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    Les rêveurs se cachent pour pleurer Par Mohamed LAROUSSI

    Par L'Economiste | Edition N°:912 Le 08/12/2000 | Partager

    JE dois vous avouer que je ne suis pas du tout d'humeur à rigoler aujourd'hui. Au contraire. Mais comme c'est mon boulot… Quel dur métier! Bon, on y va. Mais si vous permettez, avant de commencer, je vous demanderais de fermer vos oreilles cinq secondes, car j'ai une envie irrésistible de crier. Et, vous devez bien vous en douter, ce n'est pas un cri de joie. Comme ce n'est pas (encore) interdit, il vaut mieux en profiter. Sait-on jamais? Attention j'y vais: Ahhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh. Ouf! Ca fait du bien. Comme dirait l'autre: «Ca libère«. Maintenant allons-y pour la rigolade. Tout d'abord, je vous dois une précision. Vous êtes en train de lire cette chronique avec un léger différé. En effet, suite à certains événements récents et dont je n'ai pas le droit de vous reparler, de nouvelles dispositions ont été prises afin de préserver la stabilité du pays et la tranquillité des citoyens. A cet égard, je suis obligé, de par ces dispositions, d'envoyer mon papier à qui de droit d'abord pour contrôle, avant de l'adresser à mon journal. Et comme, je suppose, ce ne sont pas des gens avec un sens de l'humour très développé, je ne suis même pas sûr que vous allez pouvoir lire cette précision. Ni même cette chronique. Ah! Je vous jure que ce n'est pas très pratique de travailler dans ces conditions. En plus, quand j'ai lu, l'autre jour, les conseils d'un éminent journaliste et néanmoins grand patron de presse, je me rends compte que c'est encore plus laborieux. Notre cher professeur recommandait vivement à tous les apprentis crieurs comme moi, je le cite: «Qu'avant de divulguer ou de commenter une info, il faut d'abord et impérativement se poser deux questions. La première: l'information que je rapporte a-t-elle quelque utilité pour mon pays? La seconde: sinon, quels intérêts occultes peut-elle servir?«. Alors, chers lecteurs, mettez-vous un peu à ma place. Comment écrire, et surtout, quoi écrire? Si je vous disais par exemple -mais je ne vais pas le faire car je risque d'être censuré- que le gouvernement algérien a augmenté le SMIG de 33%. D'après vous, une telle info, à supposer qu'elle soit vraie -car, comme tout le monde le sait, ces gens-là racontent toujours n'importe quoi-, disais-je, a-t-elle quelque utilité pour mon pays? Vous avez droit à trois possibilités de réponse: «Oui, mais…«, «Non, bien au contraire!« ou «Attention, on nous écoute«. Tonton, pourquoi tu tousses? Bon, j'ai compris, je vais changer de registre. «40% de la population citadine sont pauvres«. Ce n'est pas moi qui le dit. Je l'ai lu, incidemment, la semaine dernière dans un journal «normal«, enfin…un journal pas - à ce que je sache- au service de l'étranger. Dites moi donc: selon vous, celui qui a diffusé cette information malveillante et d'origine douteuse (une vague étude réalisée à Tanger par un vague bureau d'études) au service de quels services occultes travaille-t-il? Je vous le demande. Tonton, pourquoi tu tousses? Vous ne voulez toujours pas répondre? Tant pis, je continue. «Il n' y a que 809 cas de sida au Maroc, alors que la Mauritanie pays frère et proche, lui, peut s'enorgueillir d'en compter 10.000«. Je vous précise que cette information est sortie le même jour et dans le même journal, normal, patriotique et tout et tout. Là, je dois vous dire que vous répondiez ou pas, moi, je vais répondre. Moi, contrairement à vous, j'ai le courage de mes idées. Et tant qu'à faire, je vais répondre aux deux questions: Oui, cette information a une grande utilité pour mon pays, car elle nous éclaire sur le retard lamentable que nous avons, sur certains plans, sur nos propres voisins. Deux: ceux qui divulguent des secrets aussi intimes font objectivement le lit de nos ennemis et sont complices de tous ceux, très nombreux, qui n'ont qu'un seul désir: nous attaquer dans le dos. Attendez, je n'ai pas terminé. Avez-vous lu, dans une certaine presse en mal de sensationnel et de pub, l'histoire de nos cadres surdoués qui seraient, d'après eux, «en train de filer à l'anglaise, un à un«. Ils appellent ça: «la fuite des cerveaux«. Ce ne sont là que des contrevérités innommables. Comment peut-on nous faire croire à nous qu'il puisse exister sur cette terre bénie des dieux, des génies marocains qui ne seraient pas des patriotes et qui iraient, quelle infamie!, «vendre leur charme au plus offrant«? C'est impensable. En plus, ce sont les mêmes qui prétendent «qu'un diplômé sur trois est au chômage«. Ou «que le match nul Raja-Wac est un match arrangé«. Du délire! Au fond ils s'adressent à nos ennemis, tous ces malfrats disséminés à travers le monde, qui sont si jaloux de notre réussite, de notre soleil, de nos plages, de nos performances, de notre fantasia, de la super valeur de notre dirham, de notre (futur) pétrole, et surtout, de notre liberté. La fuite de cerveaux! Et puis quoi encore? Au fait, ça me fait rappeler cette feuille de... qui a osé, écrire à la une, que «s'il n'y avait pas le visa, il ne resterait pas grand monde dans ce bled«. Comme disait si justement un confrère, ces gens-là sont «des affreux pyromanes« qui veulent mettre le feu à la baraque. Et «qu'on n'a pas le temps de juger«. Il faut les boucler et le plus tôt serait le mieux. D'ailleurs, je vais appeler tout de suite les pompiers. Allô! C'est le 77? Tonton, pourquoi tu ne tousses plus? Bon week end et à Vendredi prochain. Si on me laisse.

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