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    Politique Internationale

    Les puissants de Casablanca

    Roman de Rida LAMRINI

    Par L'Economiste | Edition N°:588 Le 06/09/1999 | Partager

    56ème épisode
    Amine est accusé de fraude

    Résumé des épisodes précédents
    Amine, le jeune négociant en thé, est convoqué par la Brigade de Répression des Fraudes. Il ne connaît pas le motif mais redoute les conséquences de cette convocation: de l'agencement des locaux jusqu'à l'attitude du chaouh qui choisit qui doit entrer dans le bureau du fonctionnaire, tout est fait pour mettre les personnes convoquées mal à l'aise et leur faire redouter de ne pas pouvoir se défendre.

    Révolté, mais ulcéré de ne pas pouvoir le manifester, Amine pénètre dans le bureau avec l'étrange sensation de plonger dans l'inconnu.
    "Asseyez-vous! fait son hôte d'un ton sec".
    Amine scrute longuement le maître des lieux. Les yeux de celui-ci sont rouges, injectés de sang, comme après une nuit sans sommeil. Une moustache mal coupée surmonte des lèvres noircies par le tabac. Les yeux rivés sur un dossier, il griffonne des notes sur des feuilles volantes. Est-il réellement occupé ou est-ce un moyen de se donner de l'importance, se demande Amine?
    "Je vous écoute, lance-t-il après avoir aspiré longuement le bout d'une cigarette consumée jusqu'au filtre".
    Amine est mal à l'aise. La longueur de l'attente, la froideur de l'accueil, le ton de la voix et la mine peu rassurante de son vis-à-vis ont fini par avoir raison de son calme.
    "Vous avez demandé à nous voir.
    - Nous avons contrôlé votre thé. Le poids des cartons est inférieur aux mentions indiquées. Vous tombez sous le coup de la loi d'octobre 1984 sur la fraude".
    Le fonctionnaire a débité le bref réquisitoire sur un ton froid, les yeux toujours plongés dans ses papiers. Le pouls d'Amine monta en flèche. Il réalise avec stupéfaction le sérieux de la situation. Jusqu'à présent, il a suivi avec intérêt les péripéties et les événements de la campagne d'assainissement. A aucun moment, il ne s'est senti concerné. Il ne peut l'être! Il est à mille lieues des pratiques commerciales douteuses! Aujourd'hui, dans les locaux des services qui mènent tambour battant la chasse aux fraudeurs, un fonctionnaire antipathique, à la mine patibulaire, l'accuse de fraude!
    "Vous ne pensez tout de même pas que j'ai triché? demande Amine, essayant tant bien que mal de se remettre du choc.
    - Pour l'instant, nous avons fait un constat.
    - Je l'ai fait aussi il y a déjà plusieurs semaines. Et j'ai pris les mesures qu'il fallait.
    - Pourquoi vous ne nous avez pas informés? demande le fonctionnaire d'un ton toujours hautain, levant finalement les yeux sur Amine.
    - Je ne savais pas qu'il fallait vous informer. Et puis ça change quoi, si les bonnes mesures ont été prises?
    - Lesquelles?
    - J'ai immédiatement saisi mon fournisseur. Il a reconnu sa responsabilité par écrit. Ce même jour, j'ai avisé mes clients par télégramme de l'existence de cartons avec des poids insuffisants et leur ai demandé de restituer les cartons défaillants. Et surtout, j'ai arrêté les ventes du lot en question. Je tiens à votre disposition toutes les preuves de ce que j'avance. Je ne peux donner de meilleures preuves de ma bonne foi, n'est-ce pas? J'ai fait ce qu'il fallait. Après cela, vous ne pensez tout de même pas que j'ai fraudé ou que je l'ai fait exprès?
    - Oh! Vous savez, rien ne nous dit que vous ne l'avez pas fait exprès.
    - Vous voulez dire que j'aurai demandé à mon fournisseur de m'envoyer des cartons contenant moins de thé que ce qui est indiqué sur l'emballage?
    - Et pourquoi pas?
    - Et pour quelle raison? Pour payer des droits de douanes inutilement sur une quantité fictive?
    - Non. Pour transférer frauduleusement de l'argent à l'étranger, laissant le soin à votre fournisseur de déposer le supplément sur un compte à l'étranger".
    Amine est effaré par les propos du fonctionnaire.
    "Vous ne pensez tout de même pas sérieusement ce que vous dites? demande Amine interloqué par la tournure kafkaïenne prise par l'entretien.
    - Peu importe ce que je pense. Ce qui compte c'est qu'il y a un procès-verbal qui a été dressé et que votre cas sera soumis à la commission nationale qui suit les affaires de fraude dans le cadre de l'opération d'assainissement.
    - Vous ne trouvez pas que vous allez un peu vite en besogne?
    - Ecoutez. Tout cela ne me regarde pas. Je n'ai fait qu'exécuter les consignes qui m'ont été données vous concernant.
    - Puis-je savoir par qui?
    - Par le patron lui-même.
    - Puis-je le voir?
    - Bien entendu. Son bureau se trouve à l'étage au-dessus".
    Amine se dirige vers la sortie, la tête douloureuse, les jambes tremblantes, la démarche hésitante. Il monte avec peine l'escalier menant à l'étage. Devant le bureau du chef de la Brigade de Répression des Fraudes, des dizaines de personnes attendent. Une salle attenante est pleine à craquer. Un chaouch s'avance vers lui, probablement pour lui demander le but de sa visite. Amine l'ignore et pénètre directement dans un bureau portant l'indication "Secrétariat de M. le Chef de Brigade". A la secrétaire surprise par l'intrusion, il explique qu'il désire voir à tout prix le chef en question. Il ne peut pas attendre. C'est trop grave. Il use de tout son charme pour la convaincre. Quelques sourires appuyés, des propos touchants et une mine peinée finirent par avoir raison de la dame qui le prit en sympathie. Malgré sa bonne volonté, elle ne peut cependant l'introduire chez son patron, occupé par le flot de visiteurs. Avenante, elle lui propose de revenir le lendemain matin, prenant sur elle de le faire recevoir.

    Prochain épisode, lundi 6 septembre 1999
    Amine ira-t-il en prison, à Oukacha?

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