200 magasins dans 64 pays. Un tiers est des Zara, les autres sont des Pull and Bear et des Massimo Dutti. Les ventes du groupe ont triplé depuis six ans, 60% des revenus de 8 milliards d’euros proviennent de ventes hors d’Espagne!


60 millions de touristes pour 43 millions d’habitants!

Si l’on retire la construction et le tourisme (60 millions de touristes chaque année dans un pays qui compte 43 millions d’habitants), on s’aperçoit que l’économie du pays reste peu diversifiée. D’autre part, le saccage du paysage de l’ensemble de la côte méditerranéenne de l’Espagne et des revenus du tourisme qui tendent à se stabiliser sans compter des ressources en eau qui ont de plus en plus de mal à faire face à la demande, soulignent que le modèle qui a si bien réussi atteint peut-être ses limites. Cet état des choses a encouragé certaines compagnies espagnoles à chercher à croître hors de la péninsule. Dans les années 1990, elles dépensèrent 80 milliards de dollars en acquisitions en Amérique latine, suivi par l’Europe et la Chine. Deux questions sont posées sur le futur: tout d’abord en dehors de ces grandes entreprises il y a peu d’entreprises intermédiaires, de nombreux espagnols ne cultivant guère la notion de risque. Ce manque d’entreprises moyennes et performantes contraste fortement avec l’Allemagne. La deuxième a trait à l’endettement qui est fort. Or l’expansion de ces dernières années a été facilitée par des taux d’intérêt très bas: qu’adviendrait-il s’ils devaient monter fortement?

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