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Economie

Les trésoreries sont à la plage

Par L'Economiste | Edition N°:290 Le 24/07/1997 | Partager

Payer le plus tard, encaisser le plus vite. Voilà un adage de gestion de trésorerie qui dérive vers le mauvais paiement, surtout en été. C'est tout le monde des affaires qui perd à ce jeu de cache-cache.


Le patron n'est pas là; pour votre chèque, revenez à la rentrée.
Tous les patrons ne sont plus là en cette période de l'année, et le seront encore moins en août. Même si l'entreprise produit, vend, encaisse, le patron n'est plus là pour signer les chèque, même quand ce n'est jamais lui qui signe les chèques. Aucun Dirham ne doit sortir, car aucun Dirham ne rentre. Est-ce un crash? Non, puisque les plages, les hôtels et les avions se remplissent bien. C'est 1/12 de crash, qui ne touche qu'un mois, d'une économie déjà atone.
Il s'ajoute à un autre petit crash, celui de Ramadan, où l'argent ne circule pas, sauf bien sûr entre les mains des marchands de tomates et de féculents. Au total, c'est 2/12, soit 16% du temps où le carburant-argent n'irrigue pas le moteur de l'économie. Ce ne serait pas si grave si, le reste du temps, il circulait bien. En fait, il circule toujours mal, car le retard de paiement, puis l'impayé sont le sport national. Le réflexe est d'attribuer l'épidémie à l'Etat qui règle mal les marchés publics et qui crée un phénomène boule de neige.

L'Etat a bon dos. Bien avant les marchés publics, et dans les années 30, deux écrivains se promenaient à travers le Maroc et observaient les moeurs. Jérome et Jean Tharaud relevaient que les Marocains étaient «aussi bon marchands que mauvais payeurs» et que chacun passait son temps à réclamer son dû. C'est du roman, et colonial de surcroît.
Mais revenons à cette fin de siècle et au niveau du commerce basique, des épiciers et des petits carnets. Beaucoup ne sont payés que parce qu'ils peuvent arrêter la livraison du lait, du savon, des oeufs et surtout la vitale bonbonne de gaz. A sont tour, l'épicier joue à cache-cache avec son grossiste, qui lui-même n'est pas là pour l'industriel qui, lui, n'a rien à verser à ses fournisseurs. C'est ainsi pour tous les secteurs de grandes filières où les marchandises circulent sans contrepartie. Les facilités de paie-ment, argument commercial, aboutissent à des abus.

Rapidité, sécurité


Pour une fois le monde des affaires, grosses et petites, ne peut se plaindre que de lui-même. Ce n'est pas le coût de l'électricité ou les procédures d'une bureaucratie qui lui sont imposés. Ce sont ses propres moeurs. L'ennui, c'est que ce jeu est dangereux, car à force de jouer avec la trésorerie, ce sont des entreprises qui sont étouffées, voire des activités qui sont rayées du PIB. Ce fut le cas de la location im-mobilière, activité économique combien porteuse d'emploi et socialement utile. A force de retard de loyer, il n'y a plus d'offre de loyer, et c'est «la crise du logement». Chacun s'en remet aujourd'hui à l'Etat, pour une justice plus rapide, sur un grave problème qui, à l'origine, n'est que retards de paiement et impayés.
Et si l'Etat, pour tous les secteurs, en venait à interférer pour raison d'intérêt public dans ce sport national hautement dangereux. Il devrait bien sûr montrer l'exemple et régler rapidement ses factures, mais aussi rétablir, par la justice, les deux fondements de la vie des affaires, consacrés par le droit commercial: la rapidité et la sécurité.

En la matière, des paiements qui ne sont pas rapides, ce sont des coûts financiers supplémentaires qui grèvent la compétitivité, bien plus qu'une augmentation du Smig. Un effet à 90 jours, c'est un coût de réescompte. Quand il revient impayé, c'est encore un coût des agios, des démarches des re-couvreurs. Voilà un handicap flagrant de compétitivité sur la Malaisie ou Taiwan, où chacun paye à temps par culture commerciale, pour ne pas perdre la face et toute sa crédibilité.
On retrouve alors la sécurité. Combien d'affaires ne sont pas conclues par crainte d'impayés. Combien de créneaux, de marchés ne sont pas ouverts. C'est de l'argent, des emplois qui sont perdus. Il n'y a que les banquiers qui gagnent à ces dangereuses acrobaties de trésorerie. Et encore! Même eux, ils auraient préféré quelques solides investissements, bien garantis.

Khalid BELYAZID

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