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    Politique Internationale

    Les puissants de Casablanca

    Roman de Rida LAMRINI

    Par L'Economiste | Edition N°:587 Le 03/09/1999 | Partager

    55ème épisode
    Amine retrouve la campagne d'assainissement

    Résumé des épisodes précédents
    Amine, le jeune négociant en thé, avait reçu pendant Ramadan la visite de la police judiciaire à propos de la disparition d'une de ses employées, Aïcha. L'inspecteur Bachir avait expliqué que la jeune fille était mêlée à une affaire de meurtre. Amine n'en savait pas plus et avait d'autres soucis en tête avec cette campagne d'assainissement où l'un de ses bons clients s'était retrouvé en prison, incapable de justifier la provenance de cartons de thé. L'entreprise d'Amine avait été mise hors de cause. Des employés d'Amine s'étaient aperçus que quelques-uns de leurs propres cartons n'avaient pas le poids annoncé par le fournisseur étranger. Il avait fallu faire revenir les cartons déjà livrés aux clients et les réexpédier au fournisseur pour les échanger. Des tracas dont Amine se serait bien passé, mais encore jeune dans ce secteur, il ne voulait pas que sa réputation commerciale soit salie: Casablanca est une fausse grande ville où tout se sait comme dans un petit village.

    La campagne d'assainissement a pris de l'ampleur. Amine la mesure en lisant la presse. Il est stupéfait à la lecture des noms happés par la tourmente. Tous de richissimes hommes d'affaires. Les autorités ne sont pas fait dans la dentelle. En parallèle, le scandale de la banque de Yamani s'est amplifié. Des pages entières révèlent les malversations et les opérations douteuses effectuées par les dirigeants: prêts en souffrance non réclamés, débits astronomiques sur comptes personnels, opérations de bourse non autorisées, paiements par la banque d'opérations commerciales et passées sur des comptes du personnel, abandons de gros agios, etc. Le compte de Yamani est bon cette fois-ci, songe Amine qui, sans connaître le puissant homme d'affaires, a prêté quelque crédit à ce que racontent les Casablancais sur les frasques et les pouvoirs de ce banquier hors du commun.
    Mais Amine oublie vite ces turbulences.
    Le lundi suivant, Amine reprend son travail, jusqu'au moment où le destin frappe brutalement à la porte sous forme d'un coup de téléphone. Son assistant est au bout du fil.
    "Nous avons reçu un appel des entrepôts généraux de la ville vers 11 heures ce matin. Les fonctionnaires de la Brigade de Répression des Fraudes ont fait une descente pour contrôler le poids de nos cartons de thé. Ils ont demandé qu'un représentant de la société assiste au pesage. Je m'en suis chargé en votre absence. Ils ont dressé un procès-verbal et nous ont demandé de nous présenter à leurs bureaux cet après-midi à trois heures".
    Amine est surpris par la nouvelle. Il ne lui accorde pas d'importance outre mesure.
    "Attendez-moi au bureau à deux heures et demie. Nous irons ensemble".
    L'édifice des entrepôts, relativement récent, a ce caractère architectural où le souci d'en imposer l'a apparemment emporté sur les impératifs de fonctionnalité. Amine a rarement l'occasion de visiter ces lieux. De sa pratique de l'Administration et de ses innombrables déconvenues avec ses fonctionnaires, il a développé au fil du temps une aversion intense envers un milieu qu'il perçoit peuplé de parasites qui prospèrent sur les faiblesses et les difficultés de leurs congénères. Il respire avec difficulté dans le plasma glauque qui enveloppe les bâtiments administratifs et nourrit les mentalités autoritaires de leurs occupants. Tristement, il a souvent vu certains se transformer en tyranneaux dès qu'ils disposent d'une once d'autorité. Irrésistiblement, le terme lui inspire une insoutenable allergie et une violente répulsion. Il n'est pourtant pas anarchiste dans l'âme. Comment peut-il l'être, lorsque l'Islam exige le respect des responsables de la chose publique?
    Il s'engage lentement dans le large hall d'entrée. Ses pas le conduisent dans une cour intérieure entourée de bureaux, à la manière des maisons traditionnelles des anciennes médinas. Une activité de ruche y règne. Des gens circulent dans tous les sens. D'autres attendent devant les bureaux. Autoritaires, des chaouchs officient. Ils orientent péremptoirement des visiteurs à la démarche précautionneuse et aux mines circonspectes.
    "Où allez-vous, Monsieur?"
    L'interpellation ramène Amine à la réalité de l'endroit. Il trouve au chaouch un regard obséquieux. Il a appris à se méfier de l'intervention de ces personnages étranges qui hantent les dédales des administrations. Sous prétexte de guider le visiteur et faciliter ses démarches, ils finissent par le soulager de quelques billets.
    "Nous sommes convoqués par la Brigade de Répression des Fraudes, fait Amine en jetant un coup d'oeil à sa montre. Elle indique trois heures passées de quelques minutes.
    - Veuillez attendre ici, rétorque le chaouch en montrant un banc déjà occupé. Le responsable ne va pas tarder".
    Après une demi-heure d'impatience mal contenue, Amine se demande s'il ne ferait pas mieux de s'en aller. Entre-temps, d'autres personnes s'étaient massées le long du mur jouxtant la porte d'entrée. Soudain, le chaouch se redresse tel un ressort et ouvre précipitamment la porte du bureau. Lesté d'une pile de dossiers, un personnage à la démarche autoritaire s'y engouffre, indifférent à la queue de visiteurs. Quelques minutes plus tard, une sonnette retentit. Le chaouch disparaît dans le bureau et en ressort aussitôt. Il se livre ensuite à un manège d'une extrême habileté: introduire un par un les visiteurs, selon un ordre dont il est seul à détenir le secret. Deux heures et demie après l'heure prévue, le chaouch décide que le tour d'Amine est arrivé.

    Prochain épisode, demain
    vendredi 3 septembre
    Amine est accusé de fraude

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