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    Les revenus des sportifs marocains : Salaire tabou, retraite oualou

    Par L'Economiste | Edition N°:196 Le 21/09/1995 | Partager

    Les sports au Maroc sont lucratifs. Evoquer les finances des clubs reste un tabou. Malgré l'argent qui circule dans les sphères du foot, la reconversion des joueurs est difficile


    L'argent a investi les stades. Les salaires de la sueur se sont retrouvés dopés au point de rivaliser avec ceux des col-blancs. Dans l'athlétisme, sport lucratif par excellence, les comptes se font en monnaie forte. Un athlète empoche entre 20 et 30.000 Dollars en participant à un circuit international. En Dollars se calculent les bonus de la première place, de la meilleure performance de l'année ou du record. Même faire le lièvre rapporterait environ 1.000 Dollars. D'ailleurs, depuis les championnats du monde de Göteborg, la cote des athlètes marocains est à la hausse à la bourse des valeurs des meetings européens. Ils ne vont donc pas manquer de faire rentrer au pays des sommes en devises. Mais les plus jeunes rêvent d'égaler Aouita ou Gebre Selassié. En attendant ce jour, ils aiguisent leurs pointes lors des compétitions nationales où le vainqueur rafle 1.000 DH.
    Le football n'est pas en reste. Un joueur d'élite gagne en moyenne 20.000 DH par mois, les primes de matches comprises. Celles-ci varient d'un club à l'autre et suivant le résultat: jusqu'à 4.000 DH pour une victoire, la moitié pour un nul. Les entraîneurs ont automatiquement le double. Les arbitres ont leur grille calculée au km. Sans oublier la prime de signature qui varie entre 50.000 et 300.000 DH, selon la valeur du joueur.
    De même, dans les sports collectifs, les salaires versés aux joueurs atteignent 5.000 DH par mois. En basket, les pivots, majoritairement Sénégalais, touchent 7.000 DH. Le volley préfère les Tunisiens, le hand les Algériens.

    En participant aux tournois nationaux, les joueurs de tennis et de golf gagnent leur vie. En parallèle, certains donnent des cours d'initiation.
    Par contre, les arts martiaux cassent le plafond dans les quartiers populaires où des salles s'ouvrent à la place des garages. D'ailleurs, un tiers des pratiquants d'un sport s'entraînent à un art martial. L'histoire raconte que le développement de ce sport au Maroc est dû à deux Coréens. Ces précurseurs avaient formé une dizaine d'éléments à Fès pour les envoyer par la suite ouvrir des salles à travers le pays.
    Certes, les apports du sponsoring, du parrainage, de la billetterie et des dons avaient fini par grossir les caisses des clubs de diverses disciplines. Mais pour dévoiler les dépenses de leurs trésoreries, une réponse revient comme un leitmotiv: "à la discrétion des dirigeants."
    Le mot, lâché, renseigne sur des méthodes de gestion des finances du sport. Le pire arrive lorsqu'il s'agit de collecter des informations économiques précises: curiosité qualifiée d'"impudique". A ce stade, les réunions des responsables autorisés à communiquer se multiplient. "Il vient de sortir", "laissez vos coordonnées, il vous rappellera dès son retour" ... autant de refrains dans la bouche de ces parfaites secrétaires, complices du silence de leurs chefs. De pareilles attitudes donnent à penser qu'un système est érigé pour ne laisser filtrer le moindre renseignement exact. Certains font croire que le système qui régit le sport reste amateur. C'est pour cette raison que les sportifs ne paient pas d'impôt. Son exercice serait un loisir que tout un chacun pratique sans en attendre les moindres retombées matérielles. Evoquer donc l'aspect financier devient incongru.

    Place à la rumeur


    Cependant, nombreux répètent qu'en football "l'amateurisme est fictif, le professionnalisme erroné". Et la rétention de l'information économique n'aura pas manqué de féconder sa fille légitime qui a pour nom rumeur. Cette dernière se propage et grossit vite. D'ailleurs, ce sont ces rumeurs qui électrisent les différentes assemblées générales et les rendent houleuses.
    Il est évident que les gains de certains footballeurs peuvent paraître excessifs comparés aux salaires des ingénieurs... Sauf que la carrière d'un joueur est limitée dans le temps: entre 3 et 10 ans, si un accident ne vient pas interrompre son parcours. A partir de la trentaine, pour lui c'est le début de la fin. Se pose alors l'inévitable problème de la reconversion. Pour l'athlète de haut niveau, le futur est plutôt rassurant. Les adeptes du golf continueront de jouer et enseigner s'ils le désirent. Les tennismen deviendront des moniteurs.
    Mais combien de footballeurs réussissent leur reconversion? Moins de 5% deviennent entraîneurs d'équipes. Ce pourcentage réduit vient du fait que ce métier exige des diplômes. Beaucoup n'en ont pas. Cette situation difficile provient en partie de la suppression du football de l'école. Aussi les clubs ont-ils de plus en plus recours à des entraîneurs étrangers.
    Avec le temps qui passe, les joueurs prennent conscience que l'argent gagné leur a glissé entre les doigts. Sans projet d'avenir, ils vivent mal la mutation. D'ailleurs, les clubs organisent régulièrement des jubilés à la gloire d'anciennes stars. Une manière pudique de leur verser les recettes du match.

    Mohamed CHAOUI.

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