×L'Editorialjustice régions Dossiers Société Culture Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière

Tribune

Les "600.000" + "60.000" qui font marcher le Maroc

Par Bachir SINACEUR, responsable Marketing à Lafarge Maroc

Par L'Economiste | Edition N°:744 Le 11/04/2000 | Partager

.Les deux marches qui ont eu lieu le mois dernier à Rabat et Casablanca sont le reflet d'une rupture déclarée entre ceux qui ont et ceux qui n'ont pas, estime l'auteur de l'article

Suite aux récents articles sur les manifestations de la Journée de la femme, je me permets de vous faire part de mes réflexions sur le sujet.
Il est intéressant, et inquiétant, de réaliser après l'onde de choc, qu'un clivage clair est en train de s'établir au Maroc. Au-delà de la controverse autour du texte de la réforme (qui ne constitue qu'un prétexte), les événements ne sont en fait que le reflet d'une rupture définitive et déclarée entre ceux qui ont et ceux qui n'ont pas.
Nous le savons tous: la société marocaine se polarise dangereusement. L'avantage de cet événement aura été de donner un visage aux deux protagonistes.
D'un côté, une élite occidentalisée, de l'autre, une majorité de déçus complètement déconnectés de la richesse planétaire: voilà les deux tribus ayant survécu au Maroc du 21ème siècle.
Entre nous, j'estime que la presse marocaine a largement contribué à médiatiser les remparts de cette séparation car le siège de la forteresse fait effectivement sensation. Objectivement, celui-ci correspond à une réalité. Ceci étant, j'invite à dépasser le sensationnel pour réaliser enfin que ce mur correspond surtout à notre incapacité à transcender les différences, et donc à notre tendance à foncer tout de suite dans une logique de conflit.
C'est typique d'une société qui n'est pas encore arrivée à maturité, dans la mesure où l'on se bat encore pour prendre le pouvoir, et non pour régler la situation. Nous sommes en plein 15ème siècle, avec tous les risques de dérapage que cela représente.
Revenons à nos deux "tribus". Nous avons là deux visions soit-disant opposées du Maroc.
D'un côté, l'élite qui rêve du paradis occidental, sans savoir qu'il n'existe pas vraiment. C'est un groupe qui vit dans l'illusion que l'on peut passer du 15ème au 21ème siècle grâce à la démocratie, et c'est par la démocratie qu'il périra de lui-même.
De l'autre, une grande majorité rêve du paradis des musulmans (qui lui n'existe que dans l'Au-delà) en attendant patiemment d'y être.
Deux rêves pour deux tribus. Nous sommes complètement à côté de la réalité, malgré les bonnes intentions.
Je m'explique.
Ni l'une ni l'autre (les deux tribus) n'ont les moyens de résoudre le problème du sous-développement. Pour cela, il faut un travail de fond et surtout des moyens colossaux. Et ça n'est sûrement pas du côté des déçus du système qu'on les trouvera. Moraliser les moeurs est une condition nécessaire, mais pas suffisante. Inutile de rappeler qu'il faut s'attaquer aux causes, et pas aux conséquences.
Revenons à ce qui s'est passé à Casablanca ce jour-là. Deux cas de figure s'imposent logiquement: soit les autorités n'étaient pas au courant du message de la manifestation, soit elles l'étaient.
Dans le premier cas, nous pouvons conclure hâtivement que les autorités ont été malencontreusement piégées par les islamistes. C'est une formidable démonstration de manipulation politique réussie, et donc un dérapage.
Dans le second cas, nous pouvons surtout conclure que les deux tribus ont été piégées en même temps. Les démocrates occidentalisés de Rabat ont réalisé leur non-représentativité populaire, et donc leurs limites. La mouvance islamiste, quant à elle, n'est plus une mouvance, mais un mouvement, avec un visage "dévoilé"... et donc vulnérable.
Toujours est-il que les faits parlent pour la seconde conclusion et compte tenu de notre formidable capacité à valider rapidement les lois au Parlement, je pense que cette réforme finira dans les discussions interminables de salon, que ce soit à Casablanca ou à Rabat.
Tous les Marocains doivent se réveiller pour un vrai développement, au lieu de passer leur temps à confondre la "technoconsumique" avec transfert de technologies. Je pense sincèrement que ce pays mérite mieux que des débats sur les débats.
Finalement, je conclurai cette analyse en deux volets.
Tout d'abord, en exhortant les médias à plus de civisme. Il ne s'agit pas d'exacerber la tension ambiante en véhiculant une image simpliste au ring de boxe. L'objectif n'est pas le spectacle, mais la compréhension dans le calme et la sobriété. Il y a là je crois une responsabilité à assumer. D'un autre côté, j'ai l'intime conviction que les deux tribus ne sont pas opposées, mais complémentaires. Il faut trouver la stabilité dans le déséquilibre. Un être humain qui marche debout est lui aussi en perpétuel déséquilibre. La tête coordonne les pieds. C'est comme ça que le Maroc devrait marcher.
C'est là tout le message que je tenais à faire passer.


Du travail et du pain pour tout le monde


Entre nous, l'enjeu pour lequel les manifestants ont marché ne constitue pas la priorité numéro un des Marocains. L'enjeu principal est le pain, et du travail pour tout le monde. C'est la solution "Japon" qui a eu l'intelligence de transcender traditions et modernité. C'est à mon humble avis le seul exemple de société non occidentale qui a pu faire sa place dans l'arène (sans s'encombrer d'un débat sur la femme). La différence ici, c'est que les élites du Maroc veulent le pain sans le travail. Il faut dire que personne ne les a vraiment poussés à être besogneux... Pour quoi? et pour qui? En interne, il faudra donc faire le piteux constat que ces tribus vivent encore dans l'unique but de gagner des parts de marché politique. Au Maroc, on devra donc se contenter d'une tribu Siba et d'une tribu Makhzen, d'un Maroc utile et d'un Maroc inutile, sans préciser qui est quoi, en attendant la "pacification". Est-ce bien là la bonne approche? Je me le demande sincèrement.
En externe, et en replaçant les choses dans le contexte international, on peut dire que l'Occident, vainqueur et sûr de lui, continuera à revendre au Maroc qui, lui, consomme et... se tait. Pour lui, le plus important c'est garder ce tout petit marché de "consommateurs", qu'ils soient barbus, voilés ou dévoyés, et surtout sans véritablement chercher à le développer.

B. S.

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc