×Membres de L'Economiste Qui sommes-nousL'Editorialjustice régions Dossiers Société Culture Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière

Economie

Les «seul au monde» de Boulemane

Par L'Economiste | Edition N°:1932 Le 05/01/2005 | Partager

. Dans le Moyen Atlas,les habitants des douars enclavés doivent braver le froid et la faim. Cette année, les conditions climatiques sont particulièrement duresAïn El Khatem, 36 km au nord-est de Boulemane. Nous sommes au Moyen Atlas, à 1.640 mètres d’altitude, et il fait très froid. Un soleil timide réchauffe le douar qui semble à peine réveillé, après la tempête de neige qui a touché la région, quelques jours auparavant. Des couches de neige s’étalent à perte de vue dans cette région montagneuse. Il a fallu toute la maîtrise et le savoir-faire du chauffeur de taxi pour se frayer un chemin dans cet immense tapis blanc. Pour ce douar de quelque 600 habitants et une cinquantaine de ménages, les quatre jours qui ont suivi la tempête ont permis, de justesse, aux habitants du douar de dégager un chemin jusqu’à la route principale, à six kilomètres plus loin. Les travaux de déneigement effectués par le ministère de l’Equipement concernent uniquement les routes goudronnées. Ils n’arrivent pas jusqu’aux douars. Selon un responsable de la Subdivision de l’équipement de Boulmane, le déneigement des pistes qui mènent à ces douars représente beaucoup de difficultés et un énorme risque pour les niveleuses. Les citoyens, eux, peuvent se débrouiller!. Une brebis qui mange la laine d’une autre brebis«Nous avons passé une semaine pénible. Trois jours de neige, et quatre jours d’enclavement. Les habitants d’autres douars sont encore enclavés dans la montagne, à braver le froid et la faim», avance un habitant d’Aïn El Khatem. Ce douar reprend petit à petit sa vie normale. Des chefs de famille, pelles à la main, dégagent la neige devant les portes de leurs maisons. Les femmes sont occupées à étaler draps et couvertures par terre pour qu’ils profitent des rayons de soleil, après une semaine passée à l’ombre. Quelques enfants, profitant de leurs vacances scolaires forcées en raison de la tempête, s’amusent avec des boules de neige. «Cette tempête a été la plus forte et la plus longue depuis plusieurs années. Pendant que le ciel neigeait, sortir de chez soi est pratiquement impossible. L’on ne peut même pas voir où il met ses pieds», indique Mustapha, un habitant du douar. Après l’arrêt de la tempête, la neige est tellement haute qu’il est impossible d’ouvrir les portes des maisons. Le froid est insupportable. Les oreilles, les nez et les mains gèlent au bout de quelques secondes. Ceux qui ont été surpris par la tempête se sont trouvés face au manque de vivres et de bois pour se réchauffer. «Le fquih du douar a failli y laisser sa vie. On l’a trouvé presque mort de froid et de faim à l’intérieur de sa maison», ajoute Mustapha. Selon les habitants d’Aïn El Khatem, la vie est difficile dans la région. L’agriculture, essentiellement du blé et de l’orge cultivés dans de petits lopins de terre, n’est même pas suffisante pour la nourriture. Les habitants vivent essentiellement de l’élevage du bétail. «Beaucoup d’agneaux sont morts cette semaine à cause du froid et du manque de nourriture. Imaginez une brebis qui mange la laine d’une autre brebis. Je n’ai jamais assisté à un spectacle pareil», avance le fquih rescapé. L’eau collectée dans le bassin que les habitants utilisent pour alimenter les canaux d’irrigation a été complètement gelée. Lhcen, l’habitant du village le plus actif et qui a le plus participé dans les travaux de désenclavement, s’amuse à jeter de grosses pierres dans le bassin pour prouver qu’il est bel et bien gelé.Complètement isolé, le douar ne dispose pas de l’électricité. Et pour avoir de l’eau potable, Itou, une jeune fille du douar, doit parcourir près d’un kilomètre jusqu’à l’aïn la plus proche. A dos de son petit âne, elle parcourt ce trajet une fois par jour pour remplir quarante bidons de cinq litres. Pendant les jours qui ont suivi la tempête, et afin de donner également à boire au bétail qui ne sort plus de la maison, Itou était obligée de multiplier la quantité d’eau qu’elle transporte sur son propre dos cette fois-ci.A Aït Alla, un douar à dix kilomètres d’Aïn El Khatem, Fatima lave les vêtements de sa famille. A cause du froid et de la tempête, huit jours sont passés sans que cette bonne femme ne parvienne à faire la lessive. De très loin, Zahra s’approche lentement. Accompagnée d’un jeune du douar, elle porte son petit sur son dos et suit un âne qui transporte une énorme quantité de fougères pour le feu. Pour cette femme, le froid et la rudesse de la vie font partie du quotidien dans cette région. Cependant, la récente tempête a été difficile. «C’est la première fois que je suis partie chercher de la fougère après la tempête. La route a été complètement couverte de neige. Ma famille est restée six jours sans feu à souffrir du froid», raconte Zahra qui vient de parcourir environ deux kilomètres. Le mari de Zahra est berger. Pour 500 DH par mois, il doit garder un troupeau de 300 moutons et chèvres. Pendant le rude hiver, il part chaque jour vers 7h pour ne revenir qu’à 21h. Pour seule fortune, la famille de Zahra possède une vieille maison et deux poules. L’âne qui transporte la fougère, Zahra l’empreinte de chez un voisin. Cependant, elle conserve toujours un brin d’optimisme. «La neige apporte toujours une bonne récolte. Ne dit-on pas qu’après la tempête, il y a le beau temps…», avance-t-elle, souriante.


Glissades et fractures

Alors que les véhicules de déneigement de la Subdivision de l’équipement de Boulemane sont à l’arrêt dans l’entrepôt après une semaine de déneigement des principaux axes routiers, la neige couvre encore plusieurs rues de Boulemane. Pour se déplacer, les piétons, les vélomoteurs et les automobilistes doivent faire très attention. Les glissades sont très fréquentes à cause du verglas. «Plusieurs personnes ont eu des fractures après des glissades», assure Mohammed Kenzi, membre de la municipalité de Boulemane. «La municipalité n’a pas les moyens pour acquérir le matériel nécessaire et la Subdivision de l’équipement de Boulemane refuse de déneiger les rues de la ville. L’état de la région est désastreux et les habitants souffrent le martyre», ajoute-t-il. Mohamed AKISRA

Chère lectrice, cher lecteur,

L'article auquel vous tentez d'accéder est réservé à la communauté des grands lecteurs de L'Economiste. Nous vous invitons à vous connecter à l'aide de vos identifiants pour le consulter.
Si vous n'avez pas encore de compte, vous pouvez souscrire à L'Abonnement afin d'accéder à l'intégralité de notre contenu et de profiter de nombreux autres avantages.

Mot de passe oublié?
CAPTCHA
This question is for testing whether or not you are a human visitor and to prevent automated spam submissions.
ABONNEZ-VOUS
  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc