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Les silences de Chirac: Pourquoi jouer le pouvoir présent contre les générations montantes!
Par Guy SORMAN

Par L'Economiste | Edition N°:1479 Le 19/03/2003 | Partager

La guerre contre l'Irak n'est pas la bonne réponse aux menaces de terrorisme ou d'agressions inopinées. Dans un premier temps, cas de l'Irak, la guerre peut effectivement contenir la menace, mais dans un second, par un choc en retour, elle suscitera d'innombrables actes de violence contre les Occidentaux. Mais le pacifisme n'est pas non plus une politique suffisante. Pacifisme qui, chez certains de ses apôtres, on le sait, n'est que la face civile d'un antiaméricanisme pathologique. Pacifisme qui est chez d'autres, comme les gouvernants russes ou chinois, le cynisme des bourreaux de Tchéchénie et du Tibet. Pour la France, si l'on veut bien soustraire la dimension anti-américaine et la vanité nationale de notre pacifisme, celui-ci est-il aussi rationnel que le prétendent nos dirigeants? Suffirait-il à imposer l'ordre, la paix et la justice dans le monde? A l'évidence non: le choix de la France apparaît comme raisonnable à court terme et insuffisant dans la durée. Il ne répond pas à l'exigence montante des peuples arabes ou africains pour plus de liberté politique et l'espérance du développement économique. Le choix de la France satisfait les élites en place, mais il est indifférent aux générations montantes; il satisfait les despotes et la rue, mais il ne coïncide pas avec une certaine idée de la France, nation supposée des droits de l'homme.De cette équivoque ou insuffisance de la position française témoigna l'accueil cordial réservé par les Algériens au président Jacques Chirac. La foule acclamait le président français mais pour obtenir des visas! Malheureux destin que celui d'un peuple réduit par l'incurie de ses dirigeants à fuir son pays; les mêmes Algériens, en privé, auraient souhaité que Chirac esquisse un soutien aux démocrates et aux minorités opprimées. Ce que le président français ne fit pas. Au nom du respect de la souveraineté algérienne? Mais cet argument n'est pas recevable sans nuances. Le soutien objectif au régime en place est une ingérence de fait de même qu'est une ingérence la relation commerciale privilégiée de la France avec les entreprises d'Etat algériennes.En jouant en Algérie le pouvoir présent contre les générations montantes, la France se range du côté du statu quo et elle n'apporte plus de message au monde. Ce peut être une option réaliste à court terme. Mais, pour l'avenir, elle semble sous-estimer le mouvement des peuples opprimés pour qui il est devenu clair que les dictatures militaires, l'exaltation nationaliste et les modèles collectivistes sont périmés. En France, il est élégant de critiquer la mondialisation qui érode les identités mais dans les nations prisonnières, un peu plus de mondialisation serait vécu comme une libération politique, intellectuelle et économique.Ce qui vaut pour l'Algérie s'applique à toutes les nations où de tradition, les peuples sont à l'écoute de la voix de la France, le monde arabe, l'Afrique, l'Amérique latine. A peu près partout, la diplomatie française soutient le statu quo, Irak inclusivement. Au Proche-Orient, les concessions du bout des lèvres accordées au principe de la démocratie ne pèsent pas lourd par comparaison avec les effets concrets de nos attitudes. . La figure moderne du racismeVoyez l'Egypte de Moubarak ou la Palestine de Arafat. Là encore, prétendre comme pour l'Algérie que la France ne saurait s'ingérer dans les querelles intérieures de ces nations est un leurre: aucun de ces régimes autoritaires ne survivrait un instant sans le soutien financier de l'Europe ou des Etats-Unis. Dans son appui au statu quo, la diplomatie française recourt à un ultime argument, particulièrement irrecevable, le prétendu respect des différences culturelles. Ces nations ne partageraient pas nos aspirations à la liberté d'expression, à celle du suffrage au développement par l'économie de marché. En somme, le despotisme, voire l'accoutumance à la pauvreté relèveraient de leurs traditions éminemment respectables. Ce relativisme culturel, figure modernisée du racisme, est fondé au pire sur le mépris et au mieux sur l'ignorance: en vérité, dans les sociétés musulmanes, l'individualisme, le désir de liberté, la recherche du mieux-être à la fois existent et s'ancrent dans l'islam lui-même. La répression dont souffrent ces nations ne doit rien à l'islam mais tout aux techniques modernes, souvent empruntées à l'Occident, d'élimination policière de la dissidence. Cette répression «justifiée« aujourd'hui par la lutte contre l'islamisme, l'était hier contre le marxisme ou le colonialisme. Des alibis inacceptables et au surplus inefficaces: plus de tyrannie produit toujours plus de violence et des générations de désespérés qui balancent entre l'exil et le terrorisme. . Le choix de GoetheEntre un désordre et une injustice, on se souvient que Goethe avait choisi l'injustice: n'est-ce pas aussi le choix de la France, ou plutôt la conséquence de ses choix? Ceux-ci qui dans l'immédiat semblent fondés ont apporté à notre pays un capital de confiance intérieur et international. Qu'allons-nous en faire? Si la ligne historique de Jacques Chirac perpétue le statu quo, la voix de la France perdra toute légitimité et les générations montantes ne nous le pardonneront pas. A l'inverse, il reste possible de valoriser la position actuelle de la France, dans un espace bref et fragile, pour avancer au-delà du statu quo un projet universel qui rendrait justice aux nations opprimées: un nouvel ordre mais juste. N'est-ce pas déjà le message de George Bush? Les Etats-Unis avancent désormais leurs pions sous couvert de la démocratisation; mais en admettant que leur message soit le bon, le messager est peu crédible et le monde arabe ne le croit pas. La France, sans être au-dessus de tout soupçon, serait plus légitime à porter un message de ce type; pour l'instant, elle est silencieuse. Le double oui à la paix et au statu quo n'annonce ni ne promet l'ordre juste qu'espèrent les opprimés.-----------------------------------------------------Essayiste et chroniqueur, Guy Sorman s'est illustré par ses prises de position iconoclastes, tant en matière économique que politique. Il est aussi maire adjoint à la Culture de Boulogne-Billancourt, dans l'agglomération parisienne

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