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    Les syndicats, la politique et le tourbillon social
    Par Mohamed Larbi Ben Othmane

    Par L'Economiste | Edition N°:2767 Le 30/04/2008 | Partager

    Professeur chercheur à la faculté de Rabat, Mohamed Larbi Ben Othmane a été membre du cabinet du ministre des Finances dans les années 80-90. Il a participé et présidé à diverses commissions ministérielles (restructurations du secteur public, contrats-programmes, privatisations). Il est un spécialiste du droit économiqueAu Maroc, il est rare que le syndicalisme soit vu avec satisfaction. Ni les salariés, ni le patronat et encore moins le pouvoir ne lui accordent de véritable satisfecit et cela depuis bien longtemps. En fait, depuis un demi-siècle, le syndicalisme marocain a réuni toutes les causes de divisions et de régression qui l’on chargé de tares et lui ont fait perdre son âme.. Chauffer les troupesC’est d’ailleurs avec cet ordre syndical dispersé que le dialogue entre les partenaires socio-économiques et l’Etat a été engagé depuis que ce dernier a décidé de l’enclencher pour la première fois dans les années 90. Généralement, ce type de dialogue commence par une large couverture médiatique et termine en queue de poisson sans qu’il soit permis de savoir qui s’est engagé et à quoi, selon quel timing et selon quelle évaluation financière? La conclusion de l’accord peut certes exceptionnellement aboutir à des résultats précis. Pour cela, il a toujours fallu que le pouvoir ait intérêt à annoncer ou à profiter d’une accalmie en matière de revendications ouvrières (F. Benseddik: Syndicalisme et politique au Maroc, L’Harmattan, 1990). Cela arrive particulièrement quand il est par exemple à la veille d’un événement makhzénien symboliquement important. La conclusion dans la précipitation et coûte que coûte de l’accord de l’année 2003 a bénéficié d’une conjoncture similaire. Tous les observateurs parlent et s’étonnent encore des conditions dans lesquelles le code du travail a été adopté à cette occasion.Comme les fois précédentes, le dialogue social actuel est entamé avant la fête du Travail, moment où les Centrales doivent chauffer leurs troupes et démontrer leur représentativité sur le terrain.Méthodologiquement, il aborde deux aspects dits «essentiels»: les revendications à caractère pécuniaire et celles qui portent sur des demandes institutionnelles. En fait, celles qui retiennent de bout en bout l’attention se sont les premières et en tant que tel, le dialogue social sera considéré comme une réussite ou un fiasco selon les résultats obtenus en matière de révision du Smig et des augmentations de salaires. Compte tenu de la tournure que prend la cherté de la vie et de la fragilité qui en résulte pour la stabilité du pays, cette question est aujourd’hui particulièrement préoccupante (Le Monde du 12/04/2008). Sur ce constat, chacun y va de son couplet, même les réfractaires d’hier, même ceux qui veillent sur la sécurité et dont l’intervention peut faire fléchir les positions des uns et des autres. En tout cas, la communication publique dit déjà accorder à ce sujet «la priorité aux catégories pauvres et démunies». Elle ne dit juste pas comment le faire dans le cadre d’un dialogue avec les syndicats.En fait, le gouvernement (tenu aussi à la protection des entreprises pourvoyeuses d’emplois et de recettes fiscales) doit préserver, face à ces revendications, trois données fondamentales: calmer et tenir la classe moyenne, maintenir la cadence des investissements et préserver les équilibres macroéconomiques.. Moins de 10% des salariésEn s’appuyant sur ces données et sur les conséquences de la flambée du coût de la vie qui peuvent couver des émeutes populaires, les syndicats, malgré leurs divisions, savent qu’ils peuvent revendiquer du concret. Ils savent aussi que leurs bases perdent patience. Ils savent également que le gouvernement ne refuserait pas d’être acculé à trancher parmi ce qu’il considère ses priorités. Ils savent surtout que celui-ci a déjà un pied dans «le juste milieu» et qu’il appellera cela lâcher du lest.De ce fait, le dénominateur commun de leurs revendications se ramènent principalement à une hausse significative des salaires compte tenu de l’augmentation des prix des produits de premières nécessités et des services comme la santé et l’éducation. Le patronat, à sa manière, semble accepter le jeu. Au lieu de refuser d’emblée une valorisation du salaire minimum, il en accepte le principe en proposant un avatar, le Smig régional et en faisant une offre paquetée consistant en la révision du code du travail, la réglementation du droit de grève, une baisse fiscale de l’IR et de la TVA, le tout assorti d’une paix sociale. En somme, rarement les syndicats ont été dans une position aussi favorable. Pourtant et très paradoxalement, leur démarche sur le terrain n’est pas sans reproches. Globalement, ils se livrent à une sorte de surenchère qui s’apparente à une guéguerre de tranchées. C’est une méthode qui fait que lorsqu’une Centrale est sur le point d’obtenir gain de cause sur un dossier, une autre réclame autant ou même plus dans un autre secteur.Certes, c’est une façon pour elles de marquer leurs territoires, mais c’est aussi une manière de faire capoter l’accord qui était sur le point d’être conclu. On l’a déjà dit plus haut, par ce jeu et cette démarche, celui qui en sort souvent perdant en dernier ressort, est bel et bien le salarié.Finalement, cette division syndicale même présentée comme une diversité n’est pas neutre. Elle suppose un prix, parfois chèrement payé par la masse des salariés. Plus, cette division éloigne les syndicats professionnels de leur objectif qui, pourtant et par définition même, consiste dans la défense et la promotion des intérêts économiques, sociaux et moraux des catégories qu’ils encadrent. Du moins, c’est la mission que leur assigne leur article fondateur dans le code du travail. Sauf que, c’est une gageure de pouvoir l’accomplir tant que les syndicats qui revendiquent une réelle représentativité sont au nombre de cinq et qu’ils se partagent moins de 10% des salariés.


    Syndicalisme de participation ou de revendication?

    Compte tenu de sa généalogie, l’Histoire du syndicalisme et du dialogue social marocains se retrouvent ainsi plutôt proche de celle du modèle français marqué par le multisyndicalisme et dans lequel toutes les Centrales sont traversées par un courant idéologique. A ce titre, il est beaucoup plus proche d’un syndicalisme de revendication que d’un modèle syndical de participation. Cette histoire est donc assez éloignée de celle des modèles de la Grande-Bretagne ou de l’Allemagne marqués plutôt par l’unionisme, c’est-à-dire par un syndicalisme qui fonctionne sous la houlette d’une seule et unique union syndicale, indépendante de tout courant partisan et caractérisée par un empirisme visant en priorité la revendication économique et sociale.Avec un tel modèle, le Maroc aurait pu, peut-être, avoir un autre paysage politique et sans doute… un meilleur dialogue social.


    Politique et division syndicale

    Cette division n’est pas d’aujourd’hui. Elle remonte à 1960, date de la scission du Parti de l’Istiqlal et de la création de l’UNFP. Dans cette scission, l’UMT a joué un rôle prépondérant en appuyant le nouveau parti. L’Istiqlal restant donc sans base ouvrière et syndicale se précipitera pour créer sa propre centrale maison, l’UGTM. Cette décision de l’Istiqlal sera lourde de conséquences. Car durant longtemps, l’Histoire et la sociologie politiques du Maroc ne pouvaient dire qui était plus déterminant que l’autre dans les courants patriotiques nationaux: le parti ou le syndicat. Les deux avaient leurs poids, et il est indéniable que durant la lutte anti-coloniale, le syndicat UMT était tout aussi puissant, représentatif et influent que la branche politique du mouvement national. Le syndicalisme de l’UMT n’était pas seulement autogérée, il a aussi été totalement autonome à l’égard du politique. Il le demeurera jusqu’à aujourd’hui, étant seul à défendre l’indivisibilité de la cause syndicale. Avec la création de l’UGTM, le Parti de l’Istiqlal a par contre inventé le syndicalisme dépendant, certains disent inféodé. Son rôle n’est pas de former au militantisme et de défendre les catégories qu’il encadre, mais de servir les intérêts du parti. Lorsque à son tour, l’UNFP éclatera et que de sa scission sortira l’USFP, celle-ci suivra l’exemple de l’Istiqlal en créant la CDT en 1978. Les conditions de sa création peuvent paraître historiquement différentes de celles de l’UGTM, mais ses conséquences sont identiques. Elle a consacré l’éparpillement d’une classe ouvrière et syndicale déjà peu consistante. En tout cas pas assez forte pour se présenter en tant que telle, comme un interlocuteur solidement représentatif.A la suite du malentendu politique entre l’USFP et son syndicat CDT, ce sera ironiquement cette fois-ci, à cette centrale syndicale de créer son propre parti politique. Un parti jusqu’ici inaudible. Pour ne pas être en reste, l’USFP et le PJD ont créé par la suite chacun sa centrale: la FDT et l’UNMT. Tous les partis et «particules» ont créé une section syndicale. On en compte actuellement plus d’une vingtaine. Dans cette couvée, celles qui tiennent le haut du pavé sont l’UMT (indépendante), la CDT, l’UNMT, l’UGTM et la FDT (toutes liées à un courant politique partisan).


    La tare de la division

    C'est en ordre dispersé qu’il tente de survivre, essayant de rappeler son existence pourtant nécessaire par des actions ponctuelles, des manifestations prédéterminées par l’agenda politique ou des participations au dialogue social décidé par le pouvoir. Dans toutes ces catégories d’actions et depuis longtemps, les syndicats n’y vont pas d’une seule voix, mais sous une multitude de fanions qui ne visent pas toujours du même côté. Or, s’il est un domaine où la diversité et la division ne sont pas une richesse mais cause première de la cacophonie et de la débilité, c’est bien celui de la revendication syndicale.Cette diversité qui caractérise le paysage syndical marocain est, en effet, une tare d’abord pour les Centrales syndicales elles-mêmes. L’explication de ces performances limitées réside dans le fait que ne pouvant présenter un dossier revendicatif unique, consensuel et éventuellement national, la Centrale se trouve d’abord en concurrence avec ses homologues. A l’égard de celles-ci, elle est obligée de jouer soit la surenchère soit l’opposition selon que ses concurrentes sont ou non proches de la coalition gouvernementale en place ou de celui qui détient le portefeuille ministériel concerné par la négociation.Ce faisant, les Centrales renvoient d’elles-mêmes une image brouillée à laquelle ne s’identifient ni les militants ni les salariés. Il en découle que c’est l’image du syndicalisme dans sa globalité qui perd en clarté et en attractivité.Cette division est également une source de difficultés pour les partenaires des Centrales. Car, autant est-il facile d’être acculé à la négociation sociale quand l’interlocuteur est identifié et incontournable, autant il devient tentant pour l’entreprise, le secteur d’activité ou le pouvoir de tergiverser et de reculer l’échéance de la négociation quand les représentants syndicaux se présentent en désordre et en rangs contradictoires. Le perdant en dernière instance, on l’a compris, est finalement la masse des salariés qui pâtira du défaut de conclusion de bons accords sociaux; des accords qui tiennent compte des revendications salariales sans ignorer les contraintes de l’économie et de l’entreprise.

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